Truies gestantes : tous les fourrages ne se valent pas

L’apport de fourrages enrubannés ou déshydratés aux truies gestantes pourrait améliorer l’autonomie protéique des élevages. Mais d’un point de vue économique, tous les fourrages ne se valent pas et leur distribution doit être maîtrisée.

L’équipe porc des Chambres d’agriculture de Bretagne a testé l’apport de différents types de fourrages à des truies gestantes à la station expérimentale de Crécom dans un objectif d’améliorer l’autonomie protéique des élevages.

Cette expérimentation démontre que si ces fourrages n’impactent généralement pas la prise d’état corporel des truies au cours de leur gestation et que certains sont même très appétents, la rentabilité économique n’est pas toujours au rendez-vous. Par ailleurs, les systèmes de production actuels ne sont pas adaptés à la distribution de ces matières premières.

Quatre fourrages associés à un aliment complet

Granulé de luzerne, enrubannage de luzerne ou enrubannage de méteil (mélange fourrager de pois, vesce, féverole et triticale) ont été associés à un aliment complet rationné de 10 %. . Avec ces trois fourrages, aucun impact sur l’évolution de l’état corporel des truies au cours de la gestation (poids, ELD, EMD) ou sur la durée de gestation n’a été constaté en comparaison avec des truies gestantes contemporaines alimentées uniquement avec de l’aliment complet et sans rationnement alimentaire.

En revanche, avec de la farine de luzerne incorporée à hauteur de 12 % dans l’aliment de gestation, le gain d’ELD et d’EMD au cours de la gestation est plus faible, bien que l’aliment soit formulé de façon identique en termes d’énergie nette (9,3 MJ EN/kg) et de lysine digestible (5 g Lys dig/kg) avec l’aliment témoin. Cet aliment ne doit donc pas être utilisé pour des truies trop maigres et nécessite un suivi plus précis de l’évolution de l’état corporel des truies au cours de la gestation. Au moment de la mise bas, aucune différence sur le nombre de nés totaux, de nés vifs ou de poids de portée n’a été enregistrée. Néanmoins, les truies rationnées et alimentées avec des fourrages n’ont été suivies qu’au cours d’un cycle. Nous ne pouvons affirmer qu’il n’y a aucun arrière-effet du rationnement et de la distribution de fourrages sur le reste de la carrière de la truie.

L’enrubannage est appétent pour les truies

Concernant la consommation des fourrages, les truies ont bien consommé les granulés, les enrubannages et l’aliment avec de la farine de luzerne. Les granulés ont été distribués de façon à essayer de couvrir les besoins en énergie et en protéines des truies gestantes, en complément de l’aliment complet rationné de 10 %. Bien que les valeurs nutritionnelles des granulés soient peu connues, l’énergie nette (EN) a été estimée à 3,6 MJ/kg de matière sèche (MS) et le taux de protéines est de 18 %. Ainsi les granulés ont été distribués à 30 % de la MS de la ration des truies.

En ce qui concerne l’enrubannage de luzerne, les ingénieurs en charge de l’essai ont décidé de le distribuer à volonté aux truies gestantes rationnées. Ces dernières en ont beaucoup consommé avec en moyenne 402 kg brut par truie logée en salle de gestantes, soit 184 kg de MS en moyenne pour un enrubannage à 45,7 % de MS. Les multipares et les cochettes/primipares ont consommé en moyenne quasiment la même quantité d’enrubannage avec respectivement 1,75 et 1,72 kg de MS par truie et par jour. Au regard des quantités d’enrubannage de luzerne consommées par les truies, les ingénieurs en charge de l’essai ont décidé de rationner la distribution d’enrubannage de méteil, représentant ainsi 13 % de la MS de la ration. Les valeurs nutritionnelles de l’enrubannage de méteil ont été estimées à 5 MJ d’EN/kg et à ?? % de protéines.

Tous les fourrages ne se valent pas

D’un point de vue économique, le coût alimentaire par truie augmente avec l’enrubannage de luzerne (+6,70 € par truie) car celui-ci a été distribué à volonté. En revanche avec la distribution d’enrubannage de méteil rationné, on observe une diminution du coût alimentaire d’environ 4 euros par truie pour une gestation, pour un prix du méteil de 83 euros la tonne de MS, main-d’œuvre comprise. À ces coûts, doit s’ajouter celui du temps de travail journalier lié à la distribution des enrubannages dans des râteliers. Celui-ci est estimé à 2 heures par truie sur la gestation pour une distribution rationnée d’enrubannage et à 6 heures par truie pour une distribution à volonté d’enrubannage (5 truies par râtelier). Ce temps de travail alloué à la distribution de fourrages peut être diminué si l’on distribue la botte d’enrubannage pour un grand groupe de truie, dans un râtelier adapté. Pour ce qui est des fourrages déshydratés, le prix de l’aliment avec farine de luzerne est quasiment similaire à l’aliment témoin. En revanche, le coût alimentaire par truie augmente fortement avec les granulés de luzerne en raison de leur prix élevé (240 €/t, récolte et transport compris). Néanmoins la distribution de fourrages déshydratés est plus adaptée à la majorité des élevages sur caillebotis intégral et peut-être automatisée, ce qui ne dégrade pas le temps de travail de l’éleveur.

Partenaires

Le projet Fourproporc est financé en partie par le conseil régional de Bretagne. Il a pour objectif d’évaluer l’intérêt technico-économique, à l’échelle de l’exploitation, de l’introduction de fourrages protéiques cultivables en Bretagne dans la ration des animaux monogastriques (porcs et volailles) et dans les rotations culturales, afin d’améliorer l’autonomie protéique de ces élevages.

Repères

Essai réalisé à la station de Crécom sur 8 bandes de truies gestantes (2 bandes par fourrages testés) :
20 truies par bande
Alimentation sèche