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Ecorner sans douleur et sans traumatisme : c’est possible

Catherine Perrot

Ecorner sans douleur et sans traumatisme : c’est possible
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Vétérinaire rural sur le secteur de Nozay, Frédérik Ménard propose à ses éleveurs clients de se former à un protocole d’écornage sans douleur. Pour ceux qui ont suivi cette séance d’une demi-journée : finie l’appréhension de l’écornage !

Le bien-être animal, ce sont les éleveurs qui, les premiers, font tout pour le garantir : ils savent que mieux les animaux se portent, meilleure sera leur production et plus agréables seront leurs conditions de travail.
En la matière, l’écornage pose question : les animaux avec cornes peuvent se blesser entre eux, ce qui est préjudiciable à leur bien-être. Les cornes sont aussi dangereuses pour les opérateurs humains : la MSA recense une centaine d’accidents chaque année. C’est donc un fait : la majorité des éleveurs de bovins pratiquent l’écornage, même en bio (1). « Mais ils rechignent presque toujours à le faire, ils y vont à reculons », commente Frédérik Ménard, vétérinaire rural à la clinique de la Pierre Bleue, à Nozay.
Eviter le souvenir traumatisant
Sans anesthésie, l’écornage constitue toujours un souvenir traumatisant pour le jeune animal, ce qui peut sérieusement dégrader sa relation avec l’éleveur : « C’est surtout vrai chez les éleveurs allaitants : le veau va associer éleveur et douleur, mère et bonheur : il sera beaucoup plus sauvage par la suite. »
Chez les éleveurs laitiers, l’association éleveur-douleur est moins prégnante, puisque les animaux voient leurs éleveurs quotidiennement. La contention au cornadis est à proscrire: si l’on souhaite faire une contention mécanique pour l’écornage, il faut une cage de contention.
Le vétérinaire rappelle que tout stress peut amputer la croissance du veau, et « entre zéro et 6 mois, il n’y a pas de croissance compensatrice ». Le pire étant de cumuler les stress « sevrage, écornage, changement de case, c’est le trio infernal ! ».
Former ses clients
Frédérik Ménard organise régulièrement des petites formations (gratuites) pour les éleveurs de sa clientèle et cette année, c’est autour de la thématique émergente de l’écornage (2) qu’il les fait, en plusieurs sessions, en compagnie de Patrick Huault, délégué vétérinaire de l’entreprise Boehringer. Le 10 janvier dernier, il a donc invité quelques éleveurs à se réunir pour une demi-journée chez Guillaume Neveu, de l’EARL Le Vauguérin, à Vay. Objectif : leur présenter quelques éléments d’anatomie de la corne, leur montrer un protocole d’écornage sans douleur, et les faire pratiquer afin qu’ils puissent être autonomes.
Sédation courte mais totale : aucun stress
Frédérik Ménard propose un protocole avec contention chimique : « Mais vous pouvez aussi pratiquer une contention mécanique, avec une cage ». Les veaux sont brièvement pris au cornadis pour recevoir une dose de sédatif en injection intramusculaire dans l’encolure. Ils sont aussitôt libérés (ne pas oublier de refermer les cornadis, pour éviter tout risque d’étranglement) et, au bout de quelques minutes, s’endorment paisiblement pour un peu plus d’une heure : «  Quand vous faites cela, n’oubliez pas de prévenir vos associés. S’ils rentrent dans la nurserie à ce moment-là, ils peuvent avoir un choc », plaisante le vétérinaire.
Anesthésie du nerf et antidouleur
Une fois les veaux totalement sédatés, l’opérateur peut alors anesthésier le nerf cornual : Frédérik Ménard préconise de la faire au niveau de chaque fosse temporale, avec massage. Le temps que cette anesthésie fasse effet (15 -20 minutes), l’animal reçoit une dose (sous cutanée) de meloxicam. L’effet de cet antiinflammatoire durera plusieurs heures. La région du bourgeon cornual est également tondue, de manière à bien repérer le petit renflement.
Place ensuite à l’écornage proprement dit.  Pour cela, Patrick Huault conseille le fer à gaz, qui monte plus haut en température et qui est plus propre, plus efficace que le fer électrique : le bourgeon brûlé cautérise mieux. L’opération se termine par l’application d’un antiseptique, et par la remise en position « physiologique » (sur le ventre, pattes repliées) des petits veaux.
 Un coût de l'ordre de 3,50 € par veau
« Tout compris, sédatif, médicaments et cartouche de gaz, ce protocole coûte autour de 3,50 € par veau », commente le vétérinaire. « Ceux qui l’ont essayé y trouvent un tel confort de travail, qu’en général, ils ne reviennent pas en arrière ». Ce confort, cette sensation de ne jamais faire souffrir les animaux a en effet été soulignée par tous les participants de cette séance. Tous ont reconnu que l’opération d’écornage constituait toujours une appréhension pour eux : ils vont désormais pouvoir le faire plus sereinement.
(1)    En principe, en bio, on écorne pas, mais la dérogation est jusqu’à présent toujours accordée, à condition de prendre en charge la douleur.
(2)     L’écornage fait l’objet de recommandations de la part du conseil de l’Europe, qui indique qu’après 4 semaines d’âge, il est nécessaire de procéder à une anesthésie. Même avant 4 semaines, tout doit être mis en œuvre pour éviter la douleur. Beaucoup d’opérateurs se soucient de ce sujet : Bel va former tous ses éleveurs à l’écornage sans douleur. Pour Frédérik Ménard, cela augure d’une intégration de ce paramètre dans la charte des bonnes pratiques.
Plus d’informations, télécharger la plaquette « écorner les jeunes bovins disponible  ici.
 

Source Agri44

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