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Loire-Atlantique - Terra Innova veut redonner vie aux terres excavées

Catherine Perrot

Loire-Atlantique - Terra Innova veut redonner vie aux terres excavées
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« J’en avais assez de jeter de la terre ». Pendant 10 ans, Nathaniel Beaumal a travaillé dans le monde des travaux publics en tant qu’ingénieur BTP, et pendant 10 ans, il a pratiqué ce qui est l’usage dans ce domaine avec les déblais de chantier : valoriser la terre végétale, ou terre arable, c’est-à-dire la fine couche organique qui se trouve en surface du déblai. Et jeter la couche inférieure, celle qui se situe entre la roche mère et la couche arable, considérée comme minérale et sans valeur.
Repenser la notion de « mauvaise terre »
« Cela représente des volumes énormes » confie l’ingénieur, « en France, ce sont environ 160 millions de tonnes de terres qui sont, chaque année, jetées dans des sites agréés, pour reboucher d’anciennes carrières, voire créer des montagnes artificielles ».  Et encore, dans le meilleur des cas, car Nathaniel Beaumal confie qu’il existe aussi des remblais sauvages qui se font dans la quasi illégalité. « La pression monte autour de cette question ».
Outre le coût financier de cette élimination, ces pratiques de jeter de la terre sans rien en faire d’autres que des tas pose aussi question sur le plan environnemental. Persuadé que ces terres dites « mauvaises » peuvent, dans certaines situations, rendre des services environnementaux, Nathaniel Beaumal fonde l’entreprise Terra Innova sur ce thème à Nantes, en 2017.
Recherche de valorisation en agriculture
C’est notamment autour du monde agricole et si possible au plus proche des sites d’où les terres sont excavées qu’il cherche des valorisations pour les terres de chantier. Il imagine créer des talus plantés de haies, recloisonner des secteurs pour lutter contre l’érosion et le ruissellement, restaurer les bocages… et c’est dans ce cadre qu’il rencontre, en 2018, Pierre Anfray, ingénieur agronome, spécialiste de la vie des sols (1).
Consultant en fertilité biologique auprès des agriculteurs, Pierre Anfray a aussi sa propre exploitation, qui lui sert de laboratoire, au Cellier (44). Dans celle-ci, il a expérimenté justement la création de talus à partir de terres de chantiers, talus sur lesquels il a planté des arbres qui semblent se satisfaire de ce milieu considéré comme pauvre. « Pour lui, il n’y a pas de mauvaise terre », décrit Nathaniel Beaumal, « sauf si elle est polluée ».
Fin 2018, les deux hommes décident alors d’associer leurs compétences au sein de Terra Innova, pour proposer un ensemble de solutions agroécologiques pour la valorisation des terres de chantier. « Nos clients, ce sont des les entreprises de BTP », précise Nathaniel Beaumal, « les agriculteurs qui reçoivent la terre ne payent rien ».
Un protocole encadré
Concrètement, comment fonctionne Terra Innova ? « Nous intervenons en amont du chantier, avant son démarrage, pour qualifier les terres. Nous effectuons un sondage et une analyse chimique : si on trouve des métaux lourds ou des solvants, on ne prend pas la terre ». L’étape suivante consiste à évaluer la qualité agronomique du gisement : si la notion de « mauvaise terre » n’existe plus, cela ne signifie pas que tout est possible avec tout. « Mais même sur des terres très caillouteuses, nous pouvons trouver des débouchés agricoles, comme empierrer un chemin d’accès ».
Munis des informations sur le gisement, les ingénieurs de Terra Innova vont ensuite étudier les solutions techniques possibles, chez des agriculteurs intéressés voisins du chantier (généralement dans un périmètre de 10 km). Il leur faut également s’informer des réglementations existantes (zones humides, code de l’urbanisme…). « Normalement, il n’y a pas de déclaration de travaux à faire. Mais, souvent, nous prévenons la mairie puisque le transport de la terre va engendrer le passage de nombreux camions ». Le transport et la mise en œuvre de la terre est assuré soit par l’entreprise de travaux publics, soit par un prestataire extérieur, mais c’est Terra innova qui gère le plan et le suivi de chantier.
L’an dernier, 40 projets de valorisation ont été menés par Terra Innova.  « Environ 20 à 30 % de nos chantiers ont été des créations de talus de 3 mètres de large avec plantation de haies. Les essences plantées varient selon la nature des terres et les fonctions de la haie souhaitées par les agriculteurs : lutte contre l’érosion, effet brise vent, réservoir de biodiversité, haie mellifère… ».
Le plus grand volume de terres mises en œuvre l’an dernier l’a été sur des parcelles où le sol était très mince, où la roche affleurait. « On passe ainsi d’un sol de 15 à 20 cm à un sol de 80 cm de profondeur.». Selon les cas, l’entreprise laisse ou non le sol originel en place, opère des réductions de pente pour limiter le ruissellement, mélange différents types de terres.
A mesure que l’entreprise se développe, le panel des possibilités s’étend : Terra Innova pourrait s’engager prochainement dans la réhabilitation d’anciennes vignes arrachées, dans des valorisations maraîchères pour des terres sableuses, voire dans des créations de réserves de substitution avec des terres argileuses... Avec même un rêve ultime, porté depuis longtemps par les deux associés : recréer des talus dans la Beauce !
(1)    Pierre Anfray est l’auteur de « Guide pratique de la vie des sols », éditions La France agricole.
 
 

Source Agri44

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