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Le bovin trouvé mort au pré. Une source d’inquiétude, parfois un défi diagnostic

Dr Boris BOUBET – GDS Creuse – www.gdscreuse.fr

Le bovin trouvé mort au pré. Une source d’inquiétude, parfois un défi diagnostic
GDS23

Mort subite au pré => La découverte d’un animal mort au pré est toujours source d’interrogation. Les causes peuvent être multiples, nécessitant parfois le recours à l’autopsie et à des examens complémentaires.

La fulguration

Le bovin trouvé mort au pré. Une source d’inquiétude, parfois un défi diagnostic
météorage

Pathologie classique en été au pré, le diagnostic différentiel est souvent compliqué. Si on observe parfois des traces de brûlure sur la peau lors de fulguration directe, la mort est le plus souvent due à une électro-fulguration sans signe extérieur visible. Les éleveurs étant assurés pour ce risque, un signalement à l’assurance est à effectuer en cas de suspicion. Un vétérinaire sera missionné et il est préférable de ne pas déplacer le cadavre. Le diagnostic s’appuiera sur les commémoratifs d’orage, sur la proximité d’une ligne électrique ou d’un point d’eau, sur d’éventuelles traces d’impact et sur l’absence de lésion indiquant une autre pathologie. En cas de doute, un relevé de position GPS est effectué pour demande de confirmation d’impact à proximité auprès des services de Météorage.

La consommation excessive de légumineuse comme le trèfle ou la luzerne peut provoquer une mort rapide par météorisation. L’herbe jeune peut être à l’origine, au printemps, de tétanies suraigües en cas de complémentation en magnésium insuffisante ou, en été lors de repousse après des épisodes orageux, d’emphysème des regains.

Est considéré comme mort subite tout décès brutal et inattendu d’un animal vu comme bien portant la veille. Si certains cas sont évidents, le diagnostic est souvent délicat nécessitant une autopsie, voire des examens complémentaires.

L’hémorragie, souvent fatale

L’hémorragie est la cause la plus évidente de mort subite. Elle peut être due à un problème autour du vêlage, à un traumatisme suite à une bagarre avec les congénères ou plus rarement, la rupture spontanée d’un gros tronc vasculaire. L’hémorragie étant souvent interne, du sang n’est pas forcément vu mais les muqueuses du cadavre sont très décolorées et des traces agoniques sont observées autour de l’animal.

Des pathologies bactériennes

L’entérotoxémie peut être rencontrée au pré. Elle est due à la prolifération de bactéries, du genre clostridium, qui produisent des toxines conduisant à la mort de l’animal. Ce dernier est retrouvé météorisé, en décubitus latéral, avec un noircissement rapide de la peau au niveau de la zone digestive. L’autopsie met en évidence des intestins très congestionnés avec souvent un emphysème sous-cutané. Sur les jeunes veaux, la septicémie provoquée par des colibacilles ou des salmonelles peut provoquer des morts subites sans signe avant-coureur. Ce sont fréquemment des veaux n’ayant pas bu suffisamment de colostrum. Un tableau congestif est observé avec les muqueuses oculaires rouges et une déshydratation marquée le plus souvent sans diarrhée. Enfin, avec les problématiques de sécheresse rencontrées ces dernières années, de plus en plus de contaminations liées à l’eau sont rencontrées, souvent sans mortalité immédiate (leptospirose) mais des cas de mort subite suite à consommation de cyanobactéries sont désormais décrits.

Des causes alimentaires

Lors de météorisation importante, l’autopsie peut permettre de mettre en évidence une consommation excessive de légumineuse comme le trèfle ou la luzerne. La panse est remplie d’une mousse dense bloquant le cardia et empêchant la vache d’éructer. Des céréales en grande quantité peuvent être aussi identifiées lorsque les animaux se sont échappés et ont eu accès à un silo. Il se produit alors une acidose aigüe rapidement fatale, avec une diarrhée liquide et d’odeur aigrelette. Plus rarement, cette acidose peut intervenir suite à une consommation excessive de fruits très mûrs, comme des pommes.

Des pathologies liées à l’herbe jeune

Très nourrissante et appétente, l’herbe jeune est responsable de certains cas de mort rapide. Au printemps, si la complémentation en magnésium est insuffisante, les bovins peuvent présenter des tétanies suraigües conduisant à la mort en l’absence de traitement. L’animal a alors du mal à se lever avec des trémulations nerveuses puis des convulsions. Autour du vêlage, cette pathologie peut être confondue avec l’hypocalcémie puerpérale ou « fièvre de lait », liée à un déséquilibre du métabolisme du calcium.

Lorsque les animaux sont mis dans une parcelle de regain, la concentration élevée de l’herbe en méthyl-indole provoque des lésions spectaculaires d’emphysème (emphysème des regains) souvent irréversibles. En plus des animaux morts, les autres animaux du troupeau montrent une dyspnée très importante, sans hyperthermie.

Rares sont les plantes toxiques pouvant provoquer une mort subite. Lorsqu’elle survient, c’est le plus souvent suite à consommation de plantes ornementales ou dans un contexte de disette alimentaire. L’if commun ou if à baie (Taxus baccata) reste la plante la plus fréquemment rencontrée en cas d’intoxication.

Des accidents intestinaux

La mort peut être due aux suites d’un épisode de coliques passé inaperçu. L’autopsie montre un problème intestinal (volvulus, intussusception, dilatation du cæcum ou de la caillette) ayant entrainé une occlusion, avec parfois rupture de l’organe, ou un ulcère perforant de la caillette. Le contenu digestif se retrouve dans le péritoine et est observable dès l’ouverture de la cavité abdominale. Ces accidents sont favorisés par une météo orageuse ou la présence de parasites digestifs.

Les pathologies cardiaques

Sur les veaux, elles peuvent être dues à des malformations cardiaques, mais sont le plus souvent provoquées par une myopathie liée à une carence en sélénium. Un cœur « marbré », avec des zones de décoloration du myocarde, est observé et souvent un amincissement de la paroi, appelé « cœur en besace ». Parfois, le veau avait présenté dans les jours précédents une raideur musculaire caractéristique de la myopathie. Sur les adultes, les morts cardiaques sont plus rares et font suite à un « corps étranger » ayant migré vers le cœur et provoquant une péricardite foudroyante.

Le charbon bactéridien, une pathologie ancienne parfois encore observée

Aussi appelé fièvre charbonneuse ou anthrax, Bacillus anthracis provoque la mort brutale des herbivores (bovins, moutons, chèvres et chevaux). Les commémoratifs indiquent souvent un historique de charbon dans le pré concerné (« pré maudit »), les spores résistant des dizaines d’années dans le sol, et un épisode récent de pluie ou de travail du sol qui a permis la remontée des spores. Les animaux présentent des écoulements noirâtres au niveau des orifices et une putréfaction très rapide. Si l’autopsie permet de confirmer la cause de la mort, il est fortement déconseillé de la pratiquer sur place, au risque de recontaminer le sol, et l’opérateur doit se protéger de cette zoonose. L’anthrax étant un danger sanitaire de 1ère catégorie, les cas confirmés sont à signaler aux autorités sanitaires et des mesures de protection sont à mettre en place.

Les intoxications

Souvent évoquées, les intoxications aigües restent rares. Elles peuvent être classées en deux catégories :

-       Chimiques : intoxications au plomb (souvent liées au léchage de batteries laissées à l’abandon), aux engrais azotés ou plus rarement aux herbicides comme le chlorate lorsque les animaux s’échappent. En cas de suspicion, bien cibler le problème car la confirmation de ces intoxications passe par des analyses complémentaires onéreuses.

-       Végétales : les intoxications surviennent le plus souvent lorsque les animaux s’échappent et qu’ils consomment des plantes ornementales comme l’if, qui provoque des mortalités suraiguës, ou des lauriers. Au pré, les bovins se méfient naturellement des plantes toxiques qu’ils trouvent. Les intoxications sont alors liées à un manque d’herbe sur la parcelle ou lorsque la plante se dessèche, mais rares sont les plantes qui peuvent provoquer une mort subite. Parmi les cas décrits, citons l’œnanthe safranée, le galéga ou le colchique.

La mort subite, souvent un challenge diagnostic

Le nombre de morts subites annuelles est estimé à plus de 30.000 en France. Le diagnostic est souvent délicat, du fait du grand nombre de causes possibles. Il passe le plus souvent par une autopsie précoce du cadavre (dans les 12 heures qui suivent la mort) afin de ne pas être perturbé par les signes de putréfaction qui apparaissent très rapidement. Parfois, la mort n’est que la conséquence d’une pathologie non diagnostiquée (péritonite, abcès hépatique…). Il reste cependant nécessaire d’investiguer toute mort suspecte, car elle peut être le révélateur d’un problème plus global sur le troupeau et permettre la mise en place de mesures préventives pour les autres animaux. Pour toute information complémentaire, n’hésitez pas à contacter votre vétérinaire ou nos services.

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Commentaires 1

dodo15

on se pose vraiment des questions si les politiques ont concience du probleme et surtout si ils veulent encore de l élevage en france entre loups ours lynx et agribaching il y en a mare
et oui pour satisfaire toute c'est association on va encore mettre quelques controleurs et normes suplementaire

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