Le vêlage (2/3). Des « dystocies » variées… aux conséquences notables !

Dr Didier GUERIN - GDS Creuse – www.gdscreuse.fr

Le vêlage (2/3). Des « dystocies » variées… aux conséquences notables !

Dystocies (difficultés de vêlage) => « Dystocie » signifie textuellement naissance difficile. Il s'agit de tout vêlage qui a ou aurait nécessité une intervention extérieure.

La torsion utérine représente 5 à 7 % des dystocies. La réduction de la torsion est réalisée par action directe sur le veau par le vagin ou, plus rarement, par « roulage » de la vache.

Les « dystocies » ou difficultés de vêlage peuvent être classées selon 3 origines : un trouble d’un segment de l’appareil génital de la vache, une disproportion fœto-pelvienne ou une mauvaise position du veau.

Un trouble d’un segment de l’appareil génital

Les 4 segments (utérus, col, vagin et vulve) peuvent être concernés. Pour l’utérus, les contractions utérines permettent l’avancée du veau dans la filière pelvienne. L’inertie utérine peut découler d’une fatigue du muscle utérin (lorsque la vache a poussé pendant plusieurs heures ou chez les vaches âgées) ou d’une carence en calcium ou magnésium. La torsion utérine représente 5 à 7 % des dystocies (cf. illustration). Pour le col utérin, sa phase de dilatation dure de 4 à 8 heures. Certaines circonstances (mauvais préparation, stress…) vont entraîner une dilatation insuffisante du col. Si elle persiste, une césarienne sera nécessaire. Enfin, le vagin et la vulve peuvent présenter une atrésie. Cela se rencontre chez les primipares ou lors d’une lésion fibreuse suite à un traumatisme lors d’un vêlage précédent chez les multipares. En général, il suffit d’attendre une heure ou deux pour aider à l’accouchement et permettre une dilatation progressive, faute de quoi, un traitement chirurgical devient nécessaire.

La présentation la plus fréquente (95 % des cas) est dite « antérieure » par référence aux membres antérieurs qui apparaissent les premiers. La présentation est dite « postérieure » lorsque ce sont les membres postérieurs qui apparaissent les premiers. Les dystocies de positionnement (présentations « anormales ») empêchent la progression du veau dans le bassin. Elles nécessitent une intervention pour repositionner le veau.

Une disproportion fœto-pelvienne ou une mauvaise position du veau

Le veau est trop gros par rapport aux dimensions de la filière pelvienne de la mère. Si avec la traction de 2 personnes, il n’est pas possible d’engager simultanément dans le bassin la tête et les 2 membres antérieurs, une césarienne est nécessaire. Les dystocies de positionnement (cf. illustration) empêchent la progression du veau dans la filière pelvienne. Elles nécessitent une intervention pour repositionner correctement le veau.

Le vêlage, un processus douloureux…

Comme pour toute mise-bas de mammifères, le vêlage est un processus douloureux. La dilatation du col et les contractions utérines génèrent des douleurs. Le taux d’opioïdes endogènes augmente au cours de la fin de la gestation et lors de toute mise-bas qui ont à leur tour un effet analgésique. Une douleur accentuée s’accompagne d’un accroissement de ces taux d’opioïdes endogènes. De plus, chez les vaches, l’ingestion de liquide amniotique et d’autres produits de la parturition induit une hypoalgésie. La substance déclenchant cette hypoalgésie s’appelle Placental Opioid-Enhancing Factor (POEF) ou facteur opioïde-augmentant placentaire. Le POEF soulage la douleur sans supprimer le comportement maternel.

… une amplification lors de dystocie…

L’évaluation de la douleur au vêlage s’appuie sur trois approches : mesure de la réduction de l’ingestion, indicateurs physiologiques (rythmes cardiaque et respiratoire, température rectale…) ou comportementaux (fréquence d’activité, transitions lever-coucher…). Les mises-bas normales s’accompagnent de modifications de ces 3 indicateurs, elles sont fortement amplifiées lors de dystocies. Les principaux facteurs de risque d’accentuation de la douleur lors du vêlage sont la parité (les primipares ont plus de risques que les multipares) et l’existence d’une dystocie, prédisposée par une augmentation de la durée de la parturition, une disproportion fœto-pelvienne (les vêleuses permettent d’exercer une force de traction pouvant s’élever jusqu’à 450 kg contre 70 kg pour les contractions de la vache) et/ou une présentation anormale du fœtus. Outre le manque d’expérience, les primipares ont des durées de mises bas plus longues et le degré d’effort qui leur est associé est généralement plus grand que pour les multipares. La césarienne et la dystocie sont classées dans les processus les plus douloureux chez les bovins. Le vêlage dystocique, de par les traumatismes au niveau du bassin et du tractus génital entraîne des problèmes déambulatoires et une baisse d’appétit.

 … d’où une utilisation systématique d’anti-inflammatoires lors de vêlages difficiles

Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) après la parturition participent au contrôle de la douleur en réduisant l’inflammation autour du vêlage et son impact sur le bien-être, la santé et la productivité de la vache et du veau. Une utilisation systématique d’AINS sur un vêlage difficile permet une récupération plus rapide pour la mère (convalescence plus courte avec une meilleure involution utérine, reprise de la rumination plus rapide, instinct maternel préservé…) et une meilleure prise alimentaire pour le veau (les mères se laissent téter plus souvent et plus longuement pendant les 24 premières heures de vie des veaux d’où un meilleur transfert immunitaire et donc moins de pathologies).  

Un risque à court et moyen termes pour la fécondité de la vache…

L´involution utérine correspond au retour à la normale de la taille et du poids de l´utérus de la vache après vêlage. L´utérus passe de 10 kg au vêlage à environ 500 grammes un mois après. Dans le même intervalle de temps, la longueur de la corne utérine ayant porté le veau diminue dans une proportion comparable : de 1 m à 15 cm. L´involution du col utérin demande plus de temps (>50 jours). L’involution utérine s’accompagne du redémarrage de l´activité ovarienne : première ovulation 14 jours après le vêlage, premières chaleurs 28 jours après le vêlage dans le cas optimal. Les lochies (mélange de liquide placentaire, de sang) sont éliminées dans la semaine qui suit la mise-bas.

…  la métrite aiguë ou chronique dès la moindre intervention sur un vêlage

Tout retard d’involution peut favoriser l´apparition de métrites avec 2 formes : aiguë ou chronique. La métrite aiguë apparaît 2 à 15 jours après le vêlage. Trois phases vont se succéder : une colonisation bactérienne avec fièvre, une lésion des tissus et des écoulements malodorants, puis la phase de guérison. Certaines formes aiguës peuvent passer inaperçues et évoluer vers une métrite chronique. La métrite aiguë est le plus souvent due à une intervention lors de la mise bas (extraction forcée, épisiotomie…). La métrite chroniquese déclare 15 jours après le vêlage. Elle touche 10 à 30 % des vaches et n’est pas facilement décelable : seulement 1/3 sont détectées par l’éleveur ! Des écoulements blanchâtres apparaissent au niveau du col de l’utérus de l’animal. La métrite chronique constitue la 1ère cause d’infertilité. Le simple fait d’assister un vêlage multiplie par deux le risque métrite et diminue la fertilité. Afin de détecter précocement toute métrite chronique et les traiter de manière efficace, un contrôle d'involution utérine sera effectué à 1 à 1,5 mois post-partum sur toute vache avec un vêlage assisté ou un évènement postpartum (non-délivrance, fièvre vitulaire…). De même, toute vache présentant un 3ème retour en chaleur ou un retour en chaleurs plus de 60 jours après la précédente mise à la reproduction fera l’objet d’un examen le jour des chaleurs.

Un impact sur le veau nouveau-né

Le fait de naître suite à un vêlage difficile est un des facteurs de risque de complications pour le veau ayant le plus d’impact. C’est l’objet de l’article suivant.

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