Le vêlage (3/3). Réanimation du veau nouveau-né : éviter les erreurs fatales

Dr Didier GUERIN - GDS Creuse – www.gdscreuse.fr

Le vêlage (3/3). Réanimation du veau nouveau-né : éviter les erreurs fatales

Soins au veau nouveau-né => En cas de problème au vêlage, le veau risque de subir une anoxie (insuffisance d’oxygénation) qui va hypothéquer sa survie. La réanimation du veau anoxique est une urgence vraie.

Le traitement de l’anoxie du nouveau-né

Le vêlage (3/3). Réanimation du veau nouveau-né : éviter les erreurs fatales

En cas de problème au vêlage, le veau risque de subir une anoxie. Cela demande d’intervenir rapidement et avec méthodologie.

Faire respirer :

Dès la naissance, évacuez les liquides fœtaux encombrant les 1ères voies respiratoires. Cette intervention doit être rapide et fatiguer le moins possible le veau : eau dans les oreilles, pendre le veau par les pattes de derrière (sans dépasser une minute), massage cardiaque si nécessaire. En cas de défaillance respiratoire, stimulez le centre bulbaire de la respiration par instillation nasale ou sublinguale d’un stimulant respiratoire.

Faciliter l'oxygénation cérébrale :

Pendant l'anoxie, des zones du cerveau sont « désactivées » par oxygénation insuffisante. Ces zones peuvent être « réactivées » par injection d'oxygénateurs cérébraux. Certaines présentations médicamenteuses associant un oxygénateur cérébral et un tonicardiaque sont contre-indiquées dans le traitement de l’anoxie immédiate du nouveau-né.

Faciliter la récupération du tonus musculaire :

Ne fatiguez pas trop le veau à la naissance : évitez de le remuer, d’essayer de lui relever la tête ou de le remettre en position « normale », le veau sera laissé allongé, le veau relèvera la tête de lui-même lorsqu’il aura retrouvé son tonus musculaire.

Lutter contre l'acidose et apporter de l’énergie aux tissus nerveux :

En cas d'anoxie sévère, faites perfuser le veau avec des agents alcalinisants pour lutter contre l'acidose et du glucose pour apporter de l'énergie au veau.

Lutter contre l'hypothermie :

Le veau nouveau-né a très peu de réserves énergétiques. Tout concourt à lui faire perdre sa chaleur : il est mouillé et sa surface corporelle est importante relativement à son poids. Tout traitement qui ne prendrait pas en considération ce facteur thermique serait voué à l’échec : le sécher avec un bouchon de paille si la vache ne le lèche pas assidûment, le placer sur un lit de paille épais pour l'isoler du béton, le réchauffer avec une lampe infrarouge et lui mettre une couverture.

Faire boire le colostrum :

Dans les heures qui suivent la naissance, le veau doit absorber au minimum 40 ml par kg de poids vif de bon colostrum. Le colostrum représente la seule source de défenses immunitaires pour le veau. Le veau ne sera protégé que lorsque son intestin aura absorbé suffisamment d'immunoglobulines. La capacité d'absorption des immunoglobulines colostrales par la muqueuse intestinale est maximale à la naissance. Il est donc indispensable que le veau boive le colostrum dès les premières heures de vie. Quand on sait que la capacité d'absorption de l'intestin diminue d'autant plus vite que l'animal a subi un stress plus important, on comprend que plus le veau a souffert à la naissance et plus il doit recevoir rapidement du colostrum (dans les deux heures qui suivent).

Le vêlage (3/3). Réanimation du veau nouveau-né : éviter les erreurs fatales

Certaines pratiques concernant les soins aux nouveau-nés résultent d’usages plus ou moins anciens associés à des innovations. Or, certaines anciennes pratiques se révèlent à la lumière des connaissances actuelles nocives pour la survie du veau. Sont présentés les symptômes d’anoxie du veau. Les éléments de traitement sont indiqués dans l’encadré.

Un vêlage difficile, un impact sur le veau

Un vêlage difficile impacte le veau. La mortalité des premières 24 heures est 4,6 fois plus élevée. En relation avec un niveau d’immunité passive moins élevé, ces veaux ont 2,4 fois plus de risque d’être malades dans les 45 premiers jours de vie. L’impact des dystocies s’observe après 30 jours d’âge par des retards de croissance et des veaux plus fragiles.

Surveiller les symptômes prémonitoires

Certains symptômes s'observent avant le vêlage sur la mère ou le veau. Chez la vache, des coliques de faux travail, un vêlage qui dure, des eaux souillées par le méconium, une dilatation insuffisante du col, une atrésie de la vulve, une torsion de l'utérus, un vêlage prématuré, la présence de jumeaux sont autant d'éléments susceptibles d'engendrer un veau anoxique. Chez le veau, avant le vêlage, une agitation importante, une apathie ou une présentation postérieure sont un risque important d'anoxie.

Observer attentivement les symptômes précurseurs

Pendant le franchissement de la filière pelvienne et de la vulve, la couleur des muqueuses du veau, normalement rose, vire au bleu au fur et à mesure que l’anoxie s’aggrave. Quand elle est blanche, on se trouve au stade ultime de l’anoxie avec choc, à moins qu’il s’agisse d’une anémie importante. Le tonus de la langue apporte aussi des informations. La langue est tonique sans contraction. Quand le veau souffre, elle se contracte violemment en relevant sa pointe vers le haut. Une langue molle indique un stade ultime de l’anoxie.

Apprécier les symptômes d’anoxie

L’appréciation des symptômes d’anoxie après la naissance concerne le tonus musculaire, la respiration, les pulsations cardiaques et le système nerveux.

Le tonus musculaire est visible immédiatement. Dans les minutes suivant la naissance, le veau tonique redresse la tête, au bout d'une minute, il la tient normalement. Le veau en anoxie reste étendu. Le moment où il redressera la tête sera le signe de l'amélioration de son état. Quand il n'y a aucun tonus musculaire, il s'agit alors d'une anoxie grave.

Au point de vue respiration, une 1ère inspiration a lieu dès la naissance suivie d'une apnée pouvant durer jusqu'à une minute. La respiration continue ensuite au rythme régulier de 30 mouvements par minute avec une amplitude normale. Il peut arriver que la 1ère inspiration ne se déclenche pas ou que la respiration ne redémarre pas après l'apnée alors que le cœur continue à battre. L'anoxie s'installe alors très rapidement.

Les pulsations cardiaques s'établissent très rapidement au rythme régulier de 120 par minute. Pour le veau en anoxie grave, le rythme cardiaque est inférieur à 100 et irrégulier.

Les troubles nerveux, lors d'anoxie cérébrale peuvent être les suivants : paupières closes, mouvements désordonnés des yeux, tête en arrière, révulsion des globes oculaires, spasmes… L'état des centres nerveux peut être évalué par le test de deux réflexes : le réflexe pituitaire qui consiste à stimuler la muqueuse nasale avec un brin de paille : le veau normal réagit en secouant la tête et en toussant ; le réflexe de postulation qui consiste à peser sur un pied du nouveau-né : le veau normal retire son pied.

Dans le cas d'anoxie légère non-compensée par le veau, des symptômes apparaissent dans les heures qui suivent : absence du réflexe de succion, manque de dynamisme, hypothermie : la température rectale normale du veau est de 38,5°C à l'âge de quatre ou cinq heures. En cas d'anoxie grave, elle peut chuter jusqu'à 34°C.

En conclusion, être attentif

Le veau à la naissance subit nombre de stress. Dans des conditions optimales, il surmonte facilement cette phase mais tout concourt à créer un certain niveau d'anoxie. Normalement, elle n'est pas grave et l'animal la compense en 12 à 18 heures. A un niveau plus important, il ne peut plus la compenser sans l'aide d'une thérapeutique appropriée. Au delà, sa vie se trouve immédiatement en danger et une intervention rapide s'impose. L’éleveur, par son travail d’observation, d’action adéquate et de demande d’intervention vétérinaire pour les cas le nécessitant, a un rôle primordial et peut mettre hors de péril de nombreux veaux. Pour plus d’informations, contactez votre vétérinaire et GDS Creuse. Consultez le dossier « Santé du veau » sur notre site www.gdscreuse.fr, onglet « Boîte à outils – bovins » où vous retrouvez cette série de 3 articles et les éléments de gestion et de prévention des diarrhées néonatales.

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