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Conjoncture au beau fixe. Et maintenant, on fait quoi ?

PARIS Le réseau CERFRANCE

Les cours du porc s’envolent depuis avril 2019, conséquence de l’épidémie de Fièvre PorcineAfricaine en Chine et dans toute l’Asie. Après 2018, année de crise, les producteurs respirent, les trésoreries remontent. Mais une fois le soufflé retombé, le marché européen redeviendra faiseur des prix. Les attentes de la société ne se seront pas envolées, ce qui plaide pour des investissements en la matière. À condition de ne pas se tromper de normes ni de modes d’élevage pour l’avenir.

Conjoncture au beau fixe. Et maintenant, on fait quoi ?

On en oublierait presque que l’année 2019, sur la lancée de 2018, avait bien mal commencé. Cours au plancher, aliment en hausse, la marge sur coût alimentaire des clôtures comptables au 31 mars 2019 affichait 0,42 €/kg net quand il faut au minimum 0,49 €/kg pour couvrir les autres charges. Après l’accalmie de 2017, les producteurs voyaient se rejouer le scénario devenu habituel depuis une douzaine d’années, les trésoreries repartant à la baisse. Pour les exploitations qui n’avaient pas réussi à se désendetter suffisamment en 2017, la messe semblait dite. Dans le Finistère, les clôtures comptables de décembre 2018 et mars 2019 montrent une nouvelle plongée de la Trésorerie Nette Globale de 10 €/kg net et une hausse de 3 à 4 points des taux d’endettement.

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Après la crise l’embellie

Retournement de situation spectaculaire à partir de mars. Le cours du porc au MPB1 se redresse et grimpe au rythme de l’avancée de l’épidémie de FPA2 en Chine. Les clôtures de septembre 2019 montrent une marge sur coût alimentaire de 0,55 €/kg net. Sur l’année 2019, celle-ci devrait se situer à 0,66 €/kg. Elle pourrait atteindre 0,76 €/kg pour les clôtures de juin 2020 car l’appel d’air chinois devrait durer un certain temps.

La Chine, tout en étant le 1er producteur de porc au monde (50 % du cheptel mondial), est aussi le 1er consommateur de viande porcine. Un déficit de quelques % entre sa production et sa consommation suffit à enflammer les cours mondiaux comme l’ont montré les années 2016 et 2017. Les experts évaluent aujourd’hui entre 30 et 50 % la baisse du cheptel chinois. De quoi emballer les prévisions de prix sur la planète des exportateurs.

Malgré la mobilisation des stocks de sécurité du pays, le prix du porc en Chine ne cesse de grimper. L’Ifip l’estime à 4,75 €/kg en septembre 2019 3. Le porc étant de loin la première viande consommée par les chinois, le gouvernement n’a d’autre choix que d’ouvrir la porte aux importations quitte à mettre en sourdine sa guerre commerciale avec les États-Unis en abrogeant les surtaxes douanières décidées quelques mois plus tôt. Ses principaux fournisseurs, au 8e rang desquels se situe la France, profitent pleinement de la situation. À titre d’exemple, au 2e trimestre 2019 les exportations bretonnes de viandes de boucherie vers la Chine, composées à 90 % de viande porcine, augmentent de 50 % comparés au 2e trimestre 20184, soit + 17 millions d’euros.

La durée de ce cycle de prix hauts pour les producteurs, notamment hexagonaux, dépendra de la vitesse à laquelle la Chine parviendra à reconstituer son cheptel. Elle s’y emploie d’ores et déjà. Beaucoup estiment malgré tout que l’embellie devrait durer au moins deux ans. À condition que la France ne soit pas à son tour touchée par la maladie. Les mesures de biosécurité se mettent en place dans les élevages tandis que le gouvernement tente d’obtenir des autorités chinoises le principe d’une « régionalisation » de leurs importations. Si une région française venait à être contaminée par le virus, cela permettrait aux autres régions de continuer à exporter.

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Attentes sociétales en embuscade

Cette conjoncture, favorable aux éleveurs, ne fait pas la joie de tous les acteurs de la transformation du fait du renchérissement du prix des pièces de porc. L’IMR5, indice synthétique de prix d’une carcasse de porc au marché de Rungis, atteint, au 21 octobre, le niveau record de 147. La répercussion de ces hausses auprès du consommateur s’avère délicate. Les charcutiers salaisonniers ont saisi le médiateur des relations commerciales au cours de l’été pour obtenir de la grande distribution une révision des contrats commerciaux signés avant la hausse des cours du porc.

Mais la hausse des prix aux consommateurs (+3,9 % sur un an d’après l’Ifip) est à double tranchant. Elle pourrait conduire à amplifier la baisse de consommation des produits porcins, dans un contexte de remise en cause globale de l’élevage, en particulier en mode « claustration ». Et c’est bien cette question qui taraude les éleveurs à l’heure de redémarrer es investissements. Investir, d’accord, mais dans quoi ?

De nombreux éleveurs actent aujourd’hui la nécessité de mieux prendre en compte le bien-être animal. Mais jusqu’où faut-il aller pour garantir l’avenir de son élevage ? Quelles dimensions doivent avoir les cases des maternités « liberté » alors que certains pionniers réalisent déjà qu’ils ont vu trop juste ? Faut-il systématiquement prévoir un accès des animaux à l’extérieur pour les nouveaux bâtiments postsevrage et engraissement, à l’image de ce que montrent les revues et les salons spécialisés ?

Quels acteurs de la filière écriront les cahiers des charges des futurs contrats : groupements, abatteurs, distributeurs, voire associations animalistes ? Le spectre de la filière Poules pondeuses et de ses cages devenues obsolètes moins de deux ans après leur mise aux normes, plane toujours. Comment faire pour ne pas prendre de retard sans pour autant essuyer les plâtres ? Il faut reconnaître que la plupart des partenaires aval ne montrent pas aux éleveurs une direction très claire sur le sujet. Quelques entreprises, généralement de petite ou moyenne dimension, font exception à la règle, à l’image de l’entreprise Hénaff et de sa démarche stratégique Be Good 2030, laquelle fixe notamment des objectifs d’évolution des conditions d’élevage.

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Investir dans l’énergie

En attendant que les demandes vis-à-vis des éleveurs s’éclaircissent, il est un domaine où l’anticipation s’impose : celui de la substitution des énergies fossiles. Outre le cours du porc, l’année 2019 a vu grimper le thermomètre et avec lui la question du réchauffement climatique. L’élevage porcin fait partie des gros consommateurs d’énergie en agriculture. Des Directeur solutions existent, d’une part pour réduire les consommations, d’autre part pour produire des énergies renouvelables et les auto-consommer.

La question énergétique renvoie elle aussi inévitablement à une réflexion sur le mode d’élevage, ne serait-ce que pour identifier les besoins en énergie (pour chauffer mais aussi de plus en plus pour refroidir…) ainsi que les volumes et la nature des ressources énergétiques disponibles (lisier, fumiers…). Un certain nombre d’investissements peuvent néanmoins être lancés sans risque d’être remis en cause par la société.

En n’oubliant pas qu’avant tout nouvel investissement, les éleveurs doivent profiter de l’embellie pour se désendetter. Le passé récent a montré que les retournements de tendance sont rapides et brutaux.

Article extrait de la veille économique - Nov 2019 - Anne BRAS  - Cerfrance

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