La production bio à la croisée des chemins

Armelle Puybasset

La production bio à la croisée des chemins
Le nombre de producteurs engagés en porc bio a progressé de 16,4% en 2017, selon l'Agence bio. - © D. Poilvet

Face à une demande croissante de produits bio, les projets de conversion ou d'installation en porc bio se multiplient. Réunis lors d'un colloque d'Agrobio Bretagne, les acteurs économiques bretons ont débattu de l'avenir du modèle de filière du porc bio.

Une progression du porc bio estimée à 60 % d'ici deux ans

En 2016, l'Agence bio a recensé en France 388 exploitations en production biologique avec un cheptel de truies légèrement supérieur à 9000 truies. Cette même année, les volumes d'abattage ont atteint 10 381 tonnes avec 108 123 animaux porcins (dont environ 3000 coches), selon la commission bio d'Interbev. La progression annuelle de 3 % en moyenne depuis 2013 devrait fortement s'accélérer au cours des prochaines années. « Coop de France estime la progression des ventes de porcs charcutiers à 30 % en 2018 et à 27 % en 2019, pour atteindre 175 000 porcs abattus. Sur les mêmes périodes, les mises en place de truies progresseraient quant à elles de 60 % et 30 % », a indiqué Jean-François Deglorie, animateur technique de la commission bio d'Interbev. Des croissances à deux chiffres à relativiser toutefois par rapport à la production de porc totale, dont les volumes bio représentent à peine 1 %. « Pour autant, le développement des filières bio devra se faire en veillant à l'équilibre matière », a-t-il souligné. La charcuterie représente près des deux tiers des ventes de produits de porc bio. « On constate une demande croissante pour les jambons et les lardons bio. Deux pièces qui représentent par ailleurs le plus gros des volumes importés. « Il faut être vigilant sur la valorisation des autres pièces, d'autant plus qu'en porc, plus que dans d'autres productions animales, le différentiel de prix payé à l'éleveur entre le bio et le conventionnel est très élevé (facteur de 2,5). »

Source : Commission bio Interbev

Y aura-t-il demain deux niveaux de porc bio ? Un premier niveau de bio, avec un cahier des charges calqué sur le règlement européen, plutôt destiné à la grande distribution et visant à faciliter l'accès aux produits bio du plus grand nombre, tout en contrant les importations. Et un « bio + », avec un niveau d'exigences supérieur sur l'autonomie alimentaire, la taille maximale des élevages, sur le bien-être animal, etc. C'est en tout cas ce que souhaitent certains groupements de producteurs historiques de la filière bio, qui réfléchissent à une marque et à une charte communes. C'est, selon eux, une des réponses au changement d'échelle qu'est en train de vivre la filière de porcs bio. Bien qu'encore confidentiel (à peine 1 % de la production totale française), le porc bio n'échappe pas à la tendance générale d'augmentation de la consommation de produits bio, qui selon l'Agence bio, a atteint +20 % en 2016, toutes filières confondues. De quoi inciter de nombreux producteurs à se convertir ou à s'installer en bio. D'après Coop de France, la production de porcs bio pourrait quasiment doubler d'ici 2019 pour atteindre 175 000 porcs abattus par an (voir ci-dessous). Une progression cohérente avec le plan de filière élaboré fin 2017 par l'interprofession Inaporc dans le cadre des États généraux de l'alimentation et qui vise un objectif de 5 % de porcs bio d'ici cinq ans.

Développer une logique de partenariats avec la distribution

Première région porcine mais troisième en bio derrière les Pays de La Loire et la Nouvelle-Aquitaine, la Bretagne a aussi sa carte à jouer. C'est dans ce contexte que le réseau des agriculteurs bio de Bretagne (réseau Gab Frab (1)) a organisé le 20 février à Ploufragan un colloque dédié au porc bio, avec une table ronde réunissant cinq groupements de producteurs bio bretons : trois acteurs économiques « historiques » présents dans la filière depuis plus de dix ans, Unébio, Bio direct et Bretagne viandes bio ainsi que deux structures naissantes adossées à des groupements en conventionnel, Cooperl et l'Ufab (Le Gouessant). Quelles que soient leurs différences, tous s'accordent à dire que le développement de la production devra se faire en harmonie avec l'évolution de la consommation, au risque de déstabiliser un marché relativement petit, comme ce fut le cas lors de la surproduction de 2012 qui avait induit une baisse du prix porc payé aux producteurs et donné un coup d'arrêt au développement. Consolider la filière passera probablement par davantage de contractualisations entre les groupements de producteurs et la distribution, notamment auprès de la GMS, demandeuse de gros volumes. « Il faut privilégier ceux qui s'engagent sur le long terme, qui raisonnent équilibre matière et avec qui il est possible de discuter, estiment-ils. Il faut inventer de nouvelles relations commerciales. » Il pourrait être également envisagé de mettre en place un observatoire des volumes et des outils de régulation de la production.

Sécuriser le revenu des producteurs

Pour sécuriser le revenu des producteurs, l'Ufab et Cooperl proposent des contrats de reprise sur dix ans. « Nous travaillons en flux tiré avec des objectifs basés sur une vision du marché, a souligné Corentin Amard, de Cooperl. La coopérative joue le rôle de filtre en contractualisant sur du long terme avec les éleveurs, tandis que nos clients s'engagent sur trois ans. » Les groupements historiques ont quant à eux insisté sur l'importance de l'autonomie alimentaire. « C'est un des piliers de réussite, » a relevé Boris Jeanne, d'Unebio. « On encourage la FAF, avec une autonomie en matières premières de 50 % et une surface par truie d'un à deux hectares. » En effet, le coût alimentaire pèse davantage en bio qu'en conventionnel (73 % contre 65 % du coût de production). « Une variation de 50 euros/tonne du prix de l'aliment impacte de 23 cts le coût de production », a calculé Romain Roinsard de l'Itab. Une sensibilité au prix de l'aliment bio qui va s'accroître avec le passage au premier janvier 2019 à une alimentation 100 % bio (2).

Un autre aspect réglementaire qui pourrait impacter le modèle d'avenir de la filière porc est la révision du règlement européen prévue pour 2021, avec des évolutions attendues sur l'aménagement des bâtiments (accès à l'extérieur) et un renforcement du lien au sol.

 

La production bio à la croisée des chemins

(1) Groupement des agriculteurs biologistes et Fédération régionale d'agriculture biologique.
(2) Une dérogation permet actuellement d'incorporer jusqu'à 5 % de matières premières non bio.

Source Réussir Porc

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