Betteraves : double renversement brutal de tendance

PARIS Le réseau CERFRANCE

Betteraves : double renversement brutal de tendance

Après une excellente campagne 2017 caractérisée par des volumes de sucre produits exceptionnels découlant d’une climatologie favorable et de l’augmentation significative des surfaces de betteraves en France (485000 ha semés), les perspectives 2018 ont radicalement changé. Quelques semaines avant la récolte 2017, la première après la sortie des quotas, l’optimisme régnait encore. Mais très vite les nuages accumulés sur le marché du sucre au cours de l’été 2017 laissaient présager une chute des cours pour l’année 2018. Déception sur les rendements

La betterave bio: une réalité émergente?

Betteraves : double renversement brutal de tendance

Les industriels de l’agroalimentaire manifestent auprès des fabricants de sucre une demande en sucre bio. En sucre de bouche, le consommateur focalise plutôt sur le sucre roux de canne pour le bio. En revanche, pour un industriel à la recherche des qualités intrinsèques du sucre blanc, l’ajout de sucre blanc bio lui permet de compléter sa gamme bio. Plusieurs essais en parcelles culturales de betteraves sont ainsi testés et devraient s’étendre à d’autres secteurs. Mais le passage en bio pour une culture telle que la betterave nécessite de repenser complètement l’itinéraire technique. Une véritable expérimentation…

Malgré un retard dans les semis dû au froid et à l’excès d’eau, les conditions climatiques chaudes du printemps permettaient de rattraper ce handicap et d’envisager en juin une belle récolte. Las… la sécheresse persistante douchait les espoirs qui se sont vite transformés en craintes avérées. Toutefois, que l’on soit à l’échelle de la région, de la microrégion et même de la commune, l’extrême diversité des quantités de pluie se traduit par une hétérogénéité rarement constatée. Le rendement moyen national devrait même être inférieur à 85 t / ha à 16° (13,3 t sucre/ha) soit 5 tonnes en dessous de la moyenne 5 ans et ce d’autant plus que la croissance d’automne habituellement constatée sur les betteraves n’a pas lieu cette année.

L’extrême hétérogénéité des rendements se révèle dès les premières semaines d s d’arrachage: de 40 t/ha à plus de 100 t/ha

En outre la climatologie aura été favorable aux ravageurs, insectes et maladies du feuillage, en particulier la cercosporiose, qui s’est généralisée avec une pression très forte cette année.

Betteraves : double renversement brutal de tendance

Un marché mondial au plus bas

Après leur chute brutale de l’été 2017, les cours du sucre ont continué de s’affaisser régulièrement pour atteindre des niveaux historiquement bas entre 10 et 11 cents par livre pour le sucre roux à New York et environ 340 $/T pour le sucre blanc à Londres. La production mondiale estimée pour 2017 à 185 Mt dépasse largement la consommation prévue à 175 Mt.

Incontestablement la production de la Thaïlande avec 14,4 Mt (environ 50 % de plus par rapport à l’année précédente), de l’Inde 34 MT (+ 9 MT / n-1), mais aussi de l’Union Européenne (21,2 Mt) qui faisait son retour sur le marché mondial, pèse sur les cours mondiaux. L’inde et le Brésil deviennent ainsi les deux premiers producteurs de sucre au monde. Rappelons que l’Union Européenne, sous le régime des quotas, devait respecter un plafond d’exportation d’environ 1,4 Mt de sucre et que la fin des quotas signait la possibilité d’exporter sans limitation. Cette perspective nourrissait alors l’envie des principaux fabricants de sucre européens d’augmenter leur production pour diminuer leurs coûts fixes et par voie de conséquence améliorer leur compétitivité, en incitant les planteurs de betteraves à augmenter leurs surfaces de betteraves et en rallongeant les durées de campagne de fabrication.

Dans cette compétition, les principaux exportateurs ne jouent pas forcément à armes égales. Les usines brésiliennes ont la chance de pouvoir arbitrer rapidement entre sucre et éthanol. Ainsi, avec un marché intérieur corrélé au marché mondial, donc déprimé, actuellement, 60 % de la canne produite est destinée au marché de l’éthanol, un peu plus rémunérateur que celui du sucre. Quant à l’Inde, la Chine et les États-Unis, ces pays disposent d’outils de protection de leur marché domestique, (droits de douane, quotas, prix intérieur minimum…) leur permettant d’assurer une meilleure rentabilité sur le marché intérieur.

Le marché européen, longtemps décorrellé du marché mondial rejoint progressivement celui-ci. Compte tenu de l’ensemble des débouchés, la valorisation de la betterave dans les conditions actuelles du marché n’atteint pas 20 €/T.

 Le retournement du marché, que l’on présageait il y a quelques mois, s’est produit en réalité beaucoup plus vite et avec une plus grande amplitude qu’attendue. Le marché européen, longtemps décorrellé du marché mondial rejoint progressivement celui-ci.

Betteraves : double renversement brutal de tendance

D’autres facteurs renforcent l’inquiétude des producteurs de betteraves

Dans ce contexte de fondamentaux de marché du sucre défavorables, s’ajoutent un marché de l’éthanol peu dynamique et une parité €/$ et €/ Real brésilien pénalisante pour les exportations européennes.

L’interdiction des néonicotinoïdes en traitement de semences rendra nécessaire l’épandage aérien d’insecticides en végétation, sans garantie d’efficacité suffisante et avec un risque de baisse de potentiel de rendement. Déjà inquiets des perspectives de marché, de nombreux planteurs de betteraves craignent ainsi de ne pas couvrir leur coût de production.

Raisonner la place de la betterave

 Les perspectives de marché pourraient s’éclaircir en 2020. Mais dans le contexte actuel, la confiance en la fin des quotas a laissé place à un pessimisme ambiant conduisant même certains agriculteurs à s’interroger sur la place de la betterave dans l’assolement. Aujourd’hui l’intérêt de la betterave n’échappe pas au raisonnement global intégrant la volatilité des marchés, l’organisation du travail, la gestion du risque et l’agronomie.

zz

                                      

cerf

Raisonner la place de la betterave

Les perspectives de marché pourraient s’éclaircir en 2020. Mais dans le contexte actuel, la confiance en la fin des quotas a laissé place à un pessimisme ambiant conduisant même certains agriculteurs à s’interroger sur la place de la betterave dans l’assolement. Aujourd’hui l’intérêt de la betterave n’échappe pas au raisonnement global intégrant la volatilité des marchés, l’organisation du travail, la gestion du risque et l’agronomie.

Article CERFRANCE - veille économique - lettre n° 51/2018

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Commentaires 1

tapis851

justement pourquoi on entend pas les groupes sucrier ou les cooperatives promouvoir l augmentation de l'ethanol dans l'essence ou le biodiesel il faudrait insister pour augmenter le taux d'incorporation cela aurait le double avantage de baisser les volumes exedentaires de betteraves ou de cereal et de 2 baisser d'autant les gaz a effet de serre.(pour une foi que c'est simple personne ne reagit)

Deplus les "gens de classe"moyenne pourrait continuer d'avoir leur anciens vehicules.

les cooperatives ne defendent vraiement plus les agriculteur...

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