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Euréka ! Des couverts vivants et maîtrisés en bio

Raphaël Lecocq

Euréka ! Des couverts vivants et maîtrisés en bio
Arvalis Institut du végétal

Le semis en ligne d’une luzerne dans une rotation tournesol-blé-blé, maitrisée par un, deux ou trois passages de mini-tondeuse en ligne sous guidage RTK, lève deux verrous que sont la maîtrise des adventices et l’alimentation azotée en bio sous couvert. Une grande première signée Arvalis et Eco-Mulch

Arvalis-Institut du végétal a-t-il décroché le graal qui agite depuis quelques années les agriculteurs bio, désireux de pousser plus loin la durabilité de leur système en appliquant la technique de semis sous couvert, ce que les agriculteurs conventionnels parviennent à faire moyennant le recours au glyphosate ? Peut-être. L’institut vient de lever le voile sur une expérimentation menée depuis 2016 dans une parcelle expérimentale de 5.000 m2 localisée dans le Tarn. L’idée fondatrice du concept ? « Maîtriser les espèces dans l’espace adéquat », répond Régis Hélias, ingénieur et co-animateur en agriculture biologique chez Arvalis en Occitanie.

Mais encore ? « D’ordinaire, les agriculteurs font des cultures associées en mélangeant les espèces. Dans notre essai, on a séparé les espèces dans l’espace pour les semer en ligne et s’offrir ainsi la possibilité de les maîtriser, moyennant une solution de tonte localisée fournie par Eco-Mulch et un système de guidage par RTK, autorisant la répétitivité des passages sur plusieurs années, selon le principe du Controlled traffic farming ».

Euréka ! Des couverts vivants et maîtrisés en bio

Salissement et nutrition azotée

Concrètement, en année 1 de l’essai, deux rangs de luzerne distants de 30 cm sont semés dans du tournesol semé à 60 cm. S’ensuit un blé semé à 30 cm dont le développement à l’automne va s’opérer sans être pénalisé par la luzerne à la veille de sa dormance hivernale.  Au printemps suivant, la pousse de la luzerne est contenue grâce à deux ou trois passages (selon la pluviométrie) de mini-tondeuses fixées sur le porte-outils Gaïa développé par Eco-Mulch. « Le défi consistait à travailler dans des espaces très limités et sur des plantes très développées », explique Etienne Bazin, gérant d’Eco-Mulch. « La solution est passée par des disques rotatifs de 16 cm de diamètre, capables de tondre la luzerne et au passage les adventices présentes pour éviter leur montée à graine tout en maintenant la matière broyée sur les rangs mêmes de luzerne. Un rouleau faca n’aurait pas fait le travail ».

Résultat : une concurrence maîtrisée, du mulch préservant l’humidité et prévenant l’érosion, de la minéralisation et donc de la nutrition azotée en puissance. « L’essentiel de la nutrition provient de la dégradation de la luzerne à l’automne », explique Régis Hélias. « Mais le tout concourt à distiller une nutrition azotée au long court ».

Euréka ! Des couverts vivants et maîtrisés en bio

« Au début de l’histoire »

En année 3, de nouveau du blé tendre ainsi que du blé dur ont été implantés, enregistrant des rendements respectifs de 40 q/ha et 32 q/ha et teneurs en protéines de 11,2% et 13,3 % « sans aucun apport d’engrais organique », précise Régis Hélias. « C’est d’autant plus notable que les sources d’azote organique vont se raréfier avec la nouvelle réglementation entourant les effluents d’élevage industriels. Qui plus est, la rentabilité des engrais azotés en bio ne dépasse guère les 50%, comme l’a montré une étude des Chambres d’agriculture d’Ile-de-France ».  

En cet automne 2019, à la veille de l’année 4, la luzerne n’est toujours pas épuisée et pourrait assurer son office de plante de « service » une campagne supplémentaire, avant d’être détruite et de laisser la place à un colza ou un maïs dans le cadre d’une rotation. « Mais les bénéfices de la luzerne au plan azoté se feront encore sentir au cours des deux campagnes suivantes », précise Régis Hélias. On relèvera que l’essai flirte avec la monoculture en blé. « C’est une des questions soulevées par l’expérimentation », poursuit l’ingénieur. « Le choix des variétés de luzerne les plus adaptées reste aussi à explorer. Nous ne sommes qu’au début de l’histoire ».

Transfert vers le conventionnel ?

Au printemps, Arvalis a mis en place un nouvel essai associant du tournesol et quatre variantes de légumineuses, à savoir luzerne, sainfoin, trèfle violet et lotier. Le trèfle blanc a été écarté car suspecté de sortir du rang et d’aller « braconner » sur le tournesol ou le futur blé.

La technique pourrait-elle être adoptée en système conventionnel, lui aussi en quête de solutions face au retrait programmé du glyphosate ? « Aujourd’hui, cela me paraît difficile car des écartements de 30 cm me paraissent inadaptés en conventionnel alors qu’ils ne pénalisent pas les rendements en bio. Demain je ne sais pas ». En attendant, Arvalis et Eco-Mulch se penchent sur l’adaptabilité du système dans les sols en pente, avec des semis en travers pour casser les lignes d’eau et prévenir l’érosion.

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