La filière des semences questionne son modèle après une campagne « catastrophe »

Lise Monteillet

La filière des semences questionne son modèle après une campagne « catastrophe »

Le Gnis a organisé une rencontre de la filière des semences de céréales et protéagineux, dans un contexte de dégradation du taux d’utilisation des semences certifiées en France.

« La filière semences a vécu une année catastrophe », souligne Thierry Momont, vice-président du Gnis, le Groupement national interprofessionnel des semences et plans. À l’occasion d’une rencontre des professionnels des semences de céréales et protéagineux, le 4 avril, à Paris, il a présenté des résultats en berne.

La filière a dû en effet composer avec une réduction drastique de la récolte et une mauvaise qualité des grains. Alors que le taux de déchets tourne normalement autour de 15 %, il est monté entre 25 et 40 % cette année, voire jusqu’à 70 % sur certains lots, selon Thierry Momont. Cela a engendré des coûts de production plus élevés que d’habitude. D’autant plus que la faiblesse des PMG (poids de 1000 grains) a conduit les agriculteurs à réduire, en volume, l’utilisation de semences pour une surface équivalente. « C’est la double sanction : baisse du volume et augmentation des coûts » pour la filière, résume Thierry Momont. « Je ne pense pas que beaucoup de personnes se rendent compte de la situation financière des agriculteurs », alerte-t-il, au delà des enjeux de sa filière, rappelant qu’un tiers des exploitants agricoles se trouvent dans une situation « ultraprécaire ». 

Légère dégradation du taux d’utilisation

Le taux d’utilisation de semences certifiées est en légère dégradation. Pour la campagne en cours, il serait situé entre 45 et 47 %, même si cet indicateur reste difficile à évaluer, car la densité de semis fluctue selon les conditions de l’année. L’an dernier, ce taux était compris entre 48 et 50 %. « Les causes sont essentiellement économiques », explique Thierry Momont. « Les agriculteurs sont des consommateurs comme les autres. Quand l’économie ne leur permet pas d’investir dans des semences certifiées, ils se tournent naturellement vers la semence de ferme, même si elle leur demande plus de travail », commente-t-il. Autre facteur d’explication, dans une moindre mesure : l’augmentation de la taille moyenne des exploitations, qui conduit à réaliser des économies d’échelle sur la production de semences à la ferme.

Le modèle français « équitable et responsable »

Dans ce contexte, le modèle économique français est-il toujours pertinent ? Le système, qui repose sur la contribution volontaire obligatoire (CVO), présente plusieurs atouts, insiste Thierry Momont. Il le qualifie d’« équitable et responsable », car il permet de financer la recherche tout en autorisant des exemptions. « Si ce modèle ne fonctionne pas, ou ne fonctionne plus, il ne reste pas 50 solutions », en déduit Thierry Momont, citant la recherche publique ou le brevet.  

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Christophe Dequidt a réalisé un tour du monde des moissons.

Invité lors de cette rencontre, Christophe Dequidt a réalisé un tour du monde des moissons. Ce qui lui a permis d'analyser plusieurs modèles existant à l’échelle internationale. Des pays comme la Chine ou l’Inde mettent ainsi à disposition quasi gratuitement des variétés publiques aux agriculteurs, car cela relève de leur stratégie alimentaire. « Dans la mesure où les États de ces pays financent de moins en moins la recherche publique et font émerger des semenciers, la tendance évoluera vers un système de type Europe », estime le spécialiste. Un modèle alternatif, qu’on retrouve notamment aux États-Unis, consiste à mettre en place des brevets. Autre cas de figure : au Royaume-Uni, 58 % des agriculteurs utilisaient des semences certifiées, en 2012. « Sur les semences certifiées, la collecte se fait directement par les distributeurs qui reversent les royalties à un organisme centralisé, le BSPB. Pour le reste, un accord a été signé entre le BSPB et la NFU (syndicat des agriculteurs). La collecte des royalties sur les semences de ferme se fait à 80 % par les trieurs à façon et 20 % d’agriculteurs déclarent directement », détaille Christophe Dequidt. Mais il existe bien d’autres modèles, en Allemagne, en Finlande, en Australie ou au Canada.

Un enjeu stratégique

En règle générale, « la question du progrès génétique ne se pose pas pour les agriculteurs pauvres, qui veulent avant tout faire vivre leur famille », constate Christophe Dequidt. Le financement de la recherche demeure néanmoins, à ses yeux, un enjeu stratégique pour l’avenir de la filière. « Si on prend en comparaison un système bien maîtrisé comme le maïs, on constate que l’effort de recherche est six fois supérieur à celui du blé. Il faut trouver le bon modèle et sans doute le mondialiser, au risque d’avoir une distorsion de concurrence et un développement différentiel », conclut-il.

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