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Le désherbage de précision à portée de buse

Raphaël Lecocq

Le désherbage de précision à portée de buse
Amazone

La reconnaissance automatique des mauvaises herbes, alliée aux nouvelles technologies de pulvérisation, ouvre la voie au désherbage ciblé, avec à la clé une réduction des doses pouvant atteindre 80%. Des développements sont escomptés en protection fongicide.

Rampe localisée sur betteraves

Sopema, fabricant de matériels betteraviers, mis au point de rampes de traitement localisé, s’attelant à l’avant du tracteur et réalisant une pulvérisation sur environ un tiers de la surface, soit au niveau des rangs, sur des largeurs multiples de celles de semoirs, soit 3X12 ou 3X18 rangs. La rampe emprunte un repère de trace laissée au sol et progresse à une vitesse comprise entre 10 et 15 km/h selon le contexte. Le recours à une rampe localisée est une alternative à la désherbineuse, qui fait naître des contradictions entre les temps de chantier relativement longs dus au binage et les fenêtres relativement courtes de conditions propices à l’efficacité et la sélectivité des herbicides.

Le désherbage de précision à portée de buse

AiCPlus chez Agrifac, AmaSpot chez Amazone, I-Spray chez Kuhn, Biss chez Berthoud, Robocrop Spot Sprayer chez Garford, See & Spray chez Blue River Technology (John Deere), Weedseeker chez Trimble... : le désherbage ciblé est aujourd’hui une réalité, même si certains des technologies précitées sont encore au stade du développement ou de la pré-série. Chez Amazone, la solution AmaSpot figure bel et bien au catalogue, plus précisément sur deux appareils de sa gamme UX (4.200 l et 5.200 l). Le traitement ciblé de mauvaises herbes disséminées dans des chaumes est permis par la combinaison des capteurs GreenSense (Rometron) et de buses PWFM (Agrotop) à pulsation électrique. Les capteurs de florescence reconnaissent la chlorophylle et sont ainsi en mesure de différencier les plantes vertes du sol nu. Chaque capteur disposé tous les mètres visualise 4 bandes de 25 cm. 25 cm : c’est précisément le pas des buses sur la rampe AmaSpot.. En jouant sur la largeur d’impulsion et sur la fréquence d’impulsion, la technologie PWFM à pulsation électrique offre la possibilité de faire varier le débit chaque buse sinon de couper chaque buse individuellement, le tout avec une pression et une taille de gouttelettes constantes, garantes de la qualité d’application.

Le désherbage de précision à portée de buse

Une option à 100.000 euros

Traitement par tache sinon en plein, combiné ou pas à une modulation de dose buse à buse constituent les applications pratiques d’AmaSpot, efficace de jour comme de nuit à une vitesse de travail pouvant atteindre 20 km/h, indépendamment de la poussière et des conditions de luminosité. Un écueil ? Le prix. « L’option AmaSpot est proposée au prix de 100.000 €, ce qui grosso modo, double le prix d’un pulvérisateur UX », indique Emmanuel Lévêque, chef de produit chez Amazone. « Quand nous avons initié ce projet de recherche, avec Rometron et Agrotop, nous n’avions aucune visée commerciale. Mais les expérimentations, menées dans des pays de l’Est, ont convaincu les exploitations du bien-fondé de la technologie. Résultat, nous avons vendu quelques machines en Russie ou Kazakhstan, où les surfaces en jeu, de l’ordre de 10.000 ha à 15.000 ha par an et par machine, alliées aux économies induites sur le glyphosate et sur la logistique, permettent d’escompter un retour sur investissement de trois ans. AmaSpot est aujourd’hui cantonné aux applications herbicides sur chaumes mais notre plateforme constitue un support pouvant s’ouvrir potentiellement à d’autres applications, telles que le désherbage sélectif en culture ».

Le désherbage de précision à portée de buse

Intelligence artificielle

C’est précisément l’axe développé et présenté au dernier Sima par Berthoud et Kuhn, associés respectivement aux start-up françaises Bilberry et Carbon Bee. Berthoud en œuvre son système de pulvérisation buse à buse Spraytronic, associé au système d’intelligence artificielle « Bilberry Intelligent Spot Spraying ». Les tests en condition réelles sont programmés pour cette année. Baptisé I-Spray, le concept présenté par Kuhn repose sur des capteurs hyperspectraux disposés sur la rampe. L’intelligence artificielle est mobilisée afin de différencier les différentes familles d’adventices. L’alliance entre des constructeurs de pulvérisateurs et des start-up spécialisées dans l’analyse d’images ouvre à la voie à une réduction drastique des doses, pouvant atteindre 80%. La technologie ouvre en prime la possibilité d’une gestion du risque de résistance aux herbicides, avec l’usage de matières actives plus ciblées. Enfin, les cartographies de flore adventices amèneront une meilleure connaissance agronomique de l’état de salissure des parcelles, permettant de mesurer, tester et développer  de nouvelles pratiques culturales.

Le désherbage de précision à portée de buse

Désherbage ciblé en blé, colza et maïs

C’est ainsi que Carbon Bee a formalisé une offre de service, baptisée Impaact, à destination des distributeurs ou des ETA, sa solution de reconnaissance pouvant être adaptée à des pulvérisateurs en parc, voire à des rampes de 10 ou 12 m installées sur des quads. « Nous réalisons actuellement des tests pour renforcer la robustesse de nos algorithmes, de nos analyses de données et de nos extractions de cartes, reposant sur des pool de graminées, de dicotylédones et de vivaces », confie Nicolas Rodriguez, responsable marché pilotage désherbage. « La détection de graminées dans des graminées n’est pas encore totalement opérationnelle. Nous en sommes au stade de la pré-série et nous escomptons démarrer la production d’ici 12 à 18 mois, avec des applications en colza, blé d’hiver et maïs ». S’appuyant sur sa technologie d’intelligence artificielle AQiT-map, Carbon Bee travaille par ailleurs sur la détection de maladies en vigne (esca, mildiou, flavescence dorée) et sur des outils d’évaluation de la qualité des fruits. « Quelques domaines expérimentent notre solution en ce qui concerne l’esca », poursuit Nicolas Rodriguez. « La détection de maladies, toutes cultures confondues, est un sujet très complexe. L’idée est d’arriver à détecter les maladies en phase-pré-symptomatique, c’est à dire avant l’apparition visuelle des symptômes, à partir de technologies infrarouge et hyperspectrale ».

Commentaires 1

CASH38

inutile de faire des efforts sans être payés en retour. Quoi qu'on fasse on se fait tuer dès qu'on parle de pesticide! Avec un F40 que j'utilisais cette semaine pour des fongicides, des cyclistes se sont arrêtés sur la route sont entrés dans le champ pour m'intercepter en piétinant mon orge !
L'agriculture raisonnée française est foutue !

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