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Mardi 13/10/2026
« Ce qui était de l’ordre de l’exceptionnel en 1976 est dans la plupart des régions au même niveau que la normale actuelle »
Dans un entretien à Pleinchamp, Florent Baarsch, fondateur de finres, explique comment son entreprise rend accessible des millions de données agronomiques, pédologiques ou climatiques afin de les traduire en conséquences économiques sur les exploitations agricoles.
L’année 2026 était-elle un accident, ou la première d’une série ? L’entreprise finres (pour « finance et résilience ») a réalisé une étude permettant de comparer la saison 2026 (du 1er mars au 31 août) avec les 40 dernières années, puis de simuler le risque qu’elle puisse se reproduire au cours des 40 prochaines années pour tous les départements de France métropolitaine, du point de vue de la sécheresse, de la chaleur et du stress pour les hommes et femmes travaillant dans le secteur, les cultures et les animaux.
Son équipe pluridisciplinaire (climatologues, agronomes, spécialistes de l'adaptation et innovateurs numériques) a également mis au point des outils permettant d’établir des diagnostics climatiques et économiques à l’échelle des exploitations. Le but : traduire les risques climatiques en conséquences économiques. Entretien avec Florent Baarsch, son fondateur.
De quels constats êtes-vous partis pour réaliser l’étude comparative de la saison 2026 avec les 40 dernières et les 40 prochaines années ?
Il y a eu deux points de départs. Le premier était la comparaison faite dans les médias entre la saison 2026 et d’autres années, sans analyse précise d’un point de vue statistique. On était un peu dans le flou. L’autre a été toutes les discussions que j’ai pu avoir au cours de l’été avec des agriculteurs qui se demandaient si 2026 était vraiment exceptionnelle ou s’ils allaient être amenés à revivre ce genre de saisons régulièrement.
On a beaucoup comparé cette saison à 1976, que montrent réellement les données ?
L’année 2026 a été plus sèche que 1976 dans la grande majorité des départements. Seuls certains départements, comme l’Aisne par exemple, ont un bilan hydrique en 2026 supérieur à celui de 1976.
Mais là où les résultats sont les plus choquants, c’est en termes de cumul thermique : ce qui était de l’ordre de l’exceptionnel en 1976 est dans la plupart des régions au même niveau que la normale actuelle ! Si j’avais travaillé sur le climat en 1976, j’aurais pu dire : « Dans 50 ans, ce que vous croyez être exceptionnel sera la norme de demain ». Et personne ne m’aurait cru. Aujourd’hui, je le dis : 2026, c’est la normale de demain.
Quels sont les résultats marquants de votre étude ?
Ce qui fait vraiment réfléchir, c’est de se rendre compte qu’un évènement comme 2026, qui a eu lieu une seule fois au cours des 40 dernières années, a une probabilité sur 10 de se produire à nouveau au cours des 40 prochaines années. Mais si on prend en compte d’autres aléas climatiques, comme l’excès d’eau que l’on a connu en 2024, lui aussi a une probabilité beaucoup plus forte de se produire. Il nous apparait maintenant très clairement que les aléas qui vont conduire à des pertes de rendement significatives auront une probabilité bien supérieure à une année sur 10, si on ne s'adapte pas.
Dans vos travaux, vous analysez les vulnérabilités des cultures existantes et explorez les alternatives. Que constatez-vous ?
Nous avons réalisé une étude pour tester des systèmes alternatifs en termes de fourrages. Ce que l’on constate, c’est qu’il existe des espèces qui vont moins rapidement dépérir en conditions de forte chaleur et de sécheresse, et qui ne nécessitent pas de modifications profondes des systèmes de culture.
On l’a vu cet été, certains agriculteurs ont été opportunistes et ont semé du sorgho, du moha, du teff ou du millet, au gré d’un orage ou de quelques gouttes de pluie, et ont réussi à produire plus de matière sèche que ceux qui sont restés sur un système plus traditionnel.
Beaucoup d’agriculteurs se posent des questions, cherchent des solutions et innovent. Cette année nous force à apprendre. La question est : comment disséminer plus largement ces innovations ?
Vous avez développé un outil qui permet aux agriculteurs de projeter leur exploitation sur les prochaines années. Comment est-il utilisé ?
Nous avons compilé des données en provenance de sources qui ne communiquent pas entre elles : le registre parcellaire graphique, telePAC, Agreste, les instituts techniques, les centres de recherche, les données climatiques, pédologiques, etc. Les conseillers agricoles peuvent, en moins de 10 minutes, créer un « jumeau numérique » d’une exploitation pour modéliser les risques climatiques et leurs conséquences économiques dans les années à venir. C’est le principe du « stress-test climatique » inscrit dans la loi d’orientation agricole de mars 2025.
La valeur de notre outil réside dans la discussion qui va être engendrée entre l’agriculteur et son conseiller : le diagnostic permet de poser les questions, de déterminer les modifications à apporter de telle sorte que l’exploitation soit plus résiliente face à un aléa qui va se reproduire.
Pour un agriculteur qui s’installe aujourd’hui, le changement climatique n’est pas juste une hypothèse. L’enjeu est de savoir si le système qu’il met en place pourra s’adapter, et s’il lui permet d’en vivre.