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Vendredi 24/04/2026

Reméandrer les ruisseaux : une solution gagnante pour l'eau et pour l'élevage

Publié par Pleinchamp

Dans les collines bocagères du sud-est breton, le syndicat de bassin versant a travaillé main dans la main avec un éleveur laitier pour replacer un cours d’eau dans son lit naturel. Si l’objectif est avant tout d’améliorer la qualité de l’eau, les vaches y gagnent aussi une zone de fraîcheur lors des canicules.

Au cœur des prairies de Camille Gaigneux, éleveur laitier bio sur la commune de Teillay, à quelques dizaines de kilomètres au sud de Rennes, coule un petit cours d’eau peu profond au doux nom de « ruisseau de l’Etang Neuf ». Ces méandrages bucoliques entre saules, peupliers et aulnes auraient toute leur place dans une chanson de Charles Trenet.

Rien ne laisse penser qu’il y a deux ans encore, ce ruisseau coulait sous la forme d’un fossé rectiligne d’un mètre de profondeur, dans un milieu entièrement refermé par les ligneux. « C’était une vraie tranchée anti-char », se souvient Guillaume Rocher, technicien au sein du syndicat Chère Don Isac. Une configuration qui s’explique par des interventions humaines antérieures. « On voit sur les cartes anciennes qu’il y avait ici une zone humide qui devait être déjà pâturée. Le ruisseau a dû être creusé sous cette forme lors du remembrement dans les années 1990 pour évacuer l'eau », estime Camille Gaigneux.

Un tracé optimal

La restauration du ruisseau de l’Etang Neuf s’inscrit dans le cadre du contrat territorial eau 2020-2025, financé par l’agence de l’eau et les collectivités. « Un bureau d'études avait identifié en amont les cours d’eau pour lesquels il y avait des dysfonctionnements. Charge à nous ensuite d’identifier les propriétaires ou les exploitants et de les contacter pour mettre en œuvre ensemble une convention de travaux », explique le technicien. Dans la plupart des cas, le cours d’eau est retravaillé avec des apports de cailloux pour créer des zones de ralentissement ou d’accélération de l’eau et réduire la profondeur. Dans le cas du ruisseau de l'Étang Neuf, ce sont 60 centimètres qui ont été comblés pour obtenir une profondeur de 20 à 30 centimètres.

Mais dans certaines situations, la concertation avec les agriculteurs permet d’aller plus loin. C’est ce qui s'est produit lors des échanges avec Camille Gaigneux. Sur son exploitation, le ruisseau a non seulement été retravaillé, mais sur certaines sections, le lit du ruisseau a été décalé de 10 à 15 mètres et reméandré pour le ralentir et le reconnecter à sa nappe d’accompagnement.

Dans le cas du ruisseau de l'Étang Neuf, 60 centimètres ont été comblés pour obtenir une profondeur de 20 à 30 centimètres.

Des zones de fraîcheur pour les animaux

Au total ce sont 1174 mètres linéaires (ml) qui ont été restaurés sur l’exploitation bretonne, dont 191 ml de manière plus poussée avec un déplacement du cours d’eau et un reméandrage. Pour l'éleveur, ce nouveau parcours fluvial n’a pas eu d’impact sur son parcellaire. « L’ancien lit qui a été comblé a été remis en herbe et peut maintenant être pâturé. En parallèle, une partie des aulnes et des saules ont été retirés pour ouvrir le milieu. Au global, j’ai peut-être gagné quelques ares d'herbes », calcule Camille Gaigneux. Pour lui, l’intérêt de ce réméandrage est de ménager des zones de fraîcheur autour du ruisseau, au sein desquelles les animaux peuvent se réfugier pendant les périodes de canicules. « Ça m’évite de devoir investir dans des équipements coûteux, tels que des ventilateurs dans le bâtiment », assure-t-il.

L’ensemble du pâturage printanier et estival est pensé pour optimiser l’utilisation de ces surfaces plus fraîches en bord de ruisseau. « Ce sont des parcelles que je réserve à la fauche en début de saison et je les garde pour le pâturage en été. Comme cela, j’évite que les vaches y soient présentes trop longtemps dans l’année et sur-fertilise », analyse l’éleveur breton. Pour gérer le jonc qui se développe dans ces zones humides, il pratique une avancée au fil rigoureuse afin que les animaux les pâturent également.

À chacun sa motivation

Guillaume Rocher, dont c’est le rôle de convaincre les agriculteurs d’accepter ces travaux, a pu identifier différents avantages pour la profession. Le premier d’entre eux, c’est la prise de conscience de l'effet sur la qualité de l'eau. Meilleure sera la qualité de l’eau en amont des bassins versants et moins les utilisateurs paieront pour sa potabilisation. Un argument qui peut faire mouche auprès de certains exploitants. Mais ce sont aussi les évolutions les plus concrètes qui peuvent être les plus parlantes. « En retravaillant des berges plus douces, le milieu est moins accueillant pour les ragondins et cela permet de diminuer la prolifération », illustre-t-il.

Parfois, ce sont les anciens, présents lors des rencontres, qui se rappellent qu’ils péchaient le goujon, aujourd’hui disparu, dans le ruisseau. « En restaurant le cours d’eau, on peut espérer que le poisson revienne. Même si cela peut prendre parfois beaucoup de temps si le cours d'eau a subi des à sec », avertit le technicien.

Guillaume Rocher, technicien au syndicat de bassin versant et Camille Gaigneux, éleveur laitier, observent le retour de la biodiversité.

Encourager la biodiversité

Sur le ruisseau de l'Étang Neuf, les banquettes caillouteuses installées sur différentes zones stratégiques permettent d’accélérer le débit en surface afin que l’eau s’oxygène. Elles sont alternées avec des zones plus profondes, dites « fosses ». La succession de ces configurations permet de reproduire l'aspect naturel d’un cours d’eau.

Deux ans seulement après les travaux, Guillaume Rocher observe déjà une meilleure qualité de l’eau. En témoigne le retour de la biodiversité. « On vient de voir une larve d’odonate (libellule). Et là sous ce caillou, c’est une larve de trichoptère à fourreau. Ce ne sont pas des espèces que l’on rencontre partout », se félicite-t-il.

Lors de la mise en œuvre des travaux, le technicien s’assure également que tout soit mis en œuvre pour éviter que le lit se trouve à sec lors de l’étiage estival. « S’il n’y a plus d’eau, c’est une catastrophe pour la biodiversité », argue-t-il. Chez Camille Gaigneux, une première buse a été supprimée et remplacée par un pont en bois pour assurer la continuité du cours d’eau tout en permettant au bétail de traverser. Une seconde buse a été conservée, mais remontée de plusieurs centimètres afin qu’elle reste ennoyée toute l’année pour assurer une continuité du cours d’eau et le passage de la biodiversité. « Plus le niveau du cours d'eau est relevé et plus la nappe d'accompagnement, qui se retrouve plus basse, pourra l'alimenter dans la durée », prévient-il.

Plus de méandrage en amont, moins d’eau en aval

En 2025, l’agence de l’eau Loire-Bretagne a accompagné financièrement et techniquement la restauration de 290 km linéaires de cours d’eau sur les Pays de la Loire et une partie de l’Orne. Si l’enjeu est la restauration de la biodiversité et de la qualité de l’eau à l’échelle locale, il est aussi très global à l’ensemble des bassins versants. « L’objectif est de recréer une multitude de petites zones d'expansion sur le maillage des petits chevelus de cours d’eau en amont pour ralentir le cycle de l’eau, augmenter l’infiltration dans le sol et réguler les volumes qui arrivent à l’aval dans les cours d’eau plus importants », évoque Morgan Priol, directrice de la délégation Maine Loire Océan de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne.