Tous les agriculteurs seront-ils bio demain ? - Pleinchamp

Tous les agriculteurs seront-ils bio demain ?

15 % des Français consomment régulièrement du bio, un secteur dont le succès ne se dément pas. Pour autant, la généralisation de ce modèle fait débat. L’APCA a organisé un temps d’échanges sur le sujet, le 30 novembre.

L'agriculture biologique peut-elle nourrir la planète ? « L'ONU répond oui », souligne Audrey Pulvar, présidente de la fondation pour la nature et l'homme. Elle était le « grand témoin » du débat organisé par l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA). « Le bio pour tous, c'est possible à l'échelle de la planète, si on évite le gaspillage et en réduisant la consommation de produits carnés », soutient-elle, faisant référence à l'étude scientifique parue dans la revue Nature. Lors de ce débat, une quinzaine d'acteurs, venus de tous les horizons, ont échangé sur l'avenir du bio.

Comprendre les mangeurs bio 

Le mangeur bio n'a plus de « profil type », affirme Karen Montagne, socio-anthropologue. Les consommateurs plébiscitent l'agriculture biologique pour trois raisons : la santé, l'environnement et le goût. Pour certains consommateurs, l'agriculture biologique est un moyen de différenciation sociale, quand pour d'autres c'est la garantie de vivre en bonne santé.

Mais la qualité nutritionnelle des produits bio est-elle vraiment meilleure? « On n'est pas en mesure de le dire », répond Alain Bazot, président de l'UFC Que Choisir. Même constat réalisé par Emmanuelle Kesse-Guyot, épidémiologiste de la nutrition, qui déplore « un manque crucial de données ». Elle mentionne des bénéfices chez l'enfant, concernant les problèmes d'eczémas ou d'allergies, ainsi qu'en matière de lutte contre l'obésité. Néanmoins, il peut exister un biais socio-économique dans certaines études nutritionnelles. Les mangeurs bio pratiquent souvent une activité physique régulière et connaissent mieux la valeur alimentaire des produits.

Trouver le prix juste

« Il faut conserver une différence de prix entre le bio et le non bio », insiste Christine Valentin, présidente de la chambre d'agriculture de la Lozère, car les contraintes de production sont plus fortes en bio. Sans cela, il est impossible d'augmenter l'offre. 

Étienne Gangneron, agriculteur bio et président de la chambre d'agriculture du Cher, rappelle d'ailleurs que, dans les années 1980, les producteurs bio ont passé des années difficiles, faute de marché. « Les filières bio se sont écroulées à ce moment-là », se souvient-il.

Le prix du producteur n'est pas celui du consommateur. En la matière, l'UFC que Choisir a réalisé une enquête édifiante. « Le taux de marge appliqué par la grande distribution est le même entre un produit bio et conventionnel. Donc la marge est du double. Qu'est-ce qui justifie cela, dans les coûts de la grande distribution ? », questionne Alain Bazot. Ce surcoût constitue un frein à la démocratisation des produits bio

Prendre en compte l'impact environnemental

Au-delà de l'enjeu sociétal, la protection de l'environnement est au coeur du développement de l'agriculture biologique. L'agriculture biologique est une alternative pour protéger la qualité de l'eau. À ce sujet, l'UFC Que choisir plaide pour appliquer « le principe  préleveur – pollueur –payeur ». « On verrait le vrai coût de l'agriculture aujourd'hui », précise Alain Bazot.

Pourtant, certains produits appliqués en agriculture biologique, comme le cuivre, ont bien un impact sur l'environnement. « L'agriculture biologique s'est rendue compte que ce type de traitement pose problème. Des études sont déjà en cours car nous sommes dans une filière dynamique, qui ne renie pas les problèmes », répond Michel Dubromel, président de France nature environnement (FNE).

Changer de "matrice"

« Il faut qu'on change de matrice », poursuit Pascal Férey, président de la chambre d'agriculture de la Manche. Ce dernier plaide en faveur d'une rémunération des agriculteurs à la hauteur des services environnementaux rendus.

Dans tous les cas, au sein de l'APCA, on ne souhaite pas opposer les modèles. « Je ne suis pas dans une démarche clivante. Le modèle de l'agriculture biologique est très intéressant en terme de locomotive. En aucun cas, il ne me viendrait à l'esprit de condamner mes collègues conventionnels », précise Étienne Gangneron. Voilà l'une des raisons d'être du bio: demeurer le fer de lance de l'agriculture française. En bousculant les modèles agronomiques, l'agriculture biologique pousse, au final, toutes les agricultures vers une plus grande durabilité.