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Vendredi 24/04/2026

Les élevages cantaliens à l’ère de la biosécurité

Publié par L'union du Cantal

Mondialisation et réchauffement climatique changent la donne sanitaire, favorisant la dispersion de nouvelles maladies en France et Europe et obligeant à une nouvelle approche sanitaire.

Dans moins d’un an, au 1er avril 2027, si la France compte moins de 300 élevages bovins non qualifiés IBR, elle décrochera son statut indemne de rhinotrachéite infectieuse bovine. Dans le Cantal, il ne reste plus que 22 élevages infectés par cette maladie virale (donnée du 7 avril 2026), soit 0,5 % du cheptel bovin départemental. En juin dernier, ils étaient 39 pour un total de 910 en France. “On est en bonne voie et on considère qu’on peut y arriver, à condition que les éleveurs maintiennent leurs efforts”, avance Frédéric Aymar, directeur du groupement de défense sanitaire du Cantal (GDS) qui tiendra son assemblée générale le 30 avril prochain à Polminhac. La priorité dans les semaines et mois à venir est d’assainir ces élevages, par une réforme des animaux positifs, qui constituent de “véritables bombes à retardement” potentielles dans un paysage d’animaux naïfs. Objectif, n’avoir plus que des animaux négatifs en prophylaxie pour envisager une qualification de l’élevage, en étant accompagnés par le GDS au travers de visites et conseils épidémiologiques. “Cela fait maintenant sept ans qu’on a attaqué à contacter tous les éleveurs concernés en les incitant à engraisser leur réforme ; aujourd’hui, c’est un suivi quasi quotidien qu’on réalise auprès d’eux”, relate Delphine Giraud, responsable du service sanitaire au GDS. Sachant qu’en parallèle, demeurent un certain nombre d’élevages non indemnes (en cours de qualification) qui ont vu progressivement les possibilités de vente de leurs animaux se restreindre jusqu’au seul abattoir depuis le 1er janvier dernier.
IBR, BVD, derniers coups de collier
Sur le front de la BVD (diarrhée virale bovine), les avancées sont encore plus spectaculaires : en 2020, lorsque le bouclage-dépistage a été généralisé, 595 veaux IPI (infecté permanent immunotolérant) avaient été détectés, l’an dernier seuls 30 sont sortis positifs. “Grosso modo, on a divisé de moitié tous les ans jusqu’à atteindre un plateau”, indique Frédéric Aymar, soulignant le succès de la méthode appliquée. L’objectif national affiché est une éradication à l’horizon 2030. D’ici là, les GDS souhaiteraient que soit attribué un statut BVD à tous les animaux, en basculant d’un système de surveillance par analyse de boucle à une surveillance sérologique (sur lait de tank ou sang prélevé lors de la prophylaxie) “sauf que la loi Santé animale ne reconnaît qu’un statut au cheptel”, précise le directeur.
Dans le bilan sanitaire annuel qui sera présenté le 30 avril, rien à signaler sur la leucose et la brucellose, dont les prophylaxies reviennent négatives, rien non plus pour la tuberculose bovine. Cette dernière a fait l’actualité ces derniers mois en Normandie et dans le Sud-Ouest. “Ce sont des zones où la tuberculose était déjà présente et où les foyers font des petits ; c’est une maladie insidieuse qui peut contaminer les bâtiments pendant une à deux décennies ; quand on la voit, elle est là depuis longtemps, explique Frédéric Aymar. Elle peut aussi générer un réservoir secondaire dans la faune sauvage.” La tuberculose fait l’objet d’une surveillance dans les cheptels en lien épidémiologique avec des foyers confirmés ainsi qu’à l’abattoir pour repérer des lésions suspectes.
DNC : préconisations avant les transhumances
S’agissant de la redoutée dermatose nodulaire contagieuse, sujet de vives polémiques au sein de la profession, le GDS rappelle qu’aucun cas n’a été détecté dans le Cantal, que le dernier foyer en France remonte au 2 janvier 2026 et que les zones réglementées repartent sur une deuxième année de vaccination. “Le GDS a largement contribué à l’information sur cette maladie que ce soit via les réunions que nous avons organisées ou via celles où nous avons été invités à intervenir”, souligne le directeur. Et alors que se profile la période de transhumance, le groupement a émis des recommandations pour sécuriser les mouvements d’animaux via des mesures de bio-sécurité renforcées : visite vétérinaire en élevage avant la montée en estive ou mise en pension ; aucune introduction de nouveaux bovins dans le cheptel dans les 45 jours précédant ces sorties ; renforcement du système d’identification afin de pouvoir agir rapidement en cas de foyer avéré. Par ailleurs, pour réduire le nombre d’animaux potentiellement abattus dans des foyers éventuels, il est préconisé une période d’isolement de 45 jours minimum pour les animaux sensibles à la DNC nouvellement achetés, de retour d’estive ou pension ou de rassemblement temporaire, avec surveillance clinique et désinsectisation.
Nouvelle approche
Quant à la FCO, passée un peu dans l’ombre de la DNC, sa circulation s’est faite à bas niveau dans le département en 2025, tout comme la MHE. La vaccination restant cependant conseillée. Sur les petits ruminants (ovins, caprins), situation vierge en matière de brucellose, mais la vigilance est de mise sur la variole caprine et la clavelée (variole ovine), réapparues en Turquie, Grèce et dans les Balkans. Même vigilance pour la peste porcine africaine, aux portes de la France.
Autant de maladies jadis lointaines qui font fi des frontières et distances, avec la mondialisation, et dont l’expansion est favorisée par le changement climatique, obligeant à revisiter
l’approche sanitaire. “On avait l’habitude de gérer le sanitaire en silo, l’IBR d’un côté, la BVD de l’autre..., aujourd’hui on ne peut plus se le permettre, il faut gérer les risques
d’introduction en élevage, c’est-à-dire agir sur la biosécurité, ce sont d’autres méthodes qu’il faut s’approprier quelle que soit l’espèce car on n’a pas d’autre choix” insiste Frédéric Aymar.