« Les marchés des matières premières pour l'alimentation des bovins sont tendus, sans visibilité »

Impossible de ne pas répercuter la flambée du prix des matières premières sur l’aliment du bétail. Pour autant, le groupe Sanders entend accompagner les stratégies d’adaptation mises en place par les éleveurs et conforte son approvisionnement en tourteaux non OGM triturés en France. Le point avec Pascal Cousin, chef de marché ruminants chez Sanders.

Quelles sont, pour un fabricant, les possibilités de tamponner les hausses des tarifs des matières premières ?

Pascal Cousin - Cela passe forcément par un suivi au quotidien des cotations et des disponibilités en couplant achats à court et moyen terme. Mais il n’y a pas de recette miracle ! Quand le blé passe en 18 mois de 180 à 300 euros la tonne en entraînant toutes les autres céréales dans son sillage et qu’au cours du même intervalle de temps le tourteau de soja passe de 300 à 450 euros, le prix de l’aliment augmente forcément. Et que dire du tourteau de soja non OGM qui, fin décembre fluctuait entre 650 et 700 euros la tonne ! Actuellement le marché des différentes matières premières incorporées dans nos aliments est très compliqué. Les marchés sont tendus, sans visibilité, et sont impactés par la hausse des prix de l’énergie sans occulter celle des différentes mesures mises en place pour lutter contre le covid.

Quelles stratégies d’adaptation constatez-vous sur le terrain ?

P. C. - Les premières interrogations de nos clients sont liées à la hausse du prix des aliments et aux perspectives à venir. Mais le prix de l’aliment doit être intégré dans un prix de ration avec une quantité et une durée d’utilisation. Cela paraît évident de le dire mais c’est très important.
 

Cette année les ensilages de maïs ont souvent des valeurs énergétiques un peu faibles. Cela s’explique par des tonnages de matière sèche récoltés conséquents mais avec une richesse en grain qui n’est pas forcément proportionnelle au volume de feuilles et de tiges. Certains de nos clients ont coupé leurs maïs plus haut (au ras de la poupée et non au ras du sol) de façon à augmenter la proportion en grains. De la même façon, l’ensilage de maïs épis ou de maïs inerté, souvent stocké en boudins se développe depuis quelques années en complément de l’ensilage plante entière. Cela permet de conforter la densité énergétique d’une ration en réduisant l’ajout de céréales ou d’aliment acheté à l’extérieur. Nous accompagnons ces évolutions. Je suis convaincu que l’éleveur doit d’abord valoriser les produits cultivés sur sa ferme puis acheter en fonction les bons compléments aux meilleurs prix.

Nous avons des demandes pour des formules avec zéro soja importé

On constate également la mise en place d’assolements plus diversifiés et une nette tendance à introduire davantage de légumineuses pour aller chercher de la protéine. Ce sont des pistes à encourager. Cela amène une vraie sécurité dans le système fourrager et une moindre dépendance aux aléas de la conjoncture et du climat.

Le soja importé du Brésil a mauvaise presse. Serait-il envisageable de s’en passer dans les formules bovins viande pour redorer l’image de la viande bovine ?

P. C. - Finir des bovins sans tourteaux de soja ce n’est pas un problème. Il faut remplacer au moment de la formulation le soja par d’autres sources de protéines (tourteaux de colza, tournesol, lin…) en incluant souvent une proportion plus importante de drêches. On le fait déjà. Techniquement et économiquement cela fonctionne. Cela se traduit par des aliments un peu moins riches en protéines et nécessite souvent de jouer sur le ratio fourrages/concentrés. Les aliments de notre gamme PMS ont été élaborés dans cet esprit. Ils permettent d’augmenter l’autonomie en protéine.
 

Nous avons des demandes pour des formules avec zéro soja importé. Mais quand en bout de chaîne un transformateur ou un distributeur souhaite s’engager, il faut s’assurer que ce soit réalisable en amont. L’aliment sans soja importé doit être disponible toute l’année en quantité suffisante. Ce sont des stratégies à anticiper avec un certain recul !

C’est ce que Sanders a commencé à faire avec l’usine Sojalim de Vic-en-Bigorre dans les Pyrénées-Atlantiques où on triture actuellement 25 000 tonnes de soja 100 % français avec cette année de gros investissements pour doubler l’activité. Sanders a également investi avec Terrena à Thouars dans les Deux-Sèvres sur le site Oléosyn pour triturer uniquement des graines bio. Les stratégies pour limiter les besoins en tourteaux importés se mettent en place, mais progressivement.