Loire-Atlantique - Remettre de la vie dans les sols

Depuis quelques années, les maraîchers réfléchissent à des méthodes alternatives pour la protection de leurs cultures, notamment la mâche. A Légumaloire, plusieurs solutions sont développées.

Au sein de la structure Légumaloire à Divatte-sur-Loire, la mâche se cultive toute l’année avec un rythme de récolte de 25 tonnes par semaine, soit 1300 tonnes de mâche par an. « C’est une culture exigeante en matière de suivi cultural. Elle pousse en cinq semaines l’été et douze semaines l’hiver. Il faut être très réactif », explique Bertrand Redureau, l’un des trois associés de ce regroupement des sociétés maraîchères Prim’Val (mâche, poireau, navet), Violettes (radis, carotte, jeunes pousses, fenouil) et Jardins de Goulaine (en agriculture biologique), toutes certifiées HVE.

Pour le semis, la précision doit être tout aussi fine : des terrains propres pour éviter au maximum les maladies et l’herbe. « Nous préparons le sol avec des faux-semis pour faire lever l’herbe. Nous semons avec une densité de 6 M de graines/ha donc on ne peut pas passer d’outil pour désherber. S’il y a de l’herbe avant la récolte, il faut sarcler. » Une culture gourmande en main-d’œuvre donc, tout comme le poireau, le radis ou le fenouil. Au total, l’entreprise embauche 44 salariés permanents et de 10 à 80 saisonniers.

Depuis plusieurs années, les maraîchers s’adaptent et cherchent de nouvelles solutions pour lutter contre les maladies (champignons de la fonte des semis comme le fusarium et le pythium) et la concurrence de l’herbe. Pour rappel, en 2018, la substance active metam sodium, utilisée en biocide, a été interdite par l’Anses. « Avant son interdiction, il était prévu que son prix augmente fortement début 2019, alors nous avions déjà anticipé ce changement dès 2015 », précise Bertrand Redureau.

De la mâche après un blé
Sur son exploitation de 130 ha en conventionnel et 14 ha en bio*, une partie de la mâche est protégée par de grands abris plastiques (27 ha au total pour la mâche, le radis et les jeunes pousses de salade) et quatre machines à vapeur ont été achetées. « C’est efficace mais c’est énergivore en temps et en carburant car il faut compter 40 heures/ha et 3000 l de fioul/ha. Cette méthode ne concerne que 15 % de la surface. »

Bertrand Redureau mise également sur les bienfaits de la vie du sol. « Il faut reprendre les grands principes de base pour faire du préventif et non du curatif. » Des groupes de travail sur différentes thématiques, comme le sol, les méthodes alternatives et la gestion de l’herbe, ont été constitués au sein de la Fédération des Maraîchers nantais. Des formations sont aussi proposées par le Comité départemental de développement maraîcher (CDDM). « Nous parlons matière organique, ver de terre, etc. L’idée est de faire du maraîchage sur un sol vivant et, peut-être, de moins travailler nos sols. »

En ce sens, la culture des engrais verts se développe depuis cinq ans environ dans le secteur : le sorgho mis en place en mai et détruit en août permet de restructurer le sol grâce à son système racinaire et de casser les rotations. A Légumaloire, les associés et leurs équipes ont développé un partenariat avec trois agriculteurs du secteur.

« Après la moisson d’un blé et avant le semis d’un maïs, nous cultivons de la mâche. Cela se fait pour le melon ou les plants de vigne qui demandent des rotations longues de cinq ans. Pour le sol, ça présente un intérêt agronomique certain et, pour la mâche, ça permet de bénéficier d’une surface supplémentaire l’hiver. » Un échange gagnant-gagnant.


« Par contre, nous aurons quand même toujours besoin d’outils, on ne pourra pas se passer de tout. En allant vers de l’extensif, les parcelles sont moins propres donc si on nous supprime tout, les coûts de production vont augmenter et le risque c’est que la production finisse à l’étranger », alerte Bertrand Redureau.