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Mardi 25/08/2026
Météo : quelles sont les tendances pour l’automne 2026 ? La chronique de Nicolas Le Friant, expert météo
Pour les mois de septembre à novembre 2026, des températures supérieures aux normales sont attendues sur la France. En revanche, la pluviométrie demeure le facteur décisif et le plus incertain.
D’ores et déjà, la France vit une année 2026 tout simplement hors-norme, exceptionnelle. En effet, l’été 2026 qui s’achève devrait se terminer avec une température moyenne de l’ordre de 24°C, ce qui représente un excédent thermique de 3,6°C. Surtout, cet été 2026 est l’été le plus chaud loin devant la référence jusqu’alors qu’était le fameux été 2003 avec une température moyenne de 23,18°C. Cet été avait déjà succédé au printemps le plus chaud. En conséquence, du 1er janvier au 31 août 2026, la France se retrouve avec une anomalie de températures de +2,44°C par rapport à la normale climatique de référence (1991-2020), dont voici le classement :
- Du 1er janvier au 31 août 2026 : environ 16,1°C
- Du 1er janvier au 31 août 2022 : 15,15°C
- Du 1er janvier au 31 août 2025 : 14,98°C
- Du 1er janvier au 31 août 2020 : 14,95°C
- Du 1er janvier au 31 août 2024 : 14,71°C
- Du 1er janvier au 31 août 2003 : 14,7°C
Le constat est sans ambiguïté : le réchauffement climatique s’accentue.
Outre ces températures hors-normes, la sècheresse l’est tout autant en France puisqu’en cette fin août, les sols n’ont jamais été aussi secs, reléguant les sècheresses de 2022 et 1976 assez loin derrière.
El Niño et la tendance de l’automne 2026 en France (de septembre à novembre)
Un automne probablement chaud
El Niño est désormais bien installé. L’indice Niño 3.4 a dépassé 2°C en juillet et Copernicus (cf. carte ci-dessous) envisage une intensification forte à très forte en fin d’année (atteignant les 3 degrés, voire davantage). L’Organisation Météorologique Mondiale anticipe également un épisode fort en cette fin d’année 2026.
Pour la France, le scénario thermique est le plus robuste. Nous privilégions des températures supérieures aux normales sur tout l’Hexagone et la Corse avec un excédent thermique moyen de 1 à 2°C. Des périodes fraîches resteront possibles sans nécessairement inverser la moyenne saisonnière.
Précipitations : le signal le plus incertain
La prévision des pluies est moins fiable. Les modèles retiennent un scénario plus humide près de la Méditerranée, mais l’excédent pourrait se concentrer sur quelques épisodes intenses. Aucun scénario n’est privilégié sur la majeure partie du pays, tandis qu’une tendance sèche apparaît sur l’Europe centrale et vers le nord-est de la France.
Copernicus détecte un signal plus humide sur l’ouest et le sud de l’Europe, mais souligne l’incertitude élevée et la faible fiabilité des modèles saisonniers pour les pluies européennes.
En résumé, du Bassin parisien au nord-est de la France, il est donc impossible d’annoncer un automne uniformément humide en raison de la proximité avec des hautes pressions, ce qui incite à surveiller les sols superficiels. La Méditerranée présente un signal pluvieux plus marqué, avec un risque d’épisodes intenses et de sols saturés. La température élevée de la mer Méditerranée sera un facteur aggravant si des épisodes pluvieux se mettent en place. Les régions de l’ouest seront également sous les effets des systèmes dépressionnaires et la pluie pourrait être régulièrement au rendez-vous.
Les semis face à l’incertitude des pluies
La période sensible des semis de céréales
L’automne correspond à l’implantation du blé tendre, du blé dur, de l’orge d’hiver et du triticale. La situation idéale n’est ni une sécheresse persistante ni une succession de perturbations : le sol doit être frais pour la germination, mais aussi portant et ressuyé pour les engins.
Des pluies modérées peuvent faciliter les faux-semis, qui font lever les repousses et certaines graminées avant leur destruction. Il est recommandé un travail superficiel et une marge de deux à trois semaines avant l’implantation. Une alternance entre pluie, ressuyage et temps sec serait favorable.
Un début d’automne chaud et sec prolongerait le dessèchement superficiel. Les levées pourraient devenir irrégulières, notamment dans les terres légères. Attendre une pluie utile sécuriserait l’implantation, mais resserrerait le calendrier des travaux.
À l’opposé, des pluies excessives limiteraient l’accès aux parcelles et retarderaient semis ou désherbage. Entre la germination et le stade trois feuilles, une submersion prolongée expose les jeunes céréales à l’anoxie et à des pertes de plantes. Les fonds de vallée, mouillères et sols hydromorphes seraient les plus sensibles.
Des effets variables selon les sols
Un même cumul de pluie n’aura pas les mêmes conséquences partout. Les sols limoneux battants peuvent former une croûte après une pluie intense, tandis que les terres argileuses restent plus longtemps impraticables. Les sols sableux se ressuyent rapidement, mais conservent moins longtemps l’humidité utile à la levée. Le précédent cultural, la présence de résidus, la profondeur du travail et l’état structural modifieront également la réponse des parcelles. Le suivi devra donc être réalisé à l’échelle locale, voire parcellaire, plutôt qu’à partir du seul cumul départemental.
Quelle vigilance pour les prochaines semaines ?
Le principal risque agricole n’est pas seulement un déficit ou un excédent saisonnier, mais une mauvaise répartition temporelle des pluies. Un cumul proche de la normale peut masquer trois semaines sèches suivies d’un épisode très pluvieux, combinaison défavorable aux semis. À l’inverse, plusieurs épisodes de pluies modérées, séparées par des périodes de ressuyage, peuvent sécuriser les implantations.
Les décisions devront donc s’appuyer sur l’état réel des sols, leur profondeur, leur capacité d’infiltration et les prévisions à courte puis moyenne échéance. Pour cet automne 2026, la tendance chaude paraît solide ; la pluviométrie demeure le facteur décisif et le plus incertain. Pour les céréaliers, l’automne 2026 sera probablement moins une question de quantité totale d’eau que de bon positionnement des pluies par rapport aux fenêtres de travaux et aux premiers stades des cultures.


