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Vendredi 21/08/2026
La loi d’urgence agricole, ou quand les gyrophares passent de l’orange au bleu
[Edito] Promulguée au cœur d’un été à l’arrière-fond de terre brulée, sinon à l’avant-goût du climat de 2050, la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles s’attaque à (très) nombreux et (très) gros défis. L’amorce du réarmement agricole ?
Produire face au changement climatique, aux crises sanitaires et au défi démographique. Produire malgré l’addition de règles et de normes complexes auxquelles se surajoutent des recours dilatoires. Produire malgré l’érosion de la surface agricole utile insuffisamment protégée. Produire avec moins d’eau alors que tout ce que nous mangeons est eau. Produire malgré la dévitalisation mordante des territoires à laquelle contribue la colonisation d’un grand prédateur. Produire face une la concurrence déloyale qui s’infiltre sans coup férir sur nos étals. Produire malgré la dure loi du pot de terre contre le caddie de fer. Produire sans être ni volé ni épié. Produire pour nourrir nos concitoyens et être payé pour. Telles sont les ambitions assignées à la loi 2026-796 du 18 août 2026 d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles (UPSA).
Une célérité et une exhaustivité anti-déclin
Annoncée par le Premier ministre le 13 janvier dernier, il aura fallu à pleine plus de six mois au gouvernement pour l’écrire et au Parlement pour l’amender et l’adopter, pas tant pour répondre à une colère agricole chronique et endémique, que pour tenter de stopper l’hémorragie et l’apoplexie de l’excédent commercial de la ferme France, première ferme de l’UE. Quoi qu’il en coûte de reculs environnementaux, diront les contempteurs, avec en ligne de mire le retour (circonscrit et temporaire) de deux néonicotinoïdes ou encore les procédures et les objectifs entourant le stockage et la gestion de l’eau. « Je ne me résous à ce que 30% de l’assiette des Français soit d’origine importée et peut-être demain davantage, a dit mardi la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. Il faut qu’on produise davantage et qu’on transforme davantage pour nourrir les Français ».
Repasser à l’orange, à défaut de vert
La loi d’urgence constitue le dernier chantier agricole de la présidence d’Emmanuel Macron, que ce dernier avait entamé avec la loi Egalim, entrecoupée d’accords (européens) de libre-échange tantôt bénéfiques (Ceta), tantôt maléfiques (Mercosur). Elle va s’achever avec la mise en œuvre, le 1er janvier prochain, de France Services Agriculture, le guichet unique à la transmission-installation, mesure-phare de la loi d’orientation agricole de mars 2025 et ultime feu de détresse à cette affection de (très) longue durée qu’est le non-renouvellement des exploitants. Avec le traitement UPSA, puissent les clignotants et voyants s’éteindre et les gyrophares repasser du bleu à l’orange. A défaut de vert.