Moisson 2020 : des rendements dans le rouge pour une année noire en grandes cultures

Très mauvaise donne cette année pour les grandes cultures en France, avec une baisse généralisée des productions. Les céréales d’automne (blé et orge) affichent les plus grosses chutes sous l’effet conjugué d’une baisse des surfaces et d’un mauvais rendement. Le repli est moins prononcé pour le colza, mais dont la production reste historiquement basse, et pour l’orge de printemps, qui a profité d’une hausse des surfaces.

Blé tendre : 29,7 Mt, en baisse de 25 % sur un an

Les dernières estimations officielles publiées par Agreste le 5 août confirment les pronostics de plusieurs analystes privés : la récolte de blé tendre française passerait bel et bien sous les 30 millions de tonnes (Mt). Agreste affiche ainsi une production de 29,7 Mt, en baisse de 25 % sur un an, et inférieure de 16 % par rapport à la moyenne quinquennale. C’est le troisième plus bas niveau en vingt ans après 2003 et 2016.

Cette contre-performance est notamment provoquée par un repli marqué des surfaces résultant d’une météo excessivement pluvieuse à l’automne : à 4,35 millions d’hectares, la sole est au plus bas depuis 1994 (5 Mha l’an passé). Le rendement contribue également au recul de la production. Du fait des mauvaises conditions climatiques qui se sont succédé depuis l’automne, le rendement du blé tendre passerait sous la barre de 7 tonnes à l’hectare, à 6,8 t/ha (proche du niveau de 2018), contre 7,9 t/ha l’an passé.

Agreste souligne que les régions les plus durement touchées par la baisse de la production cette année sont le Poitou-Charentes (-43 % sur un an), les Pays-de-la-Loire (-35 %) et la Bretagne (-21,5 %). Dans un communiqué publié par Arvalis, FranceAgriMer et Terres Inovia, les trois organismes soulignent toutefois que si les moyennes régionales sont globalement inférieures à l’historique,« les rendements sont proches voire supérieurs à la moyenne quinquennale en Normandie, dans les Hauts-de-France, le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté ».

La qualité est en revanche globalement satisfaisante, avec des poids spécifiques qui s’annoncent bons, et des teneurs en protéines correctes. Les moyennes régionales en protéines sont « généralement supérieures à 11,5 %, voire 12 %, sauf dans les Pays-de-la-Loire, en Normandie, en Bretagne et dans les anciennes régions Picardie et Champagne-Ardenne », indique le communiqué d’Arvalis et FranceAgriMer.

Orge d’hiver : 7 Mt, en baisse de 24 % sur un an

Le tableau n’est pas plus réjouissant en orge d’hiver qu’en blé. Pour cette céréale aussi, la baisse marquée de la production, à 7 Mt, résulte d’une combinaison fatale de surfaces en contraction et de rendement pénalisé par la météo. La production s’effondre ainsi de 24 % sur un an (-20 % par rapport à la moyenne quinquennale). Les surfaces ont mieux résisté qu’en blé (-100 000 hectares, à 1,2 Mha) mais les rendements ont pris une claque. Ils sont estimés à 5,8 t/ha cette année, loin des 7,1 t/ha de 2019.

Selon FranceAgriMer, « la perte de rendement est particulièrement préjudiciable sous la ligne Lorient-Strasbourg où l’on observe des récoltes très décevantes, particulièrement pour les semis les plus précoces ». Comme en blé, la qualité ne fait pas l’objet d’inquiétude particulière, avec notamment de très bons calibrages.

Blé dur : 1,3 Mt, en baisse de 17 % sur un an

La production française de blé dur continue de toucher le fond, au plus bas depuis plus de 20 ans à moins d’1,3 Mt. On oublierait presque qu'entre 2004 et 2012 la récolte dépassait allègrement les 2 Mt. Les surfaces sont restées très basses, à 252 000 hectares, tandis que les rendements ont une nouvelle fois été maltraités par la météo, à 5,2 t/ha (6,4 t/ha en 2019). Les surfaces ne se sont maintenues que grâce à une forte hausse des semis de printemps, les chantiers d’automne ayant été largement empêchés par l’excès de pluie.

Orges de printemps : 4,3 Mt, en baisse de 5 % sur un an

Contrairement aux autres céréales à paille, l’orge de printemps fait de la résistance. Selon les prévisions actuelles d'Agreste (la récolte est encore en cours), la production ne s’affaisserait que de 5 %, à 4,3 Mt. Les rendements ont là encore été pénalisés par la météo et les attaques de pucerons vecteurs de JNO (5,6 t/ha, contre 7 t/ha en 2019), mais ce phénomène est en grande partie compensé par la hausse des surfaces (+120 000 hectares à 760 000 hectares, tandis que la moyenne quinquennale est de 500 000 hectares). L’orge de printemps a en effet profité des parcelles qui n’ont pu être emblavées comme prévu avec des céréales semées à l’automne.

Colza : 3,3 Mt, en baisse de 5 % sur un an

Nouvelle année noire pour le colza. La crucifère voit sa production baisser encore un peu plus par rapport à l’année dernière, à 3,3 Mt. Cela correspond à un effondrement de 36 % par rapport à la moyenne quinquennale. Ce faible niveau de production est la conséquence de surfaces qui sont restées très basses, à 1,1 Mha. La sole n’a pas pu rebondir après le score déjà très bas de l’an passé, en raison de la séquence de sec pour la seconde année consécutive au moment des semis.

Les rendements se sont effrités, passant pour la première fois sous les 3 t/ha depuis 2007, à 2,97 t/ha. Pour Terres Inovia, ces rendements s’expliquent par les difficultés d’implantation et par la présence de ravageurs difficiles à contrôler. À cela s’est ajouté, dans les bassins Centre et Centre-Est, un épisode de gel tardif. Dans l’ouest du pays, « l’alternance d’excès d’eau hivernaux et de sécheresses printanières a empêché un développement performant du système racinaire », analyse Terres Inovia.