Projet EleVE : Maîtrise du parasitisme des troupeaux en respectant l’environnement

C’est à l’occasion du Sommet de l’Élevage, à Cournon-d’Auvergne, que le GTV Auvergne (groupement technique vétérinaire) a fait le bilan de trois années d’actions en lien avec le projet EleVE (Éleveur Vétérinaire Environnement), dont l’objectif est de promouvoir une gestion raisonnée du parasitisme bovin et de valoriser le rôle de prescripteur du vétérinaire pour les antiparasitaires.

Ce projet fait suite à une étude du Groupement de Défense Sanitaire (GDS) du Cantal qui a révélé, de la part des éleveurs, un réel besoin d’information sur les parasites des bovins et les moyens de lutte contre ces parasites. Cette étude a aussi révélé des coûts de traitements parfois très élevés. Le projet Eleve a débuté en 2017 avec une implication des éleveurs, vétérinaires et associations de protection de la nature pour se terminer en 2020.
Pierre Rigaud, vétérinaire responsable du projet EleVE pour le GTV Auvergne fait le constat suivant :
« une utilisation non raisonnée des médicaments antiparasitaires est susceptible de favoriser l’apparition de parasites résistants aux traitements et, à assez court terme, de conduire à leur inefficacité. Certaines molécules employées ont, en outre, des effets néfastes sur l’environnement et une demande sociétale forte réclame l’abandon d’un usage trop systématique des biocides en élevage ».
Une première phase du projet a permis de recruter 54 élevages sur plusieurs secteurs à forts enjeux environnementaux de l’ancienne région Auvergne (sites Natura 2000, réserves naturelles, sites à enjeux Pies-grièches). Dans ces élevages, une trentaine de vétérinaires a réalisé des audits parasitaires poussés (sérologie et coproscopies) et un suivi fin des pratiques de pâturage.
Ainsi, les élevages se sont vus proposer des traitements ciblés, adaptés aux particularités de chacun, et un suivi est toujours réalisé afin de s’assurer du bon fonctionnement du nouvel itinéraire technique proposé.
Une étude sur les insectes coprophages (qui sont les plus impactés par la rémanence de certaines molécules) a également été réalisée par la LPO Auvergne sur certaines parcelles de ces élevages.
Pierre Rigaud détaille les principaux objectifs du projet EleVE qui sont de « réduire les risques d’apparition de parasites résistant aux traitements, diminuer les coûts des traitements antiparasitaires, aller vers un meilleur état sanitaire des troupeaux bovins et, enfin, réduire l’impact environnemental lié à l’utilisation de ces molécules ».

Des actions menées pendant trois années
« L’ivermectine est mise sur le marché en 1981, et dès 1984 des études montrent une toxicité de certains antiparasitaires pour les insectes coprophages (Lumaret). Les éleveurs se sont souvent vus conseillé de mettre en place des traitements systématiques et à large spectre sans diagnostic parasitaire précis. Le risque parasitaire est très différent d’un élevage à l’autre et toutes les molécules disponibles ou les différents modes d’administrations ne sont pas aussi impactants, il y a donc des sources d’amélioration possible » précise Pierre Rigaud.
En 2014 les animateurs de plusieurs sites Natura 2000 ont souhaité  mutualiser les moyens et ont contacté le Groupement Technique Vétérinaire Auvergne pour élaborer un projet à l’échelle de la région. Le groupe de travail ainsi constitué a ensuite été rejoint par différents organismes et organisations professionnelles agricoles.

Étudier les insectes coprophages
Une étude mise en place en 2018 a permis de suivre une douzaine d’élevages. Ce suivi consistait en un piégeage des coléoptères coprophages pour les identifier, les compter et les peser. « Les résultats n’ont pas permis de mesurer l’impact des traitements anti-parasitaires sur les populations d’insectes coprophages, mais il en ressort que les formulations « pour-on » sont plus nocives pour les insectes coprophages que les solutions injectables et que les populations d’insectes coprophages sont plus abondantes sur les parcelles exploitées de manière extensive mais aussi que ces populations sont fortement dépendantes des conditions météorologiques et du type de paysage agricole » détaille Pierre Rigaud.

Une synthèse des résultats d’analyse
« Les analyses de laboratoire révèlent une grande hétérogénéité de l’infestation des élevages, tant par les strongles gastro-intestinaux que par la grande douve ou le paramphistomes. Le nombre d’élevages fortement infestés par les strongles digestifs est faible, alors qu’il est élevé pour la grande douve, particulièrement en 2018. Concernant la grande douve, la moitié des cheptels infestés n’était pas traitée contre ce parasite, alors que la moitié des cheptels peu ou pas infestés avait l’habitude d’être traitée ce qui met en évidence l’importance du diagnostic parasitaire » détaille Pierre Rigaud.

Une évolution de l’utilisation des médicaments antiparasitaires
Cette utilisation a été évaluée selon deux indicateurs : l’impact sur les insectes coprophages et le coût financier des traitements effectués par l’éleveur. Pierre Rigaud précisant que « l’impact sur les insectes coprophages des traitements effectués par l’éleveur était déjà très faible en début de projet pour la moitié des élevages étudiés. Il a pu être fortement réduit en cours de projet pour tous les autres, à l’exception de quelques cas particuliers pour lesquels un traitement affectant les insectes coprophages s’était révélé nécessaire afin d’enrayer un épisode de bronchite vermineuse sur des vaches laitières ».
Les coûts financiers de traitements étaient faibles (inférieurs à 5€/UGB) pour la moitié des élevages et ont été fortement réduits pour les autres (diminution de 600 € par élevage et 7,13 €/ UGB en moyenne pour les élevages dont le budget antiparasitaire interne était supérieur à 5 €/ UGB). « Ceci représente, pour les éleveurs, une économie substantielle, mais insuffisante, en l’absence d’aide financière, pour compenser à la fois le coût des analyses de laboratoire et la rémunération du conseil du vétérinaire »
ajoute Pierre Rigaud.

État des lieux et évolution des pratiques agronomiques permettant de réduire le risque parasitaire
Un certain nombre de pratiques de gestion du pâturage permet à l’éleveur de réduire de manière significative le risque que représentent les parasites pour la santé de ses animaux et la rentabilité de son élevage, et par là même de réduire la nécessité de recourir aux médicaments antiparasitaires. Pierre Rigaud précisant que « le projet EleVE a permis de recenser ces pratiques parmi les élevages étudiés. Il a ainsi été mis en évidence que deux éleveurs sur trois pratiquent une rotation sur au moins trois parcelles pour leurs jeunes animaux les plus sensibles, alors que, pour neuf éleveurs, les modalités de gestion du pâturage ne permettent pas de réduire le risque d’infestation parasitaire. Ces pratiques de pâturages permettent aux jeunes animaux d’être en contact avec des parasites sans en être submergés, ce qui permet pour certaines pathologies de travailler l’immunité de ces jeunes animaux ».
Les échanges entre le vétérinaire, l’animateur du site Natura2000 et l’éleveur ont permis de proposer à ce dernier c ertaines évolutions réalistes sur sa gestion de pâturage. Parmi ces mesures, on peut citer l’alternance de fauche / pâture, la meilleure gestion des zones d’abreuvement (empierrement, abreuvoirs, accès des cours d’eau…) des rotations de pâtures différentes…

Des perspectives
Le projet EleVE se poursuit avec une quarantaine d’éleveurs situés dans le Parc Naturel régional des Volcans d’Auvergne.
Un projet de Maec (Mesure Agro-environnementale et Climatique)
« gestion raisonnée du parasitisme », reprenant le même protocole que celui d’EleVE va être soumis aux décideurs. Si ce projet est retenu, cela permettra aux éleveurs qui le souhaitent et qui sont éligibles de bénéficier de ces conseils personnalisés. Cette démarche permettrait d’étendre géographiquement et de pérenniser ce type d’action.