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10 ans de recul en méthanisation : "ça gaze"

Raphaël Lecocq

10 ans de recul en méthanisation : "ça gaze"

Gildas Fouchet exploite depuis bientôt 10 ans un méthaniseur en Ille-et-Vilaine. Une activité complémentaire à son atelier de veaux de boucherie, et qui coche toutes les cases agronomiques, écologiques, énergétiques, sans oublier l’économie. Moyennant un peu... d’énergie.

10 ans de recul en méthanisation : "ça gaze"

Si c’était à refaire ? « Je n’hésiterais pas une seconde », confie d’entrée de jeu Gildas Fouchet. En 2010, il inaugurait la 1ère unité de méthanisation d’Ille-et-Vilaine sous l’entité Méthavo Elevages. « A l’époque, il fallait être un peu téméraire, pas tant sur le plan financier que sur le plan technique et administratif », se remémore l’éleveur, qui avait moins de 30 ans au démarrage de l’installation. « La méthanisation figurait nulle part au niveau des installations classées. Planète Biogaz et 2G, les fournisseurs allemands du digesteur et du moteur co-générateur, étrennaient leur arrivée sur le marché français avec mon unité. Chance : j’avais fait allemand 1ère langue ».

Dix ans plus tard ? ça gaze. Pas mal même. L’unité est montée en puissance au fil du temps, passant de 100 kWe à 250 kWe. Les investissements aussi. La mise de départ était de 670.000 € et s’établit désormais à 1,4 millions €. Mais la rentabilité est au rendez-vous : la vente d’électricité à EDF représente environ 40% des revenus de l’exploitation, soit le même niveau que l’atelier de veaux de boucherie conduit en intégration avec Tendriade et son site tout proche de Chateaubourg (Ille-et-Vilaine). Le solde est fourni par les cultures de rente, l’exploitation totalisant 140 ha.

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Des Cive et du non-labour

Le digesteur absorbe l’intégralité des 5000 m3/an de lisier de veaux produits sur l’exploitation. Il constitue donc une réponse à la problématique des effluents, tout en générant un digestat affranchissant presque totalement l’exploitation (à 90%) de l’achat d’engrais minéraux. Or, ces derniers pèsent lourd dans les émissions de gaz à effet de serre (GES) en agriculture. Selon Arvalis, ils représentent 88% des émissions de GES dans un blé à 83 q/ha, loin devant le carburant (10%).

Chez Gildas Fouchet, tout le digestat est valorisé sur l’exploitation. Outre les lisiers, entre 1.000 et 2.000 t/an de cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive). Celles-ci s’intercalent entre le blé et le maïs et voient se succéder une association de tournesol et d’avoine brésilienne, récoltée à l’automne, suivie d’une orge, récoltée au 15 mai avant le semis de maïs grain. « Dans mon système, ces Cive ne substituent pas à la production de fourrages ou autres cultures de rente », précise l’éleveur. « Elles me permettent de maximiser la couverture des sols, sachant que je suis par ailleurs en non-labour ». Voilà un autre bénéfice agroécologique, d’autant que l’éleveur estime que 30% des volumes de Cive restent au sol via les chaumes et les racines.

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Des déchets bientôt payants

Le troisième et dernier substrat majeur de l’installation est constitué de graisses animales fournies par l’abattoir de Tendriade, à hauteur d’environ 2.000 t/an. En l’espace de dix ans, le statut de tels déchets a changé à 180° sous l’effet du développement de la méthanisation, générant un marché des déchets. « Jusqu’à présent, on me payait pour les retraiter et à très brève échéance, c’est moi qui vais devoir payer si je veux continuer à pouvoir en bénéficier », souligne Gildas Fouchet. Ce poste représentait environ 10% de ses recettes de méthanisation. Mais l’éleveur ne s’en inquiète pas trop pour autant. « J’ai de la réserve du côté des Cive car je ne les récolte pas intégralement. J’expérimente depuis peu le semis sous couvert d’orge dans du radis fourrager ». L’autonomie en intrants de méthanisation est donc à portée de vue. Cependant, le changement climatique pourrait impacter la production des Cive. L’éleveur en a fait l’expérience pour la première fois cette année, l’orge ayant pâti du climat printanier.

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L’injection en ligne de mire

Outre la vente d’électricité, la production de chaleur, générée par le refroidissement des deux moteurs de 100 kWe et 150 kWe permet de chauffer l’habitation mais surtout l’eau destinée à la préparation du lait distribué aux veaux, portée à 80°C et qui requiert néanmoins l’adjonction d’une chaudière d’appoint du fait des déperditions d’énergie enregistrées dans le circuit. « C’est tout de même l’équivalent de 50.000 litres de fioul économisés chaque année », précise l’éleveur. Si certains substrats deviennent payants, l’éleveur dispose potentiellement d’un levier de rentabilité à l’issue de cons contrat avec EDF en abandonnant la cogénération pour l’injection directe. Le raccordement au réseau ne lui coûterait « que 30.000 € ».

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Un pipeline presque tranquille

En attendant, l’éleveur s’apprête à changer l’un de ses deux moteurs, qui affiche 70.000 heures au compteur après bientôt 10 ans de service mais cela fait partie de la marche normale de l’unité. Avec le temps, les frais d’entretien du méthaniseur restent contenus. A part l’écroulement du plancher en bois du digesteur, la Sarl Méthavo Elevages n’a pas connu de bévues particulières. « Il faut quand même déclencher la torchère deux à trois fois par ans », relativise Gildas Fouchet. « La fragilité du système, c’est la main d’œuvre, autant pour la partie élevage que pour la méthanisation. La méthanisation, c’est du temps et de la présence, exactement comme l’élevage ».

L’éleveur, qui s’octroie peu de congés, emploie l’équivalent de deux salariés. Cet automne, il s’apprête à couvrir l’un de ses bâtiments de 800 m2 de panneaux photovoltaïques histoire de parfaire son bilan carbone et son bilan d’exploitation, le tout en ménageant sa peine, pour le coup. « On ne fera pas la transition énergétique sans l’agriculture » se convainc l’éleveur, qui réfléchit par ailleurs au bio, sur la partie cultures.

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