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Bilan maïs 2019 : production en berne et marché sous pression

Adèle Magnard

Malgré une hausse des surfaces en 2019, la récolte française de maïs grain est attendue à l’un des plus bas niveaux de ces dix dernières années. A l’export, le maïs français est fortement concurrencé par les pays de la Mer Noire, très compétitifs.

A ce jour, seule 50% de la récolte de maïs grain a été réalisée en France, contre 91% en 2018. « Les récoltes sont perturbées et ralenties par les récentes pluies, pluies qui ont aussi manqué cet été pour les systèmes non irrigués, indique Xavier Cassedanne, expert grandes cultures au Crédit Agricole. On constate d’ailleurs déjà une forte hétérogénéité de rendements entre les systèmes. Les conditions climatiques de l'année ont donc limité les potentiels de production et on se dirige vers une récolte plutôt faible ». De plus, selon l’Association générale des producteurs de maïs (AGPM), environ 50 000 hectares de parcelles prévues en maïs grain auraient été transférées en maïs fourrage en raison de la sécheresse et des besoins en fourrages. 

Ainsi, Arvalis et l’AGPM estiment que la production française devrait s’établir autour de 12,3 millions de tonnes (Mt), un niveau identique à celui de l’année dernière alors que les surfaces ont augmenté de 5% pour atteindre 1,43 million d’hectares. Cette hausse, généralisée aux autres cultures de printemps, a permis de compenser les défauts de semis de colza en 2018. 

Compétition au sein de l’UE

La récolte européenne est elle aussi estimée en baisse, à 66,5 Mt, selon la Commission européenne, et ce malgré une hausse des surfaces. « Cependant, malgré cette baisse de production, l’Union Européenne ne devrait pas rééditer son record d’importations, 24 Mt, de la campagne 2018/2019, indique-t-on à l’AGPM. En effet, la bonne récolte de céréales à paille devrait limiter le recours aux importations de maïs extra-communautaires dans l’alimentation animale. Avec une projection, à date, de 17 Mt d’importations pour 2019/2020, l’Union Européenne devrait toutefois conserver sa place de premier importateur mondial de maïs ». Des prévisions qui pourraient être revues à la hausse étant donné la compétitivité des origines extra-européennes sur le marché UE. 

La France, qui exporte 45% de sa production, « exporte quasi exclusivement son maïs vers les autres pays de l’UE (Espagne, Belgique, Pays-Bas, Allemagne) car nous ne sommes pas compétitifs sur les pays-tiers, marché dominé par les Etats-Unis, le Brésil, l’Argentine et l’Ukraine », fait savoir Xavier Cassedanne. Au sein de l’UE, la concurrence « est particulièrement difficile avec les pays proches de la Mer Noire comme la Roumanie, qui exportait seulement 500 000 tonnes en 2012. Les prévisions pour cette nouvelle campagne 2019/2020 tablent sur un niveau d’exportations autour de 3,7 Mt à comparer avec 4 Mt pour la France. La Bulgarie et la Hongrie sont d’autres challengers importants qui viennent perturber nos parts de marchés », poursuit l’expert. 

Au-delà de l’UE, il faut aussi compter sur un autre poids lourd : l’Ukraine. Le pays est devenu le premier fournisseur de maïs de l’UE et les très bonnes perspectives de production avec de très bons rendements (production prévue entre 35 et 36 Mt) ajoutent une difficulté supplémentaire à la valorisation des maïs français. 

Les Etats-Unis font le prix 

Outre Atlantique, les autres poids lourds que sont les Etats-Unis entretiennent leurs lots d’incertitudes et pèsent largement sur les cours du maïs. « En tant que premier producteur, premier utilisateur et premier exportateur mondial, les USA influent sur la direction des prix », rappelle Xavier Cassedanne. Au printemps dernier, les conditions de semis avaient été très perturbées par des pluies incessantes qui avaient entrainé immédiatement une hausse des prix de l’ensemble des matières premières agricoles. Et les récoltes continuent d’être perturbées par la météo : à ce jour seuls 22% des maïs ont été récoltés. « Mais ces derniers jours, les conditions climatiques se sont améliorées, notamment dans la Corn Belt », précise l’expert. Le prochain rapport du ministère américain de l’agriculture, qui paraîtra la 8 novembre, est attendu avec impatience par les analystes. 

« Il faut noter aussi que la seule situation des USA n’explique pas tout dans la formation des prix, ajoute Xavier Cassedanne. Ces derniers sont aussi de plus en plus dépendants des situations d’autres pays comme les pays de la mer noire (Ukraine en tête), le Brésil, mais aussi l’Argentine qui ont des vocations exportatrices fortes ».  

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Commentaires 1

digue3942

rien de neuf sous le soleil .

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