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CIVE d'été : des clés pour se lancer

Paloma Cabeza-Orcel

CIVE d'été : des clés pour se lancer
Sylvain Marsac : « La qualité de la levée de la CIVE d'été est une condition indispensable à sa réussite. »© ARVALIS-Institut du végétal

C’est bientôt le moment d’implanter les cultures intermédiaires à valorisation énergétique (CIVE) d’été. Sylvain Marsac, responsable du pôle Bioressources, Agroéquipements & Services environnementaux chez Arvalis, rappelle leurs atouts et les écueils inhérents à leur positionnement dans la rotation.

Perspectives Agricoles : Dans un contexte de réduction des énergies fossiles et de couverture réglementaire des sols, les CIVE ont le vent en poupe. Toutefois, les CIVE d’été sont délaissées au profit des CIVE d’hiver en raison de la prise de risque liée à une alimentation en eau non garantie. Quels sont les enjeux d’une telle culture ?

Sylvain Marsac :  C’est, en effet, entre le 15 juin et le 10 juillet au plus tard qu’une CIVE d’été doit être semée. Implantée entre deux cultures alimentaires d’hiver, cette seconde culture a au plus trois mois pour se développer - un cycle à la fois court et chaud. Son objectif est de maximiser les services de l’interculture.
Toutefois, après le 21 juin, les journées raccourcissent : les plantes ont de la chaleur, mais elles reçoivent moins de lumière et tendent à s’allonger. Or la hauteur n’est pas le premier facteur de rendement en biomasse mais le peuplement. Pour minorer cet effet, la CIVE d’été sera semée le plus tôt possible après des variétés précoces d’espèces d’hiver : typiquement, après des orges et des pois dans la moitié nord, auxquels s’ajoutent des colzas dans la moitié sud, voire après certains fourrages. Pour la CIVE, on choisira une espèce (sorgho, tournesol, moha, millet, avoine, maïs…) adaptée au régime pluvial local et à la réserve facilement utilisable (RFU) de la parcelle. Les variétés les plus précoces disponibles sont à privilégier. Le peuplement doit être adapté, avec une densité plus élevée et, pour les espèces à large écartement, des espacements entre rangs réduits : 40 cm contre 60 à 80 cm en cycle classique.

P. A. : La culture en sec est la plus fréquente. Or les canicules se succèdent depuis quelques années. Comment prendre en compte les risques inhérents à cette culture estivale ?

S. M. : L’eau est bien le premier facteur limitant des CIVE d’été. Conduire une telle culture en conditions non irriguées est une prise de risque pour les agriculteurs et pour l’approvisionnement des méthaniseurs. L’implantation de la CIVE est déterminante pour sa valorisation.
L’irrigation à l’implantation est une assurance. Quand elle est possible, deux tours d’eau à la levée (20 mm, puis 15 mm quelques jours après) assureront celle-ci pour les espèces à très bon potentiel de rendement telles que le maïs, le tournesol ou le sorgho, mais aux semences coûteuses (90 à 200 €/ha). Ces mêmes espèces seront aussi valorisées pour une RFU élevée et une pluviométrie généreuse.
Dans les situations les plus à risques de stress hydrique à l’implantation, c’est un rapport « coût/opportunité de valorisation » qui est recherché. Les semences peuvent représenter le second poste de charge après la récolte. D’autres graminées ou d’autres espèces sont expérimentées par Arvalis et ses partenaires. Toutefois, certaines années, ces cultures seront enfouies - et non récoltées - en raison d’une trop faible production de biomasse.
La fertilisation est nécessaire pour favoriser la production de biomasse : 60 à 80 unités d’azote, à adapter aux conditions d’alimentation hydrique. Des stress hydriques ne permettront pas de valoriser ces apports.

P. A. : Quelles sont les pistes pour limiter le risque de non valorisation ?

S. M. : L’enjeu majeur d’une CIVE d’été est l’alimentation hydrique. L’irrigation pourrait sembler une solution évidente, mais elle a un coût et oblige l’agriculteur à décider du partage de ses ressources entre la culture alimentaire et la CIVE ; de plus, il peut être compliqué, d’un point de vue sociétal, d’arroser une culture non alimentaire.
Pour la conduite en sec, Arvalis étudie des espèces adaptées à des conditions limitantes telles que le moha, le millet, et certaines orges et avoines. L’objectif de l’institut est aussi d’offrir des conseils régionalisés sur des espèces adaptées aux différentes conditions pédoclimatiques.
Une autre piste de recherche est de s’affranchir partiellement des contraintes hydriques par de nouvelles techniques d’implantation. Arvalis explore ainsi la possibilité de semer des espèces à petites graines avant la récolte de la culture d’hiver précédente, afin de profiter des dernières pluies ou de la fraicheur du sol.

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