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[Le point des marchés] Betterave : de nombreux challenges pour la campagne à venir

Adèle Magnard

A l’image de la plupart des marchés agricoles, le marché du sucre est en forte baisse en raison de l’épidémie de coronavirus. Une chute jugée excessive par François Thaury, consultant chez Agritel. Alors que les semis de betteraves vont bientôt débuter, il analyse les challenges auxquels devra faire face la filière en France.

La campagne betteravière 2020-2021 risque de ne pas démarrer sous les meilleurs augures, estime François Thaury, spécialiste du marché du sucre chez Agritel. « Il y aura certainement un recul des surfaces de betteraves en France, de l’ordre de 7 à 8% en raison des fermetures d’usines et d’une certaine désaffection de la culture de la betterave », fait savoir l’expert. Sans compter que la météo pluvieuse, aussi bien en France que dans le nord de l’Europe, perturbe actuellement les semis de printemps.

Du côté du marché du sucre, alors que les cours avaient progressé de façon spectaculaire ces dernier mois, l’épidémie de coronavirus est venue freiner brutalement cette progression. S’y est ajoutée la chute vertigineuse des cours du pétrole : la journée du 9 mars a ainsi vu un repli historique des cours du pétrole de 30%, lié à la guerre des prix à laquelle se livrent l'Arabie Saoudite et la Russie. Or, rappelle François Thaury, les cours du sucre et les cours du pétrole sont très liés : « les fabricants brésiliens peuvent opter soit pour l’éthanol, soit pour le sucre, explique-t-il. Il est certain que des cours du pétrole plus bas vont entraîner les cours de l’éthanol et provoquer vraisemblablement une hausse de la production du sucre dès la reprise de la saison début avril au Brésil ».

Des fondamentaux toujours haussiers

Cette chute des cours est jugée « excessive » par l’expert, car basée sur des facteurs étrangers aux fondamentaux du marché du sucre, qui sont eux toujours haussiers. En effet, des baisses de production importantes sont à prévoir chez les grands pays producteurs que sont l’Inde et la Thaïlande, tandis que la consommation mondiale augmente toujours. Le déficit global de sucre sur le marché mondial est ainsi prévu à près de 10 millions de tonnes en 2020, « une situation que l’on n’avait pas connu depuis plus de dix ans », indique François Thaury. Selon Agritel, un retour à la hausse des cours du sucre est à envisager.

Après deux années de crise, les sucriers français et européens semblent envisager l’avenir de façon un peu plus sereine. « Les mesures de restructuration prises par les sucriers français vont certainement porter leurs fruits dès la saison prochaine », note François Thaury. Mais les challenges demeurent nombreux. « Les contrats de vente ont été faits lorsque les cours étaient très bas pour une période d’un ou deux ans », analyse l’expert. Les cours officiels en Europe n’ont ainsi pas profité de l’embellie des cours mondiaux. « Il reste beaucoup d’efforts à faire, notamment dans la contractualisation entre planteurs et fabricants et entre fabricants et utilisateurs du sucre pour que la filière puisse considérer qu’elle est positivement tournée vers l’avenir », conclut-il.

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