Comprendre l’enjeu du carbone en agriculture

Partie 2/7

Evaluer et réduire ses émissions de carbone

Avant de pouvoir agir sur les émissions de carbone, il faut déjà pouvoir les identifier et les quantifier. Il existe aujourd’hui des outils accessibles aux agriculteurs pour qu’ils réalisent le diagnostic carbone de leur exploitation.

Les outils de diagnostic

CAP2’ER, un outil de diagnostic pour l’élevage

L’Institut de l’élevage (Idele) a par exemple mis en place l’outil CAP2’ER. « Le niveau 1 de CAP2’ER offre un diagnostic simplifié. Il est directement accessible aux agriculteurs. C’est une porte d’entrée vers une démarche de progrès en matière de carbone », explique Jean-Baptiste Dollé, chef du service environnement de l’Idele. Ce diagnostic peut être poussé plus loin avec le niveau 2 de l’outil. Plus complet, il donne accès à une compréhension fine de son empreinte carbone. « L’outil CAP2’ER se base sur une analyse du cycle de vie des produits du berceau au seuil de la ferme, précise Jean-Baptiste Dollé. On en connaît ainsi l’empreinte écologique associée. Il est ensuite possible de mettre en évidence les pratiques à améliorer pour réduire son empreinte carbone. »

CAP2’ER, ce sont plus de 23 000 diagnostics réalisés dans 15 000 fermes. Il est certifié Veritas. C’est l’outil utilisé dans le cadre du Label bas carbone pour la compensation carbone volontaire que vous retrouverez en partie 4 de ce guide.

Cet exemple est aujourd’hui spécifique aux filières ruminants et devrait se déployer pour les autres filières agricoles dans les années à venir. Il met en avant plusieurs leviers dont certains sont applicables à n’importe quelle exploitation agricole.

MyEasyCarbon, un outil développé dans le cadre du Label Bas Carbone Grande Cultures

S’appuyant sur le digital et les données récoltées par MyEasyFarm, l’outil MyEasyCarbon réalise un diagnostic carbone de l’exploitation, suit automatiquement les interventions faites sur la parcelle grâce aux données satellites notamment, calcule les crédits carbone potentiels générés sur l’exploitation et favorise le suivi des changements de pratiques culturales.

Cet outil permet de lancer un plan de décarbonation de l’exploitation sur 5 ans reconductible. La première année sert de référence et de base pour le calcul des crédits carbone. Ce sont eux qui certifient les économies d’émission ou les séquestrations de carbone réalisé par l’exploitation. Ils peuvent ensuite être échangés contre de l’argent selon le marché carbone. C’est ainsi que l’agriculteur pourra recevoir annuellement une compensation financière, proportionnelle à la réduction de l’empreinte carbone par rapport à l’année de référence, pour ses changements de pratiques.

Plusieurs axes restent à améliorer pour encourager les agriculteurs et faciliter la décarbonation de l’agriculture. Pour François Thiérart, co-fondateur de MyEasyFarm, « il faut maintenir les efforts de la recherche afin d’améliorer la précision et la fiabilité des méthodes de mesure de l’empreinte carbone des exploitations ». Selon lui, il y a aussi un effort de formation à mener notamment auprès des agriculteurs et des technico-commerciaux.

Les leviers disponibles pour réduire les émissions de carbone en agriculture

Raisonner la consommation de carburant 

La première solution qui semble la plus évidente et directe est la réduction de l’utilisation de carburant. La production agricole est dépendante d’une consommation assez importante d’énergie : 4,5 millions de tonnes équivalent pétrole par an, soit 3% de la consommation totale d'énergie de la France, selon l’Ademe (Agence de la transition écologique). Elle est principalement liée à la mécanisation. Les engins agricoles représentent plus de la moitié de la consommation d’énergie du secteur agricole.

Pour réduire sa consommation de carburants par les engins agricoles, plusieurs leviers peuvent être mis en place :

  • Je peux : entretenir régulièrement mon parc de matériels agricoles, utiliser un tracteur non surdimensionné pour la tâche à effectuer, pratiquer l’éco-conduite.

L’éco-conduite repose sur le contrôle et le rééquilibrage de paramètres : la boîte de vitesse, la pression et le choix des pneumatiques, le lestage du tracteur et la liaison tracteur/outil. L’exploitation peut, grâce à cela économiser entre 10 et 20% de sa consommation de carburant.

  • Je peux également diminuer le temps d’utilisation de mon tracteur en raisonnant mes itinéraires de culture (simplifiés, directs…) et en optimisant mes déplacements.

Améliorer la gestion du troupeau 

L’élevage, celui de ruminants en particulier, représente une des principales sources des émissions de GES à la ferme. Selon Jean-Baptiste Dollé, le bilan national des émissions de GES et du stockage de carbone de l’élevage bovin national s’élève à 39,5 millions de tonnes CO2.

Pour rappel, cette émission se fait sous forme de méthane (CH4), d’azote (N2O) et de CO2.

Il existe de nombreux autres moyens de réduire l’ensemble de ces émissions dont une partie sont externes à la ferme et liées à la production d’intrants. Il est possible dans un premier temps de raisonner l’utilisation de ces intrants : limiter l’utilisation des fertilisants chimiques, augmenter son autonomie alimentaire et protéique à la ferme pour réduire les achats de concentrés principalement.

Il convient ensuite de réfléchir à la gestion technique du troupeau afin de réduire son impact global sur les gaz à effet de serre. L’idée principale est d’optimiser le temps de vie des animaux sur l’exploitation.

Voici un récapitulatif des mesures pouvant être mises en place et les résultats attendus :

Leviers à mettre en place

Résultats attendus

Veiller à réduire et maintenir un bon intervalle vêlage-vêlage 

 

Gagner 15 jours d’intervalle vêlage-vêlage pour un naisseur engraisseur charolais permet de réduire de 2,2% l’empreinte carbone nette de l’atelier.

Réduire la mortalité et augmenter le taux de croissance des veaux sur un atelier naisseur de 70 vêlages

 

Une baisse de 4 points de mortalité et une hausse de 100 g/j de croissance, permises par l’amélioration des conditions sanitaires, entraîne une baisse de 3% des émissions de GES.

Réduire le délai entre le dernier vêlage et l’abattage

 

Détecter le plus vite possible les femelles vides et les engraisser rapidement pour réduire les émissions de GES de 1,5% en moyenne

Augmenter le taux de finition des animaux de réforme

 

Finir les vaches de réforme est un gain significatif de production brute de viande vive. Cela réduit de 6% les émissions de GES.

Réduire l’âge au premier vêlage

 

Entre 4% et 14% de gain possible sur les GES net selon la diminution de l’âge au premier vêlage

Tableau établi selon les données de l’IDELE, février 2021.

Chacun de ces leviers permet de réduire de 5% en moyenne son empreinte carbone sur l’atelier.

 

Amélioration des pratiques culturales et gestion des prairies 

La réduction de l’empreinte carbone par l’amélioration de la gestion des cultures passe également par une simplification des itinéraires techniques. Des cultures gérées avec plus de précision et de simplicité améliorent l’efficacité carbone.

En effet la simplification des itinéraires techniques limite le nombre de passages de machines dans les champs. La consommation de carburant baisse et par conséquent les émissions directes de CO2 également.

Une gestion précise de la fertilisation est importante pour réduire son empreinte carbone et plus généralement son impact environnemental. Mieux penser et calculer sa fertilisation permet toujours de réduire la quantité de produits utilisés. Ceci réduit l’émission indirecte de CO2 liée à la production industrielle de ces fertilisants. Et autre avantage, un apport plus précis de fertilisants chimiques, et d’azote notamment, limite les pertes d’azote vers l’air et vers l’eau qui ont un impact très négatif sur l’environnement et le réchauffement climatique.

Le recours aux intercultures réduit également le lessivage de l’azote issu de la fertilisation d’environ 50%. Les sols restant à nu conduisent à une fuite très importante de l’azote.

La réduction de l’utilisation d’intrants peut également se faire en mettant en place certaines pratiques agro-écologiques. Il est par exemple possible d’inclure des légumineuses dans sa rotation, ou en inter-rang pour réduire la pression d’adventices, de ravageurs et de maladies, limitant encore les utilisations d’intrants.

« Le “Top 3” des leviers mis en place commence par un changement d'assolement pour pouvoir produire plus de protéines pour l'alimentation fourragère des animaux et avoir moins besoin d'aller les chercher dans les compléments, indique Marie-Thérèse Bonneau, présidente de France Carbon Agri Association. Le second levier est la cohérence du nombre d'animaux présents par rapport au nombre d'animaux productifs. Ceci correspond par exemple à l'intervalle entre les vêlages, l’âge au premier vêlage, l'âge de réforme… Enfin, le troisième levier est la plantation de haies ».

Il existe d’autres leviers qui font partie de la palette des possibles pour l'agriculteur qui souhaite s'investir dans le démarche bas carbone. Chaque agriculteur est libre de mettre en place les leviers qui sont le plus appropriés pour son exploitation et qui seront mis en évidence par le diagnostic carbone qu’il aura réalisé.

 

>> Cliquez ici pour aller à la partie 3 : Les leviers pour agir sur la séquestration du carbone

 

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