Comprendre l’enjeu du carbone en agriculture

Partie 3/7

Les leviers pour agir sur la séquestration du carbone

Maintenant que nous avons vu la nécessité de limiter au maximum nos émissions de carbone, nous devons aller plus loin pour atteindre notre but. Il faut coupler ces réductions d’émissions à une augmentation progressive du stockage du carbone. Le cocktail de mesures ainsi obtenu aidera à réduire les GES de l’atmosphère pour arriver aux objectifs de neutralité carbone à l’horizon 2050.

Le bon diagnostic carbone

Dans le cadre du plan de relance, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie s’est adressé aux jeunes agriculteurs et nouveaux installés : « Face à l’accélération des effets du changement climatique, la mobilisation de jeunes générations est déterminante. Le Bon Diagnostic Carbone permet à chaque jeune agriculteur installé d’activer les différents leviers dont il dispose pour améliorer son impact et identifier les actions les plus efficaces pour y parvenir. Cette mesure vient renforcer le rôle des agriculteurs, porteurs de solutions pour capter plus de carbone dans les sols. » Le « bon diagnostic carbone » permet à chaque jeune agriculteur de prendre conscience des leviers à sa disposition pour réduire ses émissions de GES et stocker du carbone. 10 millions d’euros ont été débloqués pour financer ces diagnostics carbone (à hauteur de 90%). Ces diagnostics sont la base de l’établissement d’un plan de progrès pour chaque exploitation qui pourra ainsi devenir stockeuse de carbone.

Comment réussir à augmenter le stockage de carbone sur son exploitation ?

Chaque agriculteur à son niveau peut améliorer le stockage du carbone sur son exploitation sans pour autant modifier fondamentalement son système. Voici des leviers qu’il est possible de mettre en place. Certains sont de l’ordre de l’adaptation et d’autres nécessitent des changements plus radicaux du système.

Le principe de base reste assez simple. Plus le sol est couvert de végétaux, plus il peut s’enrichir en matière organique inerte. Et plus il est riche en matière organique, plus il stocke du carbone. Suzanne Reynders, responsable partenariat de la direction scientifique environnement de l’Inrae, le souligne : « Le levier le plus important pour stocker du carbone dans le sol est de laisser les sols à nu le moins longtemps possible. Il faut profiter de l’ensoleillement et de la capacité du sol à produire de la matière organique par la photosynthèse autant que faire se peut ».

Ce concept est déjà bien intégré dans le secteur de la forêt et du bois. Mais il reste nécessaire de poursuivre les efforts et s’impliquer dans le secteur de l’agriculture. En effet si la forêt permet un stockage plus permanent, il ne faut pas négliger pour autant les autres types de couverture végétale.

Comme on le voit sur ce schéma, le stockage reste non négligeable avec les prairies et même les cultures.

Dans un premier temps, il est judicieux de laisser le moins possible les sols à nu. Pour maintenir un couvert végétal permanent et éviter au maximum de laisser les sols à nu, il convient de mettre en place des intercultures ainsi que des cultures inter-rang. Ces pratiques, en plus de leur avantage pour la lutte contre le réchauffement climatique et l’érosion des sols, présentent aussi certains intérêts agronomiques. L’implantation de légumineuses permet de limiter les apports en fertilisants, les intercultures et cultures inter-rang limitent le développement d’adventices et donc les travaux de désherbage. L’activité biologique du sol est stimulée. Les cycles de maladies et de ravageurs sont rompus pour les monocultures particulièrement.

Dans la même logique, pour maximiser la matière organique du sol, il devient pertinent de favoriser des itinéraires techniques plus simples et sans labour par exemple. Le passage au semis direct et au labour tous les 5 ans augmente le stockage naturel du carbone dans le sol superficiel.

L’implantation de haies, de bandes enherbées ainsi que le recours à l’agroforesterie, en plus d’ouvrir le droit à des subventions Pac dans le cadre des MAEC, permettent de stocker efficacement du carbone sous forme de biomasse. Ces mesures ont également un impact sur le carbone du sol. Elles le structurent et le protègent contre l’érosion.

Les prairies sont les sols agricoles qui stockent le plus de carbone. Il est donc important d’augmenter la durée des prairies temporaires même si, selon l’Inrae, le stockage est plus efficace avec des prairies implantées plus de 5 ans ; Il est également possible d’intervenir sur l’intensification (modérée tout de même) des prairies permanentes pauvres.

Enfin le dernier levier efficace pour le stockage du carbone dans le sol est l’augmentation du retour de matière organique au sol. L’épandage d’effluents et de composts ainsi que la restitution des résidus de cultures améliorent progressivement la teneur en matière organique de l’horizon superficiel du sol. Cette matière organique est dégradée et assimilée par le sol. Elle pourra être dégradée par la faune du sol et à terme elle sera minéralisée. On obtient ainsi du carbone (et de l’azote) sous forme organique inerte et minérale qui est piégé dans le sol.

A retenir pour augmenter le stockage du carbone sur son exploitation :

  • Couvert végétal permanent
  • Haies et bandes enherbées
  • Agroforesterie
  • Limitation du travail du sol
  • Limitation des engrais de synthèse et utilisation de fertilisants organiques
  • Augmentation des prairies
  • Restitution des résidus de culture

 

>> Cliquez ici pour aller à la partie 4 : La compensation carbone, une contrepartie rémunératrice

 

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