Viande cultivée « in vitro » : quel usage ?

Plusieurs laboratoires poursuivent leurs recherches en matière de viande « cultivée » in vitro. Le principe est assez similaire d’un centre de recherche à l’autre : le terme de viande semble bien approprié, au sens biologique du terme, la base originelle étant du tissu musculaire initialement prélevé sur l’animal. Puis, le développement de chair à partir de cette parcelle a lieu sur boîte de Pétri avec substrat nutritionnel. Mais la compétition avec la viande naturelle n’est pas à l’ordre du jour.

Aleph Farms est sans doute l'un des laboratoires les plus avancés dans le domaine de la culture in vitro de viande. Cette start-up israélienne a d'ailleurs intégré à son capital rien moins que le groupe Cargill, géant - entre autres - de la filière viande aux États-Unis, lors de sa dernière levée de fonds. La toute première annonce d'une pièce de viande cultivée in vitro remonte à 2013. Voici six ans, le laboratoire néerlandais qui avait présenté ce morceau, issu du bovin, et ayant une apparence de rondelle pour hamburger avait estimé son prix de revient autour de 275 000 €... Aujourd'hui, non seulement le coût de fabrication semble avoir nettement diminué, à quelques euros le gramme - ce qui est évidemment encore loin du prix de revient d'une viande issue de l'élevage - mais en outre, contrairement au produit pionnier, uniquement composé de cellules musculaires, la production d'Aleph Farms est une combinaison de fibres musculaires, de vaisseaux sanguins, de tissus adipeux et conjonctifs... donc plus près encore de la structure d'un muscle.

Cependant, aucun des acteurs intéressés à la poursuite de ces programmes n'imagine pour l'instant une substitution à la viande. Les recherches restent suffisamment gourmandes en capitaux pour un résultat encore anecdotique. Aussi, la voie qui semble se profiler, au-delà de l'expérience acquise dans un procédé aussi innovant, c'est d'imaginer les besoins nouveaux auxquels une telle production peut répondre. Parmi eux, on peut déjà citer le domaine spatial, alors que les premiers tests ont été effectués récemment à la Station spatiale internationale, et dans la perspective de voyages au long cours qui rendrait impossible la fourniture d'une alimentation carnée « fraîche ». Le produit se rapproche aussi du domaine de la pharmacie : sécurité alimentaire renforcée, facilité à doser précisément les éléments nutritifs ou anti-carence, comme les vitamines, feraient de la viande in vitro une sorte d'aliment « médicament ». Il est évident que la mise à disposition du consommateur de tels produits ne saurait se faire sans autorisation de mise en marché, surtout en Europe.

Et il devient imaginable qu'une telle innovation suscite un jour un réel engouement, lorsque le prix de vente commencera à être en rapport avec des qualités gustatives convaincantes. Surtout s'il s'agit d'une « viande » qui ne requiert pas de mise à mort de l'animal, et qui permet de réelles avancées en matière d'économies sur le plan énergétique, sur celui du besoin en eau et aussi en matière de réduction des émissions de CO2.

 

Article extrait de l'Analyse de la conjoncture et de l'actualité agricole et agroalimentaire - PRISME n° 28 - Janv.2020