- Accueil
- Crise fourragère : les leviers à actionner pour faire la jonction avec 2027
Samedi 29/08/2026
Crise fourragère : les leviers à actionner pour faire la jonction avec 2027
Le calcul du bilan fourrager, les semis d'interculture fourragère, l’achat de coproduits ou encore l’optimisation de l’ensilage de maïs sont autant de leviers à actionner pour faire face à la récolte 2026 de fourrage historiquement basse. Cinq conseillers d'élevage évoquent leurs pistes pour faire la jonction avec la récolte 2027.
Dans le Puy-de-Dôme, alors que les ensilages de maïs débutent en plaine et en demi-montagne, les rendements s’affichent déjà diminués de moitié. Pas mieux pour les prairies dans ce département pourtant très tourné vers l’herbe. « Dès le printemps, avec les coups de froid, les pics de production ont été courts et faibles. En juin, l'affouragement a commencé en plaine avant de se généraliser à toutes les altitudes », rapporte Louis-Antoine Mourgues, conseiller fourrage à la chambre d’agriculture départementale.
Même constat de l’autre côté de la France, en Loire-Atlantique, où maïs comme herbe affichent des rendements en baisse de 50%. « Vu l’état des prairies, il ne faut pas compter sur le pâturage d'automne », assure Rudy Lavazais, conseiller prairie à la chambre d’agriculture locale.
Malgré tout, certaines régions ont réussi à ne pas passer entre les gouttes. « Au nord de Lille, les maïs ont pu être semés tôt. À la veille des ensilages, ils font trois mètres avec une bonne densité. Il n’y a pas d’inquiétude chez les éleveurs », assure Jean-Luc Berdrut, conseiller au sein de Virtuoz, anciennement Avenir Conseil Elevage. Il précise que la pousse de l’herbe a été impactée, mais sans grande conséquence sur son secteur au fonctionnement intensif.
L’urgence de faire un bilan fourrager
En Meurthe-et-Moselle, les orages sporadiques ont permis de sauver la situation dans quelques zones, mais la majorité des élevages a déjà consommé un tiers du stock prévu pour l’hiver. « Nous avons très peu de demandes pour des bilans fourrages. Ça m’inquiète pour la suite », assure Amélie Boulanger, conseillère herbe et fourrage au sein de la chambre d’agriculture.
Dans l’Ouest, Pauline Woerlhe, conseillère indépendante, souligne également l’importance de cette démarche. « L’objectif est de comparer les rendements potentiels avec la taille du troupeau et de se demander : est-ce que je vais être dans le rouge ou non ? » Face à l’évolution climatique, elle prône un stock de 3 à 5 mois de fourrage sur les fermes pour faire face à des années comme 2026. « Certes, cela représente des capitaux immobilisés, mais les éleveurs qui l’ont mis en œuvre sont bien plus à l’aise cette année », assure-t-elle.
Bien réfléchir aux semis de fin d’été
Si le bilan fourrager met en évidence un manque de fourrage, plusieurs leviers peuvent permettre aux éleveurs de faire la jonction avec la récolte 2027. Ainsi les semis de fin d’été, lorsque la pluie le permet, doivent être réfléchis dans cette optique. « Il ne faut pas hésiter à revoir la rotation pour mettre plus de ray-grass, de trèfle et de méteil, voire de prévoir une surface en maïs plus importante en 2027 pour refaire les stocks », insiste Amélie Boulanger.
En Loire-Atlantique, Rudy Lavazais propose systématiquement aux éleveurs de semer les nouvelles prairies sous un couvert de méteil, à ensiler au printemps. « Ça peut permettre de faire la jonction si la récolte de maïs 2026 n’est pas suffisante », indique-t-il. En interculture, il évoque également un ray-grass italien (RGI) ou un méteil fourrager, suivi d’un sorgho multicoupe qui peut représenter une bonne base d’ensilage pour les génisses et permettre de garder l’ensilage de maïs pour les vaches. « Selon l’urgence, on peut privilégier un RGI 6 mois pour une première coupe fin octobre afin de passer l'hiver », analyse-t-il.
Dans le Puy-de-Dôme, plusieurs éleveurs ont semé du colza fourrager après la moisson. « La semence n’est pas chère », constate Louis-Antoine Mourgues.
Côté prairie, le conseiller du Puy-de-Dôme préconise un bilan au cas par cas. « La question, c’est de savoir si les prairies semées l’an dernier vont pouvoir repartir. Pour l’instant, je conseille aux éleveurs de temporiser pour ne pas engager des investissements non nécessaires et de refaire les prairies uniquement dans les cas critiques ».
Concernant le sursemis des prairies abîmées, différents sons de cloche se font entendre sur la réussite ou non de cette pratique. « D’expérience, ce sont les années les plus sèches comme 2026 qui permettent la meilleure réussite car les graines semées ont peu de concurrence », constate Amélie Boulanger. Dans le Puy-de-Dôme, le conseiller fourrage de la chambre est moins optimiste. « Ici les éleveurs n’y croient pas », appuie-t-il. En cas de mise en œuvre d’un sursemis, Pauline Woerlhe insiste sur l’importance de réaliser l’opération en quad pour ne pas tasser la prairie et la pénaliser davantage.
Ne pas précipiter les ensilages
« En Vendée, des maïs ont été ensilés tôt car ils semblaient très secs. En réalité les feuilles avaient brûlé mais il restait de l’eau dans la tige et les tas ont coulé et ont dû être jetés », rapporte le conseiller fourrage en Loire-Atlantique. Il préconise donc de ne pas se précipiter. « Cette année, l’important va vraiment être de valoriser l’amidon s’il y a du grain, car c’est bien la poupée qui ramène la matière sèche », souligne-t-il.
Au nord de la Loire, Pauline Woerlhe met en garde contre le datura, une plante toxique habituellement absente de ces latitudes, qui a pu se développer dans les zones où le maïs était moins dense. « Nous avons trouvé un pied chez une éleveuse d'Ille-et-Vilaine. Elle a décidé d’arpenter toutes ses parcelles pour ne pas prendre de risque. C’était une bonne décision car nous en avons trouvé d'autres », prévient-elle.
La constitution du tas est également à adapter. « Vu le rendement, le maïs va être réduit dans la rotation. Les tas vont avancer moins vite, il faut les faire plus petits pour éviter qu'ils ne chauffent », conseille Rudy Lavazais.
Dans le Nord, malgré des rendements qui s’annoncent corrects, Jean-Luc Berdrut alerte les éleveurs. « L’ensilage se fait très tôt cette année, il faudra donc peut être tenir 13 ou 14 mois jusqu’à la prochaine récolte, or les tas ne sont pas infiniment extensibles en hauteur ! »
Acheter, oui, mais sans paniquer
Pour combler le manque de fourrage, l’une des alternatives est d’acheter du fourrage à d’autres agriculteurs ou du maïs ensilage sur pied. Mais fin août, il est parfois trop tard. « Dans notre secteur, les Belges et les Suisses viennent acheter, ce qui fait monter les prix à des niveaux bien trop élevés. Ici, l’une des solutions est de se tourner vers le maïs grain alsacien », constate Amélie Boulanger en Meurthe-et-Moselle.
De leur côté, Rudy Lavazais et Pauline Woerlhe ont poussé les éleveurs qu’ils accompagnent à anticiper dès le mois de juin. « Nous avons réalisé les bilans fourragers très tôt. Cela a permis de réserver précocement du maïs sur pied quand il était disponible, mais sans acheter trop non plus alors que les trésoreries vont déjà être mises à rude épreuve », retient Rudy Lavazais.
Le constat est le même partout, il fallait cette année s’y prendre le plus tôt possible pour trouver des fourrages ou co-produits disponibles et à des prix abordables.
En Bretagne, les éleveurs ont passé des contrats avec d’autres filières pour récupérer des pommes de terre, des carottes ou même des betteraves rouges. « Quand c’est possible, ce sont des co-produits qui peuvent s’avérer intéressants à intégrer dans la ration. La carotte, par exemple, apporte du bêta-carotène. Un élément intéressant pour la reproduction », souligne Pauline Woerlhe. En Loire-Atlantique, Rudy Lavazais conseille même d’intégrer les pommes de terre, si elles ont été lavées au préalable en usine, dans l’ensilage de maïs. « Elles sont cuites pendant la fermentation, ce qui augmente leur digestibilité. »
Dans le Nord, Jean-Luc Berdrut s’inquiète de la disponibilité de ces co-produits. « Les éleveurs ont l’habitude de donner des pulpes surpressées de betterave aux vaches, mais les industriels ont prévenu qu’il y aurait moins de disponibilité cette année. Il faut l’anticiper. » Cette problématique des pulpes surpressées peut paraître anecdotique face aux pertes de fourrages. Pourtant, elle illustre bien l’année à venir. Il va falloir anticiper constamment et changer ses habitudes pour passer l’hiver et voir pousser l’herbe printanière en 2027.
Optimiser le troupeau en parallèle du fourrageLes stocks de fourrage ne sont pas la seule variable d’ajustement pour faire la jonction avec la récolte 2027. Plusieurs conseillers préconisent de se séparer des animaux improductifs pour réduire la consommation du troupeau. L’idée est par exemple d’anticiper les réformes en lait ou de sortir les vaches qui n’ont pas fait de veau en allaitant. « C’est une année où les éleveurs ne laisseront pas de deuxième chance », témoigne Louis-Antoine Mourgues. « D’autant plus que le prix de la viande n’a pas tant baissé », renchérit Amélie Boulanger. Rudy Lavazais conseille également d’avancer le tarissement des vaches qui ont vu leur production baisser pendant les pics de chaleur et qui ne sont pas remontées. « Chaque litre de lait doit être rentable. En dessous de 3€/l de lait en marge sur coût alimentaire, il vaut mieux tarir même si cela implique d’allonger la période de tarissement d’un ou deux mois », préconise Rudy Lavazais. |


