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Jeudi 27/08/2026
« La nouvelle génération ne veut plus s’occuper des vaches, Farming Simulator a foutu la m… »
À Harréville-les-Chanteurs (Haute-Marne), Mathis Messagé, futur ingénieur mais éleveur plus tout à fait en herbe, a son destin tout tracé dans le Gaec laitier orienté à 50/50 en polyculture-élevage où son père est associé. Ce qui ne va pas l’empêcher de prendre des chemins de traverse pour accumuler expertise et expérience. Et pas seulement dans les vaches.
« Les jeunes sont obnubilés par les tracteurs ». C’est un jeune homme de 20 ans qui dresse ce constat. Ce matin d’août, Mathis saute du chargeur télescopique à la mélangeuse pour distribuer la ration des vaches laitières. Soit deux engins, l’air de rien. Mathis persiste. « Les jeunes veulent arriver le matin à 8 heures, conduire le tracteur et être propre toute la journée et repartir à 18 heures ».
Ce constat, il l’a en partie forgé au cours des deux années passées sur les bancs du Campus de Mirecourt (Vosges) où il a décroché avec mention (bien) son BTS ACSE, après un bac SVT. Mais pas seulement.
Depuis l’âge de 14-15 ans, Mathis enchaine les expériences professionnelles, comme aide familial au Gaec Harréville-les-Chanteurs (Haute-Marne) où son père est associé à Arnaud et Valentin Foissey, à la laiterie Savencia d’Illoud (Haute-Marne), dans une scierie ou encore intérimaire dans le BTP. Un « boulot-mique » du travail le jeune Mathis.
Cet été, il travaille (notamment) deux jours par semaine à soigner les bêtes d’un élevage laitier situé à Chermisey (Vosges), où les machines ne manquent pas, les éleveurs en question, Christophe et Kevin Andrieux, étant également ETA (moisson, ensilages, boudins-silos, arrachage de betteraves fourragères…).
Selon Mathis, dans l’enseignement agricole, 8 élèves sur 10 ne sont pas intéressés par l’élevage, avec toutefois une nuance pour les filles « davantage intéressées » juge-t-il. « La proportion est la même chez les fils de paysans que chez les hors cadre. Farming Simulator a foutu la m… », diagnostique-t-il, en référence au jeu vidéo auquel il s’est lui-même adonné sans toutefois succomber à « l’empire des machines » mais dont il reconnait la contribution à la vulgarisation de l’univers agricole.
« Les tracteurs, c’est tous les mêmes, tout dépend des options », énonce celui qui concède toutefois avoir John Deere « dans le cœur ». « Mais si Fendt ou New Holland nous proposent demain des prix super combatifs avec un SAV du diable, on change tout le parc ». Là, c’est le BTS ACSE qui parle. En revanche, pour ce qui est des robots de traite, « c’est les rouges et rien d’autre ».
Là, c’est le passionné de vaches laitières et de holstein en particulier qui s’exprime. « Le robot, c’est une source incroyable de données ». Avec ses deux Astronaut Lely, le Gaec d’Harréville et ses 110 vaches produisent 1,1 million de litres livrés à la coopérative l’Ermitage à Bulgnéville (Vosges).
Pas tout à fait en herbe et encore moins en maïs, en cette année de sécheresse record. « Y avait pas de pommes, une catastrophe, on a 200 jours de stocks, il en manque 160, on n’a pas fait de 3ème coupe en herbe ».
Le Gaec a d’ores-et-déjà passé commande de sept camions d’amidon mais devrait repasser à l’achat dans les semaines qui viennent. « Pour le moment, les prix sont encore abordables, il faut acheter des aliments maintenant car en 2027, les prix vont exploser » prédit Mathis.
Les céréales produites sur 500 ha n’ont fait guère plus de miracle, avec des rendements moyens de 50q/ha en blé et en orge, le colza sauvant la mise avec 30q/ha. « On est sur des terres argilo-calcaires, les années de sécheresse, on prend cher. Les jeunes ne se rendent pas compte mais c’est les vaches qui financent les céréales », revenant à la charge sur les atouts de l’élevage. « L’élevage a quand même un avenir, même s’il va falloir le trouver ».
Pour améliorer les performances de l’atelier grandes cultures et le projeter dans un futur durable, le Gaec est engagé dans le programme « Transitions » de la coopérative Vivescia, fondé sur des pratiques agricoles bas carbone, favorables aux sols et à la biodiversité. Dans un autre registre, mais toujours en grandes cultures, Mathis est en veille sur le tracteur autonome. « C’est le tracteur de demain », selon lui.
Mathis va bientôt s’éloigner de la Haute-Marne pour les Hauts-de-France et suivre sa formation d’ingénieur à UniLaSalle-Beauvais (Oise), qu’il a brillamment réussi à intégrer après son BTS. « Je vais découvrir d’autres cultures, d’autres systèmes », se réjouit-il. Un cursus qu’il projette de suivre en partie en alternance, histoire de travailler un peu, mais surtout de capitaliser en expérience. « J’ai déjà formalisé le contrat avec une entreprise » avance-t-il, en l’occurrence Nealia, filiale des coopératives Vivescia et EMC2, spécialisée dans la nutrition animale. Histoire de voir… d’autres vaches.




