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Mercredi 02/09/2026
Dégâts de sangliers : “Quand tu vois ça, t’as envie d’arrêter le métier !”
Les deux tiers d’une parcelle de maïs du Gaec élevage Meilhoc saccagés par une harde de sangliers. Une situation devenue insupportable pour nombre d’agriculteurs cantaliens.
Dans la nuit du 22 au 23 août, ce n’est pas la violence des orages annoncés qui a ravagé la parcelle de maïs du Gaec élevage Meilhoc BG(1) à Ally mais une harde de sangliers qui a tout - ou presque - dévasté sur son passage. Des 1,5 ha de ce potentiel fourrager, il ne reste que 0,5 ha. “Vu l’année qu’il fait, quand tu vois ça, t’as envie d’arrêter le métier !”, lâche, exaspéré, Benjamin Meilhoc, partagé entre colère et résignation. Depuis plusieurs années, son exploitation subit régulièrement les dégâts du suidé, le répit de 2025 ayant été l’exception. Pas question de laisser cet été le reste de la précieuse culture à l’appétit du sanglier : le mercredi suivant, la parcelle attenante a été ensilée.
Maïs : perdre en valeur plutôt que tout perdre
“Soit on attendait que le maïs arrive à maturité, ce qui supposait bien 15 jours de plus avec le risque qu’il soit à son tour mangé, soit on ensilait en perdant en qualité...” : un dilemme rapidement tranché par Benjamin et son frère Guillaume, associés depuis janvier 2025. La présence le dimanche soir de sangliers dans le petit vallon séparant les deux parcelles a tôt fait de les décider. “Les chasseurs les ont délogés, mais le risque était trop grand”, estime Benjamin Meilhoc, qui sait qu’en ensilant précocement, les grains vont manquer d’amidon et de valeur énergétique. “Il va falloir acheter du maïs grain pour compenser et vu la baisse de production annoncée en France, on sait qu’il sera très cher”, poursuit l’éleveur. Cette facture va venir s’ajouter aux 20 000 € déjà déboursés pour limiter les effets désastreux de la sécheresse : “On a commencé à affourager les laitières tout début juillet et notre stratégie a été d’anticiper et d’acheter du fourrage tôt pour éviter de trop taper dans les stocks”, explique l’agriculteur. Ces achats d’ensilage d’herbe et de maïs épi ont ainsi réduit la distribution journalière d’enrubannage de trois à une botte. “Toujours une de trop”, souffle l’exploitant.
Indemnisation tardive
Voir ces efforts anéantis par les sangliers ne passe pas pour les frères Meilhoc qui ont sollicité auprès de la Fédération des chasseurs une indemnisation des pertes subies. Verdict de l’expert mandaté : seuls 60 ares de maïs ravagés et donc indemnisés. “Non seulement les pertes sont sous-évaluées, mais en plus, le barème d’indemnisation est à côté de la plaque, ça va représenter de l’ordre de 1 300 €/ha alors qu’on va devoir acheter un semi de maïs, soit une trentaine de tonnes, l’équivalent de 3 000 €/ha”, peste Benjamin Meilhoc. Une indemnisation attendue... dans un an, durant lequel il va falloir piocher dans la trésorerie. “Ça fait beaucoup de choses qui ne vont pas !” s’agace-t-il, regrettant que depuis le 5 août et l’ouverture de la chasse aux sangliers, aucun tir n’ait eu lieu sur son secteur.
La régulation dans l’impasse
“Je ne m’en prends pas aux chasseurs, on en a besoin, mais on est face à une impasse, à un problème de régulation. La période de chasse est trop courte et il va falloir imposer des obligations aux Acca locales”, estime l’agriculteur. Aujourd’hui, il n’exclut pas de passer lui-même son permis de chasse même si “ce n’est pas mon truc, ni ma passion, mais il va falloir s’adapter”. S’adapter à une faune sauvage dont la dynamique de population a évolué avec le changement climatique : des hivers bien plus cléments, favorables à la survie des jeunes ; des étés secs où le manque d’eau et de nourriture en forêt pousse davantage les sangliers vers les cultures et même les zones urbaines.
“Les gens ne se rendent pas compte de l’impact que ça a sur nos exploitations, des pertes, des achats pour compenser, du boulot pour dégager la parcelle détruite car on ne va pas enfouir ce qui reste sinon ça va les attirer...”, déplore le producteur. En ligne de mire, des propriétaires qui interdisent le passage sur leurs terrains, en faisant “une réserve à sangliers”. “Sur le plateau, quelqu’un en a compté 43...”, relaie-t-il.
(1) Gaec deux associés avec 65 laitières montbéliardes et 30 allaitantes, sur 100 ha de SAU (dont 8 de maïs, 4 en céréales à paille).