[Edito] Souveraineté alimentaire ou transition écologique : le choix impossible ?

L'agression russe contre l'Ukraine démontre concrètement que l'enjeu de la souveraineté alimentaire n'est pas que théorique, y compris en Europe. Et soulève la question de l'articulation de celle-ci avec la transition écologique.

L’onde de choc de l’agression de l’Ukraine par la Russie a relancé les discussions sur la souveraineté alimentaire. Cette catastrophe humaine et économique a le mérite de rappeler que la question n’est pas théorique, même pour une Europe habituée à remplir le ventre d’une grande partie de ses habitants.

L’arme alimentaire russe, à travers ses exportations de grains, d’engrais et d’énergie, est désormais bien tangible. Un constat s’impose : la forte dépendance de la planète aux matières premières russes est un danger vital. Plusieurs ministres de l’Agriculture européens en ont conclu qu’il fallait sanctuariser le potentiel de production de l’UE, « quoi qu’il en coûte », pour assurer la souveraineté alimentaire de l’Europe et de ses voisins méditerranéens. Une position qui a aussitôt suscité un vif débat.

Assurément, produire suffisamment est un impératif pour l’UE, pour sa sécurité comme pour sa capacité d’export vers des pays pris en tenaille entre une population croissante et un changement climatique délétère. Mais peut-on réduire la notion de souveraineté alimentaire à la quantification de volumes produits, sans s’interroger sur les moyens de production qu’il faut engager ?

Accroître la sobriété de notre système alimentaire, en réduisant la dépendance à l’énergie fossile, qu’elle soit sous forme de gaz, de carburant ou de phyto, apparaît aussi indispensable que de maintenir notre niveau de production. À défaut, on ne fera que déplacer la dépendance, tout en accélérant un changement climatique délétère pour la sécurité alimentaire.

Autrement dit, peut-on prétendre à la souveraineté alimentaire en faisant l’économie d’une transition écologique ambitieuse ? Pour ne pas être stérile, ce débat doit poser des objectifs précis et des mesures concrètes, aux conséquences documentées sur l’ensemble des aspects alimentaires, économiques et environnementaux. Tant les saccages de trains de blé que les critiques à l’emporte-pièce du verdissement de la PAC n’y contribuent guère.