Broutard : une stratégie perdant/perdant - Pleinchamp

Broutard : une stratégie perdant/perdant

Les cours des broutards dévissent alors que le maigre français est aujourd’hui en position de force sur le marché transalpin, dénonce la FDSEA.

Le monde d'après dans la filière du maigre ressemble bigrement à celui d'avant... : le scénario se répète inlassablement avec des cours des broutards dégradés en ce début de campagne alors même qu'une nouvelle fois, les indicateurs de marché transalpins sont au vert. Les flux commerciaux vers l'Italie restent dynamiques, la consommation dans la péninsule se tient, les ateliers d'engraissement ne sont pas limités par une jauge Covid... et le prix du JB (jeune bovin) à Modène affiche 4,14 € du kilo quand les JB engraissés dans l'Hexagone ne dépassent pas les 3,79 €/kg. 

"De la place dans les camions à 16 F, pas à 18 F"

À l'amont de cette filière historique franco-italienne, dans le bassin allaitant, pas de crise de surproduction. Au contraire : la décapitalisation du cheptel enclenchée depuis trois ans a apuré les effectifs. Selon les lois de l'offre et la demande, les cours du broutard devraient donc rester fermes.

Il n'en est rien puisque les mâles croisés de 350 à 400 kg atteignent péniblement les 2,44 €/kg. "Bizarrement, à 18 F (2,74 €, NDLR), il n'y a pas de places dans les abattoirs italiens, mais à 16 F, il y en a et les camions partent !", s'agace Éric Fabre, membre de la section bovine de la FDSEA qui tenait mardi 18 août un bureau commun avec le groupe viande des Jeunes Agriculteurs. Ordre du jour : "Une situation alarmante sur le marché du maigre avec des prix en berne, en complet décalage avec la situation de la filière qui ne justifie absolument pas les prix pratiqués en ferme", abonde Joël Piganiol, président de la FDSEA et éleveur limousin. S'il concède à cette époque de l'année une traditionnelle baisse saisonnière, cette dernière n'a rien à voir avec le décrochage constaté.

"Tout ça alors qu'on a une filière extrêmement bien organisée puisqu'elle s'est concentrée avec plus que quatre opérateurs qui gèrent les flux franco-italiens, décrit Mathieu Théron, président des JA 15 et co-responsable national du groupe viande JA. Avec, qui plus est, une organisation logistique sans faille, parfaitement adaptée. Malgré tout, la variable d'ajustement tarifaire reste l'éleveur naisseur !"

Une stratégie que le jeune syndicaliste a dû mal à comprendre : "Dans un contexte où le cheptel allaitant est en décroissance, où nombre d'éleveurs se posent des questions sur la pérennité de leur exploitation, pourquoi ces structures, qu'elles soient privées ou coopératives, ne se battent-elles pas pour revaloriser le prix du broutard au lieu de cette stratégie perdant-perdant ? Tout le monde aurait à y gagner à vendre plus cher."

Autour de la table, tous mettent en avant le rapport de force en théorie favorable aux animaux maigres tricolores : "Du fait du découplage des aides Pac en Irlande, il y a beaucoup moins d'animaux pour l'export, idem en Pologne qui a mis en place une politique d'engraissement et dont l'offre de maigre s'est tarie. Aujourd'hui, l'Italie reste plus que jamais dépendante de l'approvisionnement français", analyse Joël Piganiol.

Une explication s'impose...

Pas question donc pour les responsables syndicaux cantaliens de cautionner un tel dévissage : "Les éleveurs cantaliens s'associent à l'initiative du Berceau des races à viande qui souhaite rencontrer fin août les opérateurs de la filière en relation avec la Fédération nationale bovine, FNB qui va porter des réactions dans les tout prochains jours", affiche Joël Piganiol. Concrètement, FDSEA et Jeunes agriculteurs du Cantal expriment leur volonté d'inviter les responsables des "quatre grands groupes" - Deltagro, Eurofeder, Bevimac et Parma France - lors de la première quinzaine de septembre "pour confronter notre lecture du marché et évoquer leur responsabilité dans la baisse constatée". "Face à la situation actuelle alarmante, nous ne comprendrions pas leur absence", prévient Géraud Fruiquière, éleveur à Drugeac.

Comme lui, tous constatent, amers, que malgré la loi Égalim et les incantations nées du confinement, leurs ventes se font aujourd'hui à perte, à des prix guère plus élevés qu'il y a 20 ou 30 ans, "quand nos charges ont, elles, flambé" (lire encadré).