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Vendredi 02/10/2026
Et si on arrêtait de demander aux agriculteurs de sauver le monde ?
[Edito] Qui va financer la transition écologique des exploitations agricoles ? Face aux investissements massifs nécessaires, les agriculteurs n’y arriveront pas seuls. Des modèles territoriaux émergent, portés par des entreprises conscientes que leur responsabilité sociétale passe par l'accompagnement concret de ceux qui produisent.
Paris, 30 septembre 2026. Le salon Produrable ouvre ses portes au Palais des Congrès. Depuis 19 ans, cet événement met en lumière les acteurs et solutions d'une économie durable, rassemblant entreprises, ONG, enseignes, institutions publiques, collectivités territoriales et centres de recherche dans des domaines aussi divers que la santé, l'habitat, la finance, l'énergie ou l'alimentation.
Bonne nouvelle : l’agriculture y est présente et ils sont nombreux, les acteurs de la transition agroécologique ! « Il y a tellement d’initiatives et d’interlocuteurs qu’on ne sait pas vers qui se tourner », glisse un agriculteur venu sur le salon.
100 à 150 €/ha pour la transition agroécologique
Parmi le programme des conférences, celle-ci : « Et si on arrêtait de demander aux agriculteurs de sauver le monde ? ». Derrière le titre un brin provocateur, une réalité : les agriculteurs sont les premiers acteurs de la préservation des sols, de l’eau et de la biodiversité. Mais planter des arbres, semer des couverts, diversifier sa rotation, baisser ses gaz à effet de serre, réduire ses traitements phytosanitaires et ses engrais minéraux, tout cela a un coût, et tout le monde s’accorde pour dire que les agriculteurs ne peuvent supporter seuls les risques financiers d'une transition dont les bénéfices sont collectifs.
Alors, qui pour financer la transition ? Et d’ailleurs, combien coûte-t-elle ? Entre 100 et 150 euros par hectare, estiment les chercheurs. Eco-régime, aides couplées, primes filières, PSE, crédits carbone : les dispositifs existent, mais restent fragmentés et insuffisants pour impulser une transformation globale et massive.
« Si on nous demandait vraiment de changer le monde, on nous donnerait un peu plus de moyens ! » ironise Emma Hary, ingénieure agronome, qui a mené un projet d’agroforesterie sur sa ferme familiale dans le Nord, grâce au soutien de l'association française d'agroforesterie et du mécénat d'entreprise.
Un modèle territorial à généraliser
« Il faut organiser des modèles par territoire, où interviennent dans le financement de la transition les filières agricoles, les agences de l’eau, les banques », plaide Yoan Frogier, responsable du développement réseau de l’association PADV. Ce modèle, initié dans les Hauts-de-France, repose sur la participation financière des acteurs de la filière - collecteurs, transformateurs, distributeurs - pour l’accompagnement technique des agriculteurs.
Le fondement de cette approche est simple : il en va de la responsabilité sociétale des entreprises de sécuriser la durabilité des produits qu’elles commercialisent et de prendre soin des territoires sur lesquelles elles se fournissent, afin de préserver la disponibilité des matières premières.
Crédits carbone locaux
Les années 2000 ont vu l'essor des crédits carbone à l'échelle mondiale, où des entreprises cherchaient à compenser leurs émissions en plantant des arbres à l'autre bout du monde. Bilan : de nombreuses études ont démontré leur inefficacité dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Aujourd'hui, pour une entreprise, montrer qu'elle aide concrètement les agriculteurs sur son territoire grâce à des contrats pluriannuels, des primes filières ou des crédits carbone locaux a beaucoup plus de sens - et d'impact.