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Mardi 03/11/2026
« Est-ce que demain, le crédit carbone ne doit-il pas passer le relai à une forme de crédit nature ? »
Les agriculteurs engagés dans la préservation des sols, de l'eau et de la biodiversité génèrent des bénéfices collectifs, mais leurs démarches restent coûteuses. Timothée Jaulin, directeur du nouveau pôle Crédit Agricole Capital Naturel, explique comment dépasser le modèle des crédits carbone en combinant plusieurs sources de financement pour transformer ces engagements en revenus complémentaires viables.
Le Crédit Agricole a annoncé fin septembre 2026 le lancement de Crédit Agricole Capital Naturel, un nouveau pôle dédié à la préservation, à la régénération et à la valorisation du capital naturel (eau, biodiversité, sols, forêts, air...). Ce pôle a pour mission d'accompagner les acteurs des territoires et les propriétaires d'actifs naturels face aux enjeux liés au réchauffement climatique et à la préservation des ressources naturelles. Timothée Jaulin, son directeur, a pour ambition de faire émerger des modèles économiques permettant de mieux financer les transitions agricoles. Interview.
Qu’est ce qui a conduit le Groupe Crédit Agricole à créer ce pôle Capital Naturel ?
Nous faisons face à un double constat. Le premier, c’est que le capital naturel est dégradé et continue à se dégrader, ce qui représente un risque sur le plan économique, financier, écologique et social.
Le deuxième, c’est l'émergence de modèles économiques viables autour du capital naturel. Cela a conduit le Groupe à créer ce nouveau pôle avec un objectif qui est assez simple : développer des solutions qui permettent de soutenir le capital naturel sur nos territoires.
Le mandat du pôle, c'est de faire la mise en adéquation entre des projets et des sources de financements.
De nombreux agriculteurs s’engagent dans des démarches de préservation du milieu naturel (sols, eau, biodiversité). De quelle manière Crédit Agricole Capital Naturel va les accompagner ?
Nous devons réussir à mieux valoriser sur le plan économique ces démarches qui sont associées à un coût pour l’exploitation, alors que l’on sait que sur le long terme, il y a des bénéfices à la fois directs pour les exploitants, mais aussi plus largement à l’échelle d’un territoire : meilleure qualité de l’eau, moins d’érosion des sols, moins de crues, etc.
Faire la démonstration des bénéfices économiques, c’est ce qui va permettre de débloquer d'autres financements et d’apporter aux agriculteurs des revenus complémentaires. Notre rôle, c’est de faire émerger des modèles économiques qui vont permettre aux bénéficiaires les plus directs de ces mesures de contribuer au financement.
Les crédits carbone ne sont-ils pas justement un moyen de financer les transitions ?
C’est un modèle historique qui fonctionne mais pas suffisamment pour couvrir l’ensemble des besoins. En amont, il y a des porteurs de projet, des propriétaires forestiers, des exploitants agricoles intéressés, mais on n'a pas résolu complètement la problématique de l'écoulement et du financement en aval. Et c'est principalement là qu'est la limite du modèle, qui repose uniquement sur une logique de contribution volontaire.
Ces crédits carbone sont porteurs d'énormément de co-bénéfices en termes de santé, de co-bénéfices sociaux, qu'il s'agit de mieux mesurer et de mieux valoriser.
Comment Crédit Agricole Capital Naturel peut-il compléter le modèle des crédits carbone ?
Là où Crédit Agricole Capital Naturel peut apporter des briques additionnelles, c'est non seulement en couvrant les modalités de financement qui passent par des crédits carbone, mais en apportant d'autres solutions complémentaires.
C’est ce que j'appelle la théorie du millefeuille : il ne faut pas seulement une seule couche, il faut potentiellement empiler plusieurs couches pour couvrir les besoins de financement.
Développer ce pôle au sein d'une banque universelle comme le Crédit Agricole permet par ailleurs de combiner préfinancement et mobilisation du capital, mais aussi d’intégrer la dimension assurancielle, qui a un rôle à jouer potentiellement important.
Comment faire émerger des projets de capital naturel économiquement viables ?
C'est en tenant les deux bouts de l'équation qu'on arrive à faire émerger des projets qui sont viables sur le plan économique : à la fois dans la chaîne de valeur amont - développement de projet, identification d'opportunités – et dans la chaîne de valeur aval - valorisation, monétisation des services écosystémiques.
Cela nécessite d'avoir une approche un petit peu plus englobante que celles uniquement centrées sur la problématique du crédit carbone. Il faut absolument que l’on arrive à mieux valoriser les co-bénéfices des projets sur tous les plans. On peut d’ailleurs s’interroger : est-ce que demain, le crédit carbone ne doit-il pas passer le relai à une forme de crédit nature ?