Grippe aviaire : mortalités préoccupantes dans l’avifaune marine

Des milliers d’oiseaux marins sont retrouvés morts et porteurs de virus influenza aviaire sur les côtes de la Manche, ainsi que de la Russie au Canada.

« Cette situation n’a jamais été rencontrée en France de par son ampleur et la période » indique le dernier bulletin épidémiologique hebdomadaire de la plateforme Esa de surveillance épidémiologique publié le 21 juin.

En effet, depuis le mois de mai, de plus en plus d’oiseaux marins sont retrouvés morts sur les côtes du littoral nord de la France. Ce phénomène est plutôt inhabituel, car les virus influenza aviaire hautement pathogène (IA) frappent davantage les anatidés et les rapaces.

Les plus importants contributeurs sont habituellement les anatidés
© Plateforme ESA

 

Au 17 juin, ces mortalités ont été signalées sur quatre communes de la Somme, dix communes du Pas-de-Calais, trois du Nord sur, trois de la Seine-Maritime, et une commune dans l’Aisne, le Calvados et la Manche. Les signalements montrent une évolution chronologique sur plus de 500 km, depuis la frontière belge jusqu’à la Bretagne. Des mortalités groupées ont été observées principalement sur des laridés (mouette, sterne, goéland), mais pas uniquement.

La Somme a été particulièrement touchée  (parc du Marquenterre) dont un fou de Bassan (Morus bassanus) le plus gros oiseau marin d’Europe.

Aux Pays Bas, un fou de Bassan a également été trouvé mort et porteur de virus H5N1. En Ecosse plusieurs milliers de fous morts ont aussi été signalées.

En France, la seule colonie de fous de Bassan se trouve sur la côte nord bretonne, avec 15 à 20 000 couples concentrés sur l’ile Rouzic (réserve naturelle des Sept iles) représentant 4 % des effectifs mondiaux.

 

Présence endémique des virus IA

La persistance de la circulation du virus IAHP H5N1 dans des populations d’oiseaux sauvages pendant l’intersaison (entre les migrations descendantes et remontantes) est préoccupante, d’autant que certaines espèces sont des migrateurs partiels ou comprennent des colonies en cours de reproduction et d’élevage des juvéniles.

" La contamination de l’environnement reste élevée dans les régions où sont observées les mortalités d’oiseaux sauvages " souligne encore la plateforme Esa. « Le risque d’introduction du virus dans les élevages de volailles peut survenir à la faveur de mouvements de décantonnement de populations d’oiseaux sauvages, toujours possibles y compris en dehors des périodes de mouvements migratoires. »

Des mortalités d’oiseaux marins sont observées partout dans le monde. En juin, la Russie a déclaré plus de 2200 oiseaux morts sur la mer Caspienne (essentiellement des sternes). En mai, le Canada signalait des mortalités jamais vues aux Iles Madeleines, notamment sur des centaines de fous de Bassan, retrouvés amaigris. Les ornithologues se demandent si ces oiseaux ont été affaiblis par les virus IA les empêchant de pécher ou si leur amaigrissement a entrainé une sensibilité accrue aux virus IA.