Guerre en Ukraine : la production de semences touchée durablement

Limagrain, Maïsadour, Euralis : Les grands semenciers français sont très présents en Ukraine et la guerre affecte sérieusement leur activité. Faute de multiplication sur place, ils alertent sur une pénurie de semences pour les récoltes 2023 et 2024.

Quelles récoltes en Ukraine en 2022 ? L’inquiétude perdure tant la guerre affecte les disponibilités mondiales de blé, maïs et tournesol. Pour l’Union Française des Semenciers, dont une quinzaine d’entreprises adhérentes sont implantées en Ukraine, la production agricole sera « au mieux de 60 % de la production normale ».

Pire, « la récolte 2023 et peut même l’année suivante seront impactées », et cela même si la guerre devait rapidement trouver une issue. « Nous rentrons dans un tunnel d’au moins deux ans qui va être très perturbant pour l’ensemble des marchés », indiquait Claude Tabel, président de l’UFS, le 14 avril 2022. « S’il fallait revenir à une situation normale, nous n’aurions pas les semences nécessaires. Pour les semis de 2023, les plans de multiplication sont faits. Au mieux, il manquera 50 % de nos semences pour l’an prochain ».

Les deux tiers des semences utilisées en Ukraine sont produits sur place, notamment par des semenciers français, avec des variétés spécifiques adaptées au contexte. Le tiers des besoins est importé de France. Pour les entreprises françaises, l’Ukraine constitue le deuxième marché hors UE, avec un chiffre d’affaires en Ukraine de 400 millions d’euros. Rien que pour les exportations de semences vers l’Ukraine, le chiffre d’affaires des entreprises atteint 100 millions d’euros. « Nous exportons des semences commerciales, qui sont vendues aux agriculteurs pour faire une production de grains. Nous exportons aussi des semences de base, que l’on fournit à des agriculteurs multiplicateurs, qui produisent les semences qui seront vendues l’année d’après », précise Claude Tabel.

Depuis le début de la guerre, les entreprises présentes en Ukraine ont transféré leurs activités hors du pays, en particulier en Pologne. Sur place, le risque est réel : un obus aurait par exemple frappé une entreprise au sud-est de Kiev, sans faire de victime mais occasionnant des dégâts, l’abandon du site puis le pillage du stock.

« Depuis le 1er avril, nous constatons une reprise des activités de production et conditionnement sur place et une certaine reprise de l’acheminement des semences ». Grâce aux « green corridors » mis en place par le gouvernement ukrainien, 60 % des commandes de maïs et 90 % de celles de tournesol, sont arrivées à destination.

Pour la quinzaine d’entreprises françaises implantées dans le pays, dont Limagrain, RAGT, Maïsadour, Euralis ou Florimond-Desprez, l’impact économique est très net : 60 millions d’euros de chiffre d’affaires ne seront pas réalisés, soit une baisse de -20 %.  « Pour certains de nos membres, dont l’Ukraine représentait 30 à 40 % de leur chiffre d’affaires, l’impact est plus important », observe Claude Tabel. Dans tous les cas, le risque économique reste majeur : Outre le risque pour les populations, le risque de défaut de paiement des clients est important, comme le devenir des usines et les stocks dans les zones de guerre. Aucune assurance ne couvre désormais ces activités : la guerre est un cas de force majeure, qui rend tout contrat caduc.