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Vendredi 16/10/2026
« L'agriculture reste sous le joug d'une Europe suradministrée ». La conjoncture bovine vue par Acti-Ouest
Même si des efforts sont consentis, la charge administrative reste importante pour les éleveurs.
Conjoncture – Qui sont ces cerveaux brillants qui dessinent les contours de la politique agricole commune (PAC) de l’Europe ? Il faut être normalien, sorti de Saint-Cyr pour appréhender l’ensemble des mesures qui s’appliquent aux agriculteurs, pour orienter nos modèles vers une transition agroécologique et climatique. Des dizaines de milliards sont déployés pour arroser une agriculture sous perfusion. Si les sommes déployées allaient directement aux producteurs, leurs situations seraient certainement plus enviables. Mais non, une partie des crédits de l’Europe sert à alimenter un ogre administratif et normatif gargantuesque. Une volonté d’assouplissement semble se dessiner, mais pour cela il faut créer de nouvelle commission. Combien y a-t-il de personnes qui gravitent autour de la production de l’échelle européenne, française, régionale ou locale ? Les normes en agriculture sont mises en place dans l’objectif d’instaurer une agriculture durable, mais trop c’est trop, avec des incohérences invraisemblables quand elles s’entrechoquent.
Certes, depuis fin 2025 le paquet de simplification issu de la révision PAC 2024 est entré en action. Des aménagements concrets sont appréciés, comme la suppression de l’obligation de jachère, allègement des démarches administratives pour certains projets de bâtiment d’élevage, ou une réduction des contrôles pour certaines exploitations. Cette liste est non exhaustive tant les domaines d’application sont vastes. Toutes les simplifications annoncées par l’UE ne sont pas encore applicables partout. Les effets concrets dépendent aussi des textes français et du type d’élevage. Les mesures de 2024 ont apporté des assouplissements réels, particulièrement sur certaines règles environnementales (supprimées ou aménagées des obligations précises). En revanche, elles n’ont pas supprimé la complexité générale de la PAC, ni répondu aux difficultés économiques des élevages. Pour les éleveurs, la complexité administrative demeure. Les déclarations PAC, les justificatifs, les règles propres à certaines parcelles et les différentes aides demandent toujours beaucoup trop de temps.
Avec le coup de bambou subit par le monde de l’élevage cette année, un nouveau plan de sauvegarde a été annoncé par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, avec de nouvelles aides financières. Les vannes budgétaires sont ouvertes, mais il faudra encore une fois passer du temps au bureau pour remplir des dossiers.
Or, dans une politique qui se dessine à moyen et long terme, la réalité du terrain est souvent plus abrupte. La politique européenne tournée vers le « Green Deal », a amené l’ensemble des pays vers une décapitalisation sans précédent. Même si un rétropédalage est en route, les effets sont sans doute irréversibles. La décheptellisation s’accentue et est renforcée par des crises sanitaires et climatiques à répétition. Le résultat le plus visible est un changement majeur dans l’équilibre du marché de la viande bovine. Malgré une consommation qui recule d’année en année, nous sommes passés d’un marché poussé par l’offre à un marché tiré par la demande (hormis l’effet décapitalisation sécheresse de cette année). La forte déflation que cela a engendré ne doit pas masquer la réalité du déficit conjoncturel de l’offre. Il y a de fortes probabilités que l’on assiste à un nouveau changement de tempo commercial au début de l’année. Toutes les vaches qui sont parties ne seront plus là au printemps, le nombre de veaux va encore chuter, sans compter sur les conséquences des coups de chaleurs de cet été ou de la recrudescence de certaines maladies virales.
Le point d’équilibre est toujours difficile à trouver, dans un monde où la géopolitique modèle en permanence les échanges internationaux. Naviguer entre l’autonomie alimentaire, et les flux import/export restera une équation difficile à résoudre quand l’activité va reprendre ses droits.
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