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Mercredi 22/07/2026

L’ergonomie à la traite, ce n’est pas que de la mécanique

Publié par Institut de l'Elevage - IDELE

Avec le projet ErgoTraite, l’Institut de l’élevage et ses partenaires posent un regard neuf sur l’ergonomie de la traite. Au-delà du matériel, c’est toute l’organisation du travail et la relation humain-animal qui sont à réinterroger.

« L’ergonomie, ce n’est pas que de la biomécanique, c’est aussi tout ce qui touche à l’organisation et à la psychologie », pose Jean-Louis Poulet, de l’Institut de l’élevage. « La charge mentale liée à la gestion du lait à mammites à écarter peut peser autant que le poids d’une griffe. » Dans le cadre du programme ErgoTraite, les enquêtes auprès des éleveurs ont d’ailleurs montré que la circulation des animaux et le nettoyage sont davantage perçus comme sources de contraintes que les gestes de la traite proprement dits. Sans surprise, plus la traite est longue, plus elle est ressentie comme pénible, tant pour les humains que pour les animaux.

Car la traite repose sur la coopération de l’animal : « Si la vache est stressée, l’adrénaline bloque l’ocytocine et le lait ne descend pas. Un animal calme, bien guidé, dans un circuit fluide, bien stimulé c’est une traite efficace et respectueuse. » Il faut ainsi limiter le stress en dimensionnant les aires d’attente, en évitant les revêtements glissants et en organisant la circulation des animaux pour réduire les obstacles ou les contrastes lumineux.

Penser le nettoyage avant l’exosquelette

Par ailleurs, la conception des salles de traites n’a pas toujours suivi la sélection génétique des animaux, avec des vaches qui ont grandi, avec des mamelles plus hautes. Entre 2000 et 2017, les Prim’Holstein ont grandi en moyenne d’un centimètre tous les cinq ans et les normandes d’un centimètre tous les dix ans. Les hauteurs de quai ne sont alors plus adaptées, ce qui peut générer fatigue, tensions et postures contraignantes. Heureusement, la sélection tend maintenant à freiner cette course aux grands animaux et les équipementiers commencent à revoir leurs normes de montage. Pour limiter les troubles musculosquelettiques, l’idéal est de travailler avec les mains placées entre la hauteur du coude et celle de l’épaule et à une distance inférieure ou égale aux deux tiers de la longueur du bras.

Quand un éleveur s’interroge sur son ergonomie, il peut demander un audit auprès d’un préventeur de la MSA. « Si le vrai souci c’est que les vaches n’entrent pas ou que le nettoyage est un enfer, changer les griffes ou acheter un exosquelette n’améliorera pas le quotidien. » Testés en parallèle du projet, les exosquelettes ont donné des résultats contrastés. Ils peuvent soulager efficacement dans des installations déjà bien pensées, mais ils peuvent aussi parfois rajouter plus de gêne que de confort.

Donner envie aux vaches d’entrer

Quant à la robotisation, elle progresse (24 % des installations en 2024), mais ne convient pas à tous les systèmes. « Le robot ne règle pas tout. Il demande une adaptation du troupeau, de l’éleveur et de l’organisation. Il peut ajouter beaucoup de charge mentale au début, avec ses alertes multiples et la surveillance permanente qu’il demande. »

D’autres solutions techniques existent : planchers mobiles réglables, tapis antiglisse, bons éclairages, bidons de lait sur roulettes, plusieurs tuyaux enroulables pour le nettoyage, … mais aucune ne fonctionne seule. « Tout doit être cohérent. La salle de traite idéale, c’est celle qui donne envie aux vaches d’entrer et à l’éleveur d’y rester. »

Damien Hardy

Plus d’infos sur idele.fr/ergotraite/