La loi Egalim2 devra s’appliquer avec « zéro tolérance »

Le dernier congrès de la Fédération nationale bovine s’est focalisé sur la loi Egalim 2. Julien Denormandie a été invité à ne pas faiblir pour sa mise en application. Une loi qui ne doit pas se cantonner aux seuls éleveurs et à leurs premiers acheteurs mais concerner tous les maillons de la filière, jusqu’aux distributeurs.

La mise en application de la loi Egalim 2 ou loi Besson-Moreau va-t-elle redonner une dynamique au secteur de la viande bovine ? Cette thématique a été le fil conducteur des débats qui ont eu lieu le 3 février dernier à Aurillac, à l’occasion du Congrès de la Fédération Nationale Bovine.

« Jusqu’à présent l’éleveur était la principale variable d’ajustement. Après que tous les autres maillons se soient rémunérés pour leur travail, on lui laissait ce qu’il restait. Cette loi nous offre la possibilité de remédier à ce mode de fonctionnement. » soulignait un éleveur de Saône-et-Loire.

Sous forme de discussion à bâtons rompus, les quelques 450 participants à ce congrès se sont expliqués avec Julien Denormandie et Bruno Dufayet, président de la Fédération Nationale Bovine. Les échanges ont été courtois et constructifs avec un ministre à l’écoute.

Enrayer la décapitalisation

Certes la filière bovine n’est pas encore comparable à la filière ovine pour laquelle 60% de nos besoins sont importés, mais elle en prend clairement la direction. Les signaux d’alerte ont été maintes et maintes fois rappelés : 650 000 vaches (388 000 allaitantes et 263 000 laitières) en moins entre fin 2016 et fin 2021, un recul de 30% du nombre d’éleveurs entre les deux derniers recensements, un revenu mensuel moyen de 800 € en 2020 et 50% des élevages détenus par des éleveurs de plus de 55 ans.

L’actuelle progression du prix des bovins finis devrait être de nature à redonner du cœur à l’ouvrage, mais elle a lieu dans un contexte de flambée généralisée du prix des intrants. Laquelle incite -là où c’est encore agronomiquement possible- à donner priorité aux cultures et non aux prairies plutôt qu’à mettre quelques génisses supplémentaires à la saillie.

Faire évoluer la situation

« Donc oui il faut faire aboutir cette loi. Oui c’est un choc culturel. Oui il faut faire des papiers pour remplir ces contrats. Mais on ne peut pas rester éternellement dans une posture de plainte en disant que tout va mal alors que cette loi nous donne la possibilité de faire évoluer la situation. » expliquait Bruno Dufayet qui pour autant ajoutait.

« On ne conseillera pas à des jeunes de s’installer sans réelles perspectives de meilleure rémunération de leur travail. Ce serait malhonnête. Et ce discours on l’assume totalement. Nous sommes à la croisée des chemins. Soit demain il y a des prix suffisamment incitatifs pour maintenir des éleveurs sur le terrain et il restera de la viande bovine française dans les rayons. Soit on aura de plus en plus besoin de l’importation. »

 

 

 

La complexité des contrats a été évoquée. Mais Julien Denormandie l’a aussitôt relativisée. « Si on est capable de gérer et remplir une déclaration PAC, on est capable de gérer et remplir un contrat ! » Pour autant, bien des participants à ce congrès ont souligné la nécessité de poursuivre les réunions de vulgarisation à ce sujet. Début février, quelques éleveurs avaient fait parvenir des propositions de contrats à leurs premiers acheteurs mais sans avoir de retours.

Appliquer Egalim 2 à tous les maillons

« Jusqu’à maintenant, pas grand-chose n'a fonctionné pour ramener du revenu aux éleveurs. Pourtant la filière viande est une filière qui gagne de l’argent. Tout le monde gagne de l’argent… sauf les éleveurs ! Les distributeurs ont fait une année 2020 exceptionnelle. Idem en 2021. Même chose pour les abatteurs avec de la viande sur pieds pas chère, en quantité, et une consommation qui s’est bien tenue ! » expliquait Philippe Auger, Président d’Elvea France.

Et d’ajouter « Certains négociants m’ont dit qu’ils seraient d’accord pour contractualiser et payer des animaux en phase avec nos coûts de production, mais à condition d’avoir la certitude que cette contractualisation se poursuive jusqu’au bout de la chaine, en incluant les transformateurs et surtout les distributeurs. »

Mener la guerre ensemble

Face à ces propos réitérés par nombre d’éleveurs, Julien Denormandie a confirmé qu’il n’était pas question pour lui comme pour le gouvernement de céder et de faire marche arrière. « La loi Egalim 2, ce n'est pas une baguette magique, c'est un outil pour aller au combat, celui des négociations commerciales... Il faut être solidaire mais d'abord mener la guerre ensemble..." Et ce combat a manifestement d’abord lieu entre le maillon des industriels et celui de la grande distribution.

 

 

 

Même si ces propos se voulaient rassurants, certains éleveurs restaient sceptiques sur la réelle volonté de l’Etat de faire appliquer cette loi aux principaux acteurs de l’aval. « Je suis inquiet de la petite musique du pouvoir d’achat qui monte et que la grande distribution sait très bien utiliser pour faire pression sur les gouvernements. » soulignait Jean-Pierre Fleury, ancien président de la FNB.

La proximité des élections présidentielle est un facteur de crainte supplémentaire. Sans présager de leur résultat, Julien Denormandie s’est voulu rassurant sur la suite des évènements pour faire en sorte que la loi Egalim 2 soit bien respectée. « Maintenant il y a un combat qu’il faut mener avec les outils qui nous sont donnés. Il y a d’abord la responsabilité de la filière et de ses différents maillons. Il y a ensuite la responsabilité de l’Etat qui doit être intraitable vis-à-vis de ceux qui ne respectent pas la loi. Je ne veux rien laisser passer. Ce sera tolérance zéro. »

Julien Denormandie a ensuite incité les éleveurs et les organisations syndicales à transmettre via un courriel dédié (signalement@agriculture.gouv.fr) les cas concrets de désobéissance caractérisée à la mise en application de cette loi.