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Vendredi 17/04/2026
Le marché de la viande est sous tension
Le recul de la consommation, des stocks dans les frigos des abatteurs et une concurrence européenne plus forte, entraîne le marché à la baisse toutes catégories confondues.
Conjoncture – Même si une tendance baissière est amorcée, le prix de la viande bovine reste structurellement haut que ce soit en France ou dans les différents pays de l’UE. Ces niveaux de prix étaient demandés par la profession, mais ce rattrapage rapide après plus 40 ans de disette, c'est transformé par une inflation galopante des prix à la consommation. Les premières hausses ont été comprises et acceptées par les consommateurs, mais avec le temps et une croissance persistante des étiquettes, ils ont modifié leurs façons de consommer la viande de bœuf. La mutation est venue dans un premier temps, d’un renforcement des achats de viande hachée, au détriment des viandes piècées, puis est venue le temps d’une baisse en gamme des achats notamment de la part des ménages les moins aisés. Depuis le début d’année, les abatteurs alertent sur une déconsommation qui s’amplifie, avec un impact dangereux sur les outils de production. Cette baisse de la consommation n’a pas eu d’effet sur le prix des bovins dans les campagnes face à la baisse constante des effectifs. Or, depuis la guerre en Iran, les lignes ont encore bougé. La flambée des carburants est venue s’entrechoquer avec la hausse constante du prix de la viande en magasin. De nombreux observateurs craignaient ce qui arrive depuis quelques semaines. Les industriels, qui avaient du mal à couvrir la demande en 2025, se retrouvent avec des stocks importants de viande dans leurs entrepôts, avec un marché qui a une trop grande inertie, quand la demande se grippe.
Avec la guerre en Iran, tous les mouvements exports qui desservaient le moyen orient ont été bouleversés, avec une réorientation des produits vers le marché européen des principaux fournisseurs comme la Pologne ou l’Espagne. Nos pays partenaires se sont vite retrouvés avec des offres moins-disantes, entraînant un engorgement du marché français (malgré la faiblesse de l’offre).
Depuis le début de l’année, des viandes en provenance du Mercosur pénètrent également le marché européen, et si la France reste épargnée pour le moment face à la crainte de mouvement des éleveurs, d’autres pays y sont plus perméables. Les Pays-Bas et l’Allemagne commencent à voir des produits estampillés Brésil dans certaines enseignes (avec des prix très agressifs bien sûr). L’Irlande, qui est le second pays exportateur en Europe, met également plus de marchandise sur la France. La RHD et la restauration seront les premières à courir vers ces viandes moins onéreuses.
Tous ces éléments sont préoccupants, avec des industriels qui ont commencé à mettre la pression sur les prix, pour enrayer la tendance haussière qui prévalait depuis le début d’année. Les grandes enseignes, qui ont également perdu des parts de marché dans leurs rayons à la coupe, ont senti la tendance et demandent maintenant de la baisse auprès des abatteurs.
Sur le marché de la viande, les premières baisses enregistrées n’ont rien de catastrophique pour les éleveurs, car les niveaux restent élevés. Ils sont actuellement accaparés par les travaux de saison et peu disponibles pour la vente de leurs animaux. Ces baisses sont en revanche plus préoccupantes pour les engraisseurs de jeunes bovins ou de vaches qui observent toujours des niveaux de prix très élevés dans le secteur maigre. La rentabilité des ateliers de jeunes bovins va être mise à mal dans les prochains mois, car ils vont vendre à la baisse des animaux qui ont acheté de plus en plus cher.