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Samedi 25/07/2026

« Nous aussi, on part en week-end ! » : la ferme Sainte-Colombe réinvente l'accueil des personnes handicapées

Publié par Pleinchamp

« Cultiver l’engagement ». Saison 2, épisode 1. Cet été, Pleinchamp repart à la rencontre d’agricultrices et d’agriculteurs engagés et solidaires. Ancienne éducatrice spécialisée, Camille Grymonprez est devenue exploitante agricole il y a 10 ans. Sur la ferme Sainte-Colombe, exploitation laitière bio qu’elle dirige avec son époux Nicolas en Seine-et-Marne, elle continue de cultiver son engagement en faveur de l’inclusion des personnes handicapées mentales.

Pour les personnes en situation de handicap mental, Camille Grymonprez, exploitante agricole à Saint-Mars-Vieux-Maisons (Seine-et-Marne), aurait aimé en faire plus. Elle en a d’ailleurs fait beaucoup, il n’y a pas très longtemps. Mais entre le travail à la ferme et au magasin, les livraisons à Paris, quatre enfants, et une administration du handicap quelque peu kafkaïenne, Camille a un peu levé le pied il y a deux ans.

Son engagement est cependant toujours bien présent : une fois par mois, dans le cadre de l’association qu’elle et son mari ont créée avec des amis et voisins motivés par la même cause, elle reçoit des personnes handicapées mentales.

« On ne les accueille pas "chez nous", on les accueille dans un lieu qui nous rassemble, explique Camille. Avec l’aide d’amis, de bénévoles, de nos enfants et des personnes handicapées elles-mêmes, nous avons retapé une petite maison, que l’on nomme d’ailleurs toujours "la petite maison" ».

Un engagement de longue date

L’engagement pour la cause de l’intégration des personnes handicapées mentales est depuis longtemps ancrée dans la famille Grymonprez : c’est même dans ce cadre que le couple s’est rencontré, au sein de la Communauté de l’Arche, où ils étaient tous deux en service civique. Par la suite, Camille en a fait son métier en devenant éducatrice spécialisée.

Originaire d’une famille agricole, Nicolas, lui, souhaitait s’installer. Camille, quant à elle, était prête à se reconvertir. C’est en 2016, en Seine et Marne, qu’ils trouvent « la ferme de leur rêve », leur rêve étant justement de pouvoir allier la production agricole et l’accueil de personnes handicapées. La ferme qu’ils reprennent est alors la dernière dans le territoire briard à produire du brie fermier biologique.

"Nous aurions aimé être mieux accompagnés"

Camille et Nicolas poursuivent cette production et développent l’activité de la ferme dont tout le lait des 40 vaches est transformé et vendu en circuits courts. Conformément à leur souhait de départ, ils accueillent une personne handicapée au sein de l’équipe en contrat d’apprentissage.

« C’est quelqu’un qui a été super et qui a beaucoup apporté à l’équipe par sa joie de vivre. Mais ça a aussi été très difficile. Le handicap mental, cela vous prend beaucoup d’énergie, cela demande beaucoup de patience. Au bout de deux ans, nous n’avons pas continué l’expérience. Nous aurions aimé être accompagnés : il aurait fallu quelqu’un à ses côtés pour superviser la personne tous les jours. Quant à l’accompagnement financier, deux ans après la fin du contrat, nous n’avons toujours rien touché… ».

« Nous aussi, on part en week-end ! »

Même si à la fin de cette expérience d’intégration quotidienne, Camille et Nicolas sont restés « un peu amers », ils estiment avoir trouvé aujourd’hui un meilleur équilibre et un juste milieu, avec un accueil mensuel de personnes handicapées mentales. « Ce sont des gens qui n’ont pas de famille, qui, sans cela, ne quitteraient jamais leur structure d’accueil. Là, ils sont tellement heureux de quitter le foyer et de dire "nous aussi, on part en week-end !" ».

« Dans les structures d’accueil, pour eux, tout est encadré, tout est normé, les salles, les horaires, les activités... », raconte Camille, qui a bien connu ce milieu. Même si ses bases professionnelles sont toujours là, la jeune femme souhaite s’en éloigner, pour proposer plus simplement « du temps partagé, du temps gratuit ».

« Ici, on n’est pas dans une logique de consommer de l’activité éducative : on fait juste des choses ensemble, comme préparer à manger, faire la vaisselle, s’occuper du potager… Contrairement au foyer d’accueil, les personnes ont un peu d’autonomie, comme choisir leur menu, assister à la traite ou passer au magasin de la ferme pour acheter du fromage… C’est tellement précieux ! ».

On ne leur fait pas faire des activités : on partage simplement du temps gratuit avec eux, il y a vraiment une notion de fraternité ». (Crédits photo : Ferme Sainte-Colombe)

La biodiversité et la diversité humaine

« La ferme, ça leur offre un nouvel horizon : ils sont dehors, ils ont de l’espace, ils peuvent regarder le paysage au loin. Et nous, la famille, ça nous apporte aussi beaucoup d’ouverture et de gaité : ils sont toujours boute-en-train ! Je crois qu’on peut y voir un parallèle avec la biodiversité qu’on préserve dans notre modèle agricole biologique : là, il s’agit d’accepter, de composer avec toute la diversité humaine ».

Dans l’exercice de son métier lui-même, où elle a beaucoup de contacts, Camille estime que le fait de côtoyer régulièrement des personnes handicapées mentales l’aide à être plus souriante, plus simple, et même plus patiente avec ses clients.

En venant sur la ferme, les personnes handicapées trouvent un peu d’autonomie, en pouvant par exemple, choisir leur menu ou venir acheter du fromage au magasin de la ferme. (Crédits photo : Ferme Sainte-Colombe)

Bon à savoir : Depuis quelques années, la « petite maison », qui accueille les personnes handicapées, peut aussi être louée quand elle n’est pas occupée : cela rapporte un peu d’argent à l’association Sainte-Colombe, fondée par Antoine Mourges, au sein de laquelle Camille et Nicolas sont actifs.

>> Retrouvez ici tous les épisodes de la saison 1 de la série d’été « Cultiver l’engagement »