- Accueil
- « La sécheresse m’a empêché de semer des tournesols mais je vais faire entre 90 et 100q/ha en maïs en sec »
Mercredi 09/09/2026
« La sécheresse m’a empêché de semer des tournesols mais je vais faire entre 90 et 100q/ha en maïs en sec »
[Reportage] À Grenade-sur-Garonne (Haute-Garonne), Jean-Michel Sibial est presque surpris par son rendement en maïs cultivé en sec, certes dans les terres alluviales de la Garonne, sachant que dans le même temps, il va tirer un trait sur les primes Pac de 12 ha de tournesol, impossibles à semer. Sauf pour nourrir les palombes.
Cet été caniculaire 2026, équivalent à un été « ordinaire » en 2100 selon Météo-France, l’agriculture va s’en trouver tourneboulée pour un bout de temps. Un exemple ? Ce 8 septembre, en bordure immédiate de la Garonne, à trois jets de maïs de la Ville Rose, Jean-Michel Sibial, au volant de sa Dominator d’occasion acquise en 2002 : « Ce maïs, il n’a pas reçu une goutte d’eau depuis que je l’ai semé, mais je vais faire entre 90 et 100 q/ha », s’exclame le producteur, pas mécontent de son sort. « Tout le monde ne va pas les faire », devise-t-il. « Par contre, sur une autre partie de mon exploitation, je n’ai pas pu semer des tournesols à cause de la sécheresse ».
Au passage, les adeptes du « maïs bashing » en seront pour leurs poncifs à deux spathes. Un exemple, parmi d’autres, tel ce producteur de mirabelles de Lorraine, qui illustre l’extrême diversité des situations et des impacts de cette année hors-norme.
Les tournesols en question, ils devaient être implantés sur des terres à plus de 90% d’argile. « Même en passant trois fois la rotative, pas moyen d’émietter le sol », explique Jean-Pierre Sibial, le père de Jean-Michel, qui glane les quelques épis tombés dans les tournières avant les faire réingurgiter par le cueilleur. « C’est des terres dans lesquelles on n’a pas pu préparer le sol à cause des excès d’eau de l’hiver et du printemps », précise le fils. Avant que la sécheresse ne les artificialise en quelque sorte. « Le tournesol, on aurait pu le semer, mais à l’endroit en question, c’est plein de palombes, y aurait rien resté », emboite le papa.
Car s’il n’y avait que les (gros) caprices de la météo. « On a les sangliers, les ragondins, les palombes et cette année, ils ont eu la bonne idée de lâcher des lapins. Pour les dégâts de sanglier, y a quatre formulaires à remplir, ils font tout pour pas paye et il faudrait dire merci ».
En Haute-Garonne comme ailleurs, la météo avait déjà fait des siennes lors de l’hiver. Car la canicule a comme effacé au chalumeau une autre séquence climatique tout aussi inédite, à savoir les 40 jours de pluie consécutifs entre le 14 janvier et le 22 février dernier, du jamais vu depuis le début des mesures en 1959. « Je n’ai pas pu semer mes pois protéagineux », se rappelle Jean-Michel Sibial. « Ça devient compliqué de faire de l’agriculture » déclare celui qui va devoir gérer la disette en aides Pac sur une douzaine d’ha, suite à l’accident tournesol.
L’irrigation ? « J’ai arrêté depuis des années. A raison de 800 à 900 euros par hectare rien que pour l’eau, dans mon cas, ce n’est pas rentable ». Au moins est-il prémuni des frais de séchage. Le maïs est bien sec, trop sec même. « Il est à 12% d’humidité, alors que la norme est à 15%, on va perdre trois points », tique Jean-Pierre Sibial
Quand les palombes auront des dents
Le céréalier étudie la possibilité d’implanter des fourragères, notamment de la luzerne, sur ses parcelles les plus problématiques, « Sauf qu’il y a de moins en moins d’éleveurs ».
Sur une SAU de 120 ha, Jean-Michel Sibial, dont l’épouse pluriactive est maraichère en vente directe, estime être en négatif depuis des années. « Le maraichage, on le fait à l’ancienne comme mes parents, sans produits mais on n’est pas bio. Il fallait payer 3200 euros rien que pour avoir l’étiquette. En France, on paie des taxes sur tout, sur l’eau, sur les engrais, sur les phytos. D’accord, y a les subventions, mais je préfèrerais qu’on ne me donne rien mais qu’on me paie la récolte au juste prix ». Quand les palombes auront des dents, sans doute.



