Téléchargez la nouvelle application Pleinchamp !
Jeudi 30/04/2026

Quand l’Eau est un défi pour l’agriculture

Publié par Agri85

« On ne connaît la valeur de l’eau que lorsque le puits est sec. » Ce proverbe africain a résonné lors de l’assemblée générale d’Afdi Pays de la Loire, organisée le 17 avril au Potager Extraordinaire, à La Roche-sur-Yon. Une table ronde consacrée à l’adaptation de l’agriculture au changement climatique y a réuni représentants de la Chambre d’agriculture, partenaires africains et agriculteurs vendéens.

Les échanges ont rappelé une réalité simple : partout dans le monde, les agriculteurs s’adaptent depuis toujours à leur climat. Mais cette capacité repose sur un facteur déterminant : l’accès à l’eau.

Selon les territoires, les écarts sont considérables. Au Burkina Faso, environ 800 mm de pluie tombent sur trois à quatre mois, conditionnant une agriculture pluviale très saisonnière. Au Sud-Kivu (RDC), l’alternance de saisons très humides (jusqu’à 400mm par mois) et sèches s’accompagne d’un fort risque d’érosion. En Tunisie, la situation se dégrade rapidement : certaines zones semi-arides sont passées de 200 mm à seulement 30 mm de pluie en 2025, à Sened où est basée l’Association des Jeunes Agriculteurs, partenaire d’Afdi.

En Pays de la Loire, le dérèglement climatique se traduit déjà par une multiplication des aléas : sécheresses, excès d’eau, gels, grêle ou canicules. Plus encore que leur intensité, c’est leur variabilité qui fragilise les exploitations.

Le maïs illustre cette pression. En France, la hausse des températures devrait raccourcir son cycle végétatif. Mais une maturation plus rapide réduit la période de remplissage des grains, avec des conséquences possibles sur rendement et qualité. Au Burkina Faso, les agriculteurs produisent du maïs grain en trois mois seulement. Les épisodes de forte chaleur ou de sécheresse impactent fortement les rendements.

Face à ces défis, plusieurs solutions existent déjà. Au Burkina Faso, les producteurs développent des techniques de conservation de l’eau : zaï, demi-lunes, diguettes filtrantes ou aménagements favorisant l’infiltration. L’irrigation reste également un levier majeur, même si seules 5 % des surfaces cultivées en Afrique sont irriguées, contre 40 % en Asie.

En Tunisie, la pression sur la ressource est particulièrement forte. Les nappes phréatiques s’épuisent, nécessitant des forages toujours plus profonds (plus de 150m). L’étude menée par Mohamed Dhaoui à Sened montre que près de 40% de l’eau apportée par goutte-à-goutte n’atteint pas efficacement le système racinaire des oliviers, d’où la nécessité d’optimiser les pratiques. Dans tous les territoires, le défi est désormais double : sécuriser l’accès à l’eau et améliorer son usage. Cela passe par des systèmes agricoles plus économes, la mobilisation de nouvelles ressources, des aménagements limitant l’érosion et une évolution des pratiques agronomiques.

Plus que jamais, l’adaptation au changement climatique appelle des réponses collectives. Le partage d’expériences, la coopération internationale et l’innovation seront essentiels pour construire des agricultures résilientes.