- Accueil
- Sentinelle de la MSA, Christelle a le goût des autres
Samedi 01/08/2026
Sentinelle de la MSA, Christelle a le goût des autres
« Cultiver l’engagement ». Saison 2, épisode 2. Cet été, Pleinchamp repart à la rencontre d’agricultrices et d’agriculteurs engagés et solidaires. Jeune éleveuse non originaire du milieu agricole, Christelle n’a jamais perdu le goût du soin des autres même après quitté son métier d’aide-soignante. Récemment élue à la MSA, elle a choisi de se former pour devenir une sentinelle, c’est-à-dire une personne capable de repérer, d’informer et d’orienter les personnes en situation de mal-être.
Depuis très jeune, Christelle Lalondrelle se sent une vocation pour le soin et l’attention aux autres. Elle a d’ailleurs exercé le métier d’aide-soignante pendant 10 ans. Toutefois, la crise du Covid et la déshumanisation progressive de son activité la conduisent à mettre de côté ce métier fin 2020.
Sa reconversion, en 2021, l’amène vers une autre forme de soin : l’élevage des animaux pour nourrir les humains. Elle rejoint son mari agriculteur en tant que cogérante de leur exploitation familiale spécialisée en volailles label, située à Losse, dans les Landes : ensemble, ils gèrent deux sites de production (canards et poulets) et une quarantaine d’hectares de cultures.
Elue à la MSA en 2025, sentinelle en 2026
Quelques années après son installation, alors qu’elle est membre des Jeunes Agriculteurs des Landes, on lui propose de représenter le syndicat et de servir de relais au sein de la MSA, en se présentant aux élections de 2025. Intéressée par la mission, elle se lance et est élue en mai 2025, en tant que déléguée de la MSA Sud-Aquitaine.
Au contact de cet organisme de protection sociale, la vocation de Christelle se rallume : « J’ai eu envie d’apporter ma petite contribution à la santé mentale des agriculteurs. J’ai donc suivi une formation pour devenir sentinelle, ça me tenait à cœur ».
Même si elle est encore jeune agricultrice, Christelle connaît déjà les spécificités de la profession qui peuvent mettre en danger la santé mentale des exploitants : « On exerce des métiers difficiles : on est dépendants de beaucoup d’organismes, comme les banques, les coopératives… On dépend aussi de la météo et on l’a vécu récemment avec l’effet des chaleurs sur nos volailles. Et on se fait critiquer par le grand public, sur les réseaux sociaux notamment… ».
Par son ancien métier, Christelle avait déjà expérimenté l’accompagnement « humain » des personnes malades : « Je m'occupais de patients en hémodialyse en attente de greffe et donc j'étais déjà dans l’écoute et la compréhension ». Toutefois, impossible de devenir sentinelle de la santé mentale sans suivre une formation dispensée par des spécialistes.
« J’ai adoré la formation que j’ai suivie cette année. Ça m'a vraiment mis le pied à l'étrier. On nous donne des clés, des outils, pour utiliser nos ressentis, nos perceptions, pour détecter des situations critiques et savoir réagir, parfois en urgence ».
Depuis qu’elle est devenue sentinelle, Christelle n’en a pas forcément beaucoup parlé autour d’elle, en dehors de ses proches : « Je n’ai pas envie de fausser les relations. Ni que les gens se sentent gênés de me parler… Mais je vais le communiquer bientôt, c’est important qu’on parle de ce sujet au sein des Jeunes Agriculteurs », reconnaît-elle.
Pour Christelle, être sentinelle n’est pas vraiment une « activité ». C’est plus un état quotidien, naturel. « Le point de départ, ce sont souvent des conversations anodines, avec des personnes que l’on croise ou au téléphone. La personne avec qui nous échangeons ne doit jamais culpabiliser, ou se sentir jugée : dire que l’on va mal, c’est très difficile et si la personne le fait, c’est déjà un pas énorme ».
« Dans la formation, on nous apprend comment réagir, comment aborder le sujet, parfois juste à donner de la présence et de l’écoute. Et on sait conseiller les personnes et vers qui les orienter. Avec notre expérience, nos réflexions vont évoluer et on va sans doute progresser dans notre rôle : nous ferons régulièrement des formations et des rencontres entre sentinelles ».
Pour pouvoir prendre soin des autres, il faut d’abord prendre soin de soi
Durant la formation, Christelle a aussi « révisé » un point de vigilance : il faut savoir se protéger soi-même. « Je suis quelqu'un de très sensible. Parfois, cela peut devenir compliqué et nous affecter nous et notre famille. En tant qu’aide-soignante, j’ai vécu des situations difficiles pendant le Covid, au point de faire passer ma famille au second plan. J’ai été « à saturation ». Maintenant je sais que pour pouvoir prendre soin des autres, il faut d’abord prendre soin de soi. »
Aujourd’hui, Christelle estime être à même d’aider les autres, car elle a un équilibre de travail et de famille qui lui permet de ne plus avoir un planning imposé : « Même si c’est un travail difficile au quotidien, je sais que je peux gérer mon temps, voir mes enfants tous les jours, les emmener parfois avec moi, voire reporter parfois une partie de mon travail. Et mon mari, même s’il est très engagé à l’extérieur de la ferme, est prêt à prendre le relais. Être sentinelle, ça a du sens pour moi. Je trouve que le contact humain, c'est toujours enrichissant ».
La MSA agit face à un risque suicidaire élevéDans le monde agricole, le surrisque de mortalité par suicide est une réalité : la MSA estime que ses ressortissants entre 16 et 64 ans ont un risque de mortalité par suicide 1,5 fois plus élevé que le reste de la population et ce risque est même deux fois plus élevé pour les plus de 64 ans. La MSA agit concrètement depuis 2011 sur ce sujet, en particulier avec la mise en place d’un réseau de sentinelles agricoles : il est composé de volontaires du monde agricole et rural, formés à identifier les signes de détresse psychologique au sein de la population agricole et à les orienter vers les dispositifs d’accompagnement. Ce réseau s’est particulièrement renforcé ces dernières années : le nombre de sentinelles a progressé de 75% depuis deux ans, pour atteindre 9000 sentinelles sur tout le territoire. Parmi elles, 23% sont des salariés MSA et 13% des élus de la MSA. Si vous ou l’un de vos proches est concerné par le mal-être, le numéro national Agri’écoute est accessible 24 h/24 et 7 j/7 au 09 69 39 29 19. |