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Vendredi 18/09/2026
D’une sécheresse-couperet à la grève des semis, itinéraire d’un risque de démission
[Edito] Le double cataclysme climatique et économique de l’été 2026 pourrait avoir atteint le cœur battant d’une profession qui ne compte ni ses heures ni ses coûts, et se nourrit de « passion », dont s’accommode à bon compte la société. Mais gare au risque de démission. La nature a horreur du vide, l’agriculture, c’est moins sûr.
Et si la goutte susceptible de faire déborder la retenue collinaire ou la réserve de substitution n’était pas la sécheresse sans précédent de cet été 2026, préfiguratrice du climat de demain comme l’a relevé Météo-France, et symbolisée par une anomalie de température de +3,8°C en juin et juillet, mais un indice, celui des fermages : +3,23% pour la campagne qui s’annonce. « J’ai tout en fermage et j’ai pris +20% en 5 ans », confiait récemment le vice-président de la Chambre d’agriculture de Haute-Garonne, sans s’attarder sur son cas personnel. La Haute-Garonne : un département symptomatique du trauma ambiant, aux prises à l’enfrichement, où des irrigants renoncent à irriguer, pas à cause du déficit hydrique mais du déficit comptable induit par une charge désormais disproportionnée, malgré des équipements largement amortis. Entre +3,8°C et +3,23%, cherchez l’erreur.
Vers la « luzernisation » du territoire ?
Du renoncement à l’irrigation à la grève des semis, voire au non-renouvellement des fermages, ces options sont désormais dans la tête de plus d’un producteur. A telle enseigne qu’au cœur de l’été, Arvalis a jugé bon de démystifier la jachère. Et si ce n’est la jachère, c’est peut-être la « luzernisation » qui guette ici et là la ferme France. Jugez plutôt : un semis tous les 4-5 ans, pas de phytos, pas d’engrais, pas ou si peu de GNR, une aide Pac additionnelle et une contribution à la décarbonation de la Nation. Que demande le peuple ? Des vaches peut-être, pour écouler la marchandise, alors que la décapitalisation va bon train.
Dernière réplique en date de la sécheresse : les difficultés d’implantation et d’installation du colza, rare espèce ayant tiré son épingle du jeu de massacre 2025-2026. Et avec ces difficultés, un risque de contagion et d’extension des zones intermédiaires, elles-mêmes de plus en plus exposées au risque d’un « no farmer’s land », où nuisibles et prédateurs pullulants défieront les derniers résilients.
Passion dévorante, affamante et infamante
Longtemps, on s’est inquiété du vertige de la pyramide démographique et de son ombre portée sur le renouvellement des cheffes et chefs d’exploitation. Mais les champs et les vaches étaient toujours à peu près bien gardés.
Longtemps, on a décrié l’agrandissement, sans prendre la mesure de la part de sacrifice qu’il y avait derrière le phagocytage (souvent chèrement payé) d’un cédant sans repreneur, pour sauvegarder notre souveraineté, entretenir les paysages (et tout un écosystème) et magnifier la France.
Longtemps, la Nation s’est gargarisée de la « passion » prêtée aux agriculteurs, parfois héroïsés (pompiers-déneigeurs), souvent stigmatisés (pollueurs-empoisonneurs). Mais qu’était-ce d’autre que l’accommodement d’une société se nourrissant à bon compte d’une profession paupérisée et asservie aux aides publiques ?
Le 9 septembre 2022, fraichement réélu pour un second mandat, Emmanuel Macron déclarait devant les JA aux Terres de Jim à Outarville (Loiret) : « On ne va pas se mentir, même si on arrive à faire tout ce boulot [la future LOA de mars 2025], ça restera des métiers passion parce qu’il y a un tel niveau de contraintes. Ce n’est pas vrai que ça correspond à tous les standards d’organisation de la vie, vous êtes des engagés et vous travaillez beaucoup. Je pense que derrière, il y a un sens, il y a un goût de ce qui va avec, il faut pouvoir l’inculquer et le transmettre ». Quatre ans et une sécheresse-couperet plus tard, cette corde-là n’a jamais été aussi proche de la rupture.