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Samedi 12/09/2026
Pâturage hivernal, foin sur pied, nouvelles espèces… les pistes pour sécuriser le pâturage face au réchauffement climatique
Longtemps considérés comme le système fourrager le plus résilient face au réchauffement climatique, les systèmes herbagers et pâturants ont tout autant souffert que les autres durant l’été 2026. À l’avenir, il faudra oublier les modèles calendaires actuels et jouer d’agilité pour préserver tout le potentiel de production prairial.
Comment maintenir le pâturage à l’avenir ? C’est pour tenter de répondre à cette question qu’un groupe d'éleveurs s’est réuni à l’initiative du Civam et de l’Institut de l’élevage (Idele) au sud de Nantes le 27 août dernier dans le cadre d’un financement ClimatVeg de la région Pays de la Loire. « Nous voudrions des solutions clé en main, mais les réponses ne peuvent pas être simples », donne le ton d’emblée Claire Bienvenue, l’animatrice du Civam 44.
Le pâturage hivernal, une pratique d'avenir
Les échanges et les graphiques sur l’évolution de la pousse de l’herbe présentés par François Bienne de l’Idele orientent les débats vers le pâturage hivernal. « La pousse des prairies sera plus précoce avec un pic plus important au début du printemps et un creux prolongé en été. Chaque année sera différente, il n’y aura plus de modèle. Il faudra être agile pour faire pâturer les animaux lorsque cela est possible », souligne-t-il.
D’où l’idée de développer le pâturage hivernal lorsque la portance et la pousse de l’herbe le permettent pour préserver les stocks de fourrage en vue de la période estivale. Des essais menés sur les fermes expérimentales de Thorigné d’Anjou dans le Maine-et-Loire et de Trévarez dans le Finistère montrent des résultats intéressants pour cette pratique. « La prairie repart bien et le fourrage est de qualité », assure l’ingénieur de l’Idele. Pour autant, la réussite dépend de plusieurs facteurs, notamment le gabarit des animaux.
Miser sur des animaux moins lourds
« Nous sommes en croisement trois voies : Holstein x Rouge norvégienne x Jersiaise. Avec le gabarit du troupeau, nous pouvons gagner quelques jours pour la première sortie d’hiver. Et l'été, ce sont des animaux qui résistent mieux aux fortes chaleurs », témoigne l’une des éleveuses du groupe en Loire-Atlantique.
En plus du gabarit du troupeau, François Bienne incite à prendre en compte la hauteur d’herbe, le temps de pâturage, le chargement ou encore le type de sol. « Il y a également une réflexion à avoir sur le décalage d’une partie des vêlages à l'automne », lance-t-il.
Le pâturage de foin sur pied se crédibilise
Au-delà du pâturage hivernal, le changement climatique pousse à l'apparition de nouvelles pratiques durant l’été. Ainsi, le pâturage de foin sur pied se fait doucement un chemin chez les éleveurs. « Avec une fétuque qui ne remonte pas en épi après la première coupe, il y a un vrai intérêt pour les animaux qui n’ont pas de gros besoins et la prairie en dessous est mieux protégée car le sol n’est pas nu en juillet-août. Sur le trèfle, la perte de feuilles est même moins importante qu’avec une récolte mécanique », constate Rudy Lavazais, conseiller à la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire.
En Meurthe-et-Moselle, la pratique a également tendance à se développer. « L’idée est de privilégier les fonds de vallées qui sèchent moins vite et d’avancer au fil pour que les vaches n’écrasent pas tout », décrypte Amélie Boulanger, de la chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle.
Le sujet se fait aussi une place au sein du groupe d’éleveurs rassemblés par le Civam ce 27 aout. « Mes vaches sont sur une prairie de stock d’herbe sur pied qui n’a pas été touchée depuis mars. Je les complémente en protéines avec des bouchons de luzerne pour que les veaux aient suffisamment de lait. Certains sont un peu limites », évoque l’éleveur en guidant le groupe vers la parcelle en question. Grâce à cette pratique, il espère améliorer la qualité de la prairie et du sol.
À ce propos, Pauline Woehrle, conseillère indépendante en Bretagne, préconise de laisser monter à graine les prairies régulièrement. « C’est intéressant de laisser monter à graine les prairies naturelles une fois tous les trois ans environ pour améliorer leur capacité de reprise après des événements comme l'été 2026 », avance-t-elle.
Une conduite de prairie à revoir
La composition des prairies est également un enjeu. « L’implantation de dactyle et de fétuque élevée, qui peuvent générer de l’appréhension, est à reconsidérer du fait de leur comportement intéressant face au stress hydrique et aux fortes chaleurs », détaille François Bienne. Les prairies multi espèces montrent par ailleurs un meilleur rendement et une meilleure qualité de fourrage. Il évoque aussi la luzerne quand les sols le permettent. « Mais attention avec la luzerne. S’il s’en plante beaucoup sur un même secteur, il y a risque d’asséchement des ressources hydriques locales », prévient Pauline Woehhle.
Pour maintenir la performance, elle préconise une fertilisation adaptée. « Les éleveurs que j’accompagne qui amendent régulièrement s’en sortent mieux. Les prairies repartent plus vite quand la pluie revient » constate-t-elle.
Le maïs et les autres…Côté culture fourragère, le maïs reste l’option numéro 1. « Même s’il y aura plus de variabilité à l’avenir sur les événements climatiques extrêmes, en moyenne, le maïs devrait continuer de voir son rendement moyen augmenter », développe François Bienne. Il évoque des maïs récoltés plus tôt avec des cycles plus courts qui devrait permettre de se tourner vers des variétés plus tardives. En complément du maïs, dérobé et méteil sont déjà travaillés par les éleveurs. La betterave fourragère a également ses adeptes et résiste bien aux conditions chaudes et sèches. D’autres options émergent. « Le sorgho multicoupe peut se révéler intéressant pour pâturer à partir de 60 cm de hauteur pour éviter la toxicité, lorsqu’il n’y a plus d’herbe l’été. C’est un pari car si les conditions sont mauvaises sur son cycle très court, il ne poussera pas. L’idée est de sécuriser en semant des petites surfaces », détaille l’ingénieur Idele. Un levier que confirme Pauline Woehrle : « Sorgho, moha, millet… Cultiver du vert quand les périodes de pousse le permettent représente toujours des options intéressantes ». |
