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Lundi 19/10/2026

Stockage de l’eau : anticiper plutôt que subir, plusieurs solutions pour sécuriser les exploitations agricoles

Publié par L'Allier Agricole

Organisée le 2 octobre à Cressanges par la Chambre d’agriculture de l’Allier, la journée « Stockage de l’eau, si on en parlait ? » a fait le plein : en présence de Christophe Noël du Payrat, préfet de l’Allier, agriculteurs, élus et acteurs de la gestion de l’eau sont venus nombreux assister à cette journée d’échanges et de travail.

En préambule, le président de la Chambre d’agriculture a posé un constat clair : si le volume annuel des précipitations reste globalement stable dans notre département, leur répartition au fil des saisons est devenue de plus en plus irrégulière. 

Les longues périodes sans pluie se multiplient, mettant les exploitations agricoles face à des épisodes de sécheresse et à une disponibilité de l’eau de plus en plus incertaine. 

Pourtant, chaque année, près de 6 milliards de m³ d’eau tombent sur le département de l’Allier. 

Aujourd’hui, seulement 0,5 % de ce volume est consommé par l'irrigation. 

Un chiffre qui illustre à lui seul l’importance de la marge de progression et le potentiel que représente le stockage de l’eau pour mieux sécuriser les exploitations. 

Face à ce constat, plusieurs solutions peuvent être envisagées (bassins de stockage, retenues, récupération des eaux, optimisation des capacités existantes). 

L’objectif : mieux anticiper les périodes de déficit hydrique, préserver les productions et renforcer la résilience des exploitations agricoles.

 

 

Une approche globale de la gestion de l’eau

En présence d’experts et de deux grands témoins, Éric Frétillère, président d'Irrigants de France, d’une part, et Frédéric Marcato, directeur R&D coopérative Auraïa, d’autre part, la table ronde a permis de confronter les expériences et d’aborder les différentes solutions envisageables face aux sécheresses et aux tensions sur la ressource en eau.

Pour les différents intervenants, le stockage de l’eau constitue l’un des leviers possibles, mais il ne peut être envisagé indépendamment d'une amélioration de l'efficience de l'eau, des équipements, de l’évolution des pratiques ou encore de la restauration des ressources naturelles.

Frédéric Marcato a présenté le retour d’expérience du Sud-Ouest, confronté depuis plusieurs années aux difficultés de gestion de l’eau. Il défend une combinaison des solutions : « Il n’y a pas une solution, il y a un panier de solutions à mettre en place ». 

Selon lui, les petites retenues peuvent notamment permettre de gagner du temps lors des périodes de tension.

Christophe Jardoux souhaite également élargir la réflexion au-delà de l’irrigation. 

Dans un département d’élevage, le stockage peut répondre à l’abreuvement des animaux, tandis que certaines réserves peuvent aussi contribuer à d’autres usages.

La question est également celle de l’anticipation. Les participants ont souligné les effets du changement climatique sur les ressources naturelles, avec notamment une diminution attendue des stockages liés à l’enneigement.

 Pour l’agriculture, l’objectif est de maintenir la capacité de production dans les prochaines décennies.

 

 

Des projets adaptés aux territoires

La Région Auvergne-Rhône-Alpes accompagne les projets agricoles liés à l’eau lorsqu’ils ont été validés sur le plan réglementaire. 

Nicolas Morand, directeur adjoint de l’agriculture au Conseil régional, indique que 15 % des projets déposés concernent actuellement le stockage de l’eau. 

Les autres dossiers portent notamment sur l’amélioration des infrastructures, les économies d’eau, le pilotage de l’irrigation ou sa sécurisation.

Les solutions varient selon les caractéristiques des bassins. 

Elles peuvent prendre la forme de retenues collinaires, avec un prélèvement hivernal destiné à l’usage estival, ou encore d’adaptations des points de prélèvement.

L’Agence de l’eau Loire-Bretagne inscrit elle aussi le stockage parmi les leviers de gestion quantitative de l’eau, Jean-Pierre Morvan, directeur délégation territoriale Allier-Loire amont de l'Agence de l'Eau Loire-Bretagne, a rappelé que la gestion de l’eau doit considérer l’ensemble du cycle : rivières, nappes, agriculture, milieux naturels et eau potable.

 

 

Sécuriser aussi l’eau potable

Les échanges ont montré que les difficultés d’approvisionnement ne concernent pas uniquement l’agriculture.

 Christophe Jardoux a notamment évoqué la situation de certains bassins de l’Allier, où les réserves et les interconnexions restent insuffisantes en cas de sécheresse prolongée.

Le Département intervient sur ce volet, notamment à travers les interconnexions des réseaux d’eau potable mises en place depuis les années 1990. 

Il accompagne également les études préalables à la création de retenues collinaires, en prenant en charge 80 % de leur coût.

Les réserves peuvent par ailleurs présenter un intérêt pour la lutte contre les incendies. 

Les agriculteurs ne s’opposent pas à un usage ponctuel de leurs retenues en cas d’urgence, mais la Chambre d’agriculture estime que leur financement doit être partagé lorsque plusieurs usages sont recherchés.

 

 

Restaurer les ressources et économiser l’eau

À l’échelle des exploitations, plusieurs solutions sont également disponibles : récupération des eaux de toiture, amélioration des systèmes d’irrigation, pilotage à distance des équipements ou optimisation des apports. 

Leur intérêt doit toutefois être évalué en fonction de leur coût et du temps de travail nécessaire.

Au terme des échanges, la gestion de l’eau apparaît donc comme une démarche combinant plusieurs leviers. 

Le stockage de l’eau peut contribuer à sécuriser les productions, mais il s’inscrit dans une stratégie plus large associant efficience, économies d’eau, infrastructures, et adaptation des pratiques. 

L’enjeu est de trouver, pour chaque territoire et chaque exploitation, les solutions techniquement et économiquement adaptées.

L’après-midi, six stands techniques animés par les agents de la Chambre d’agriculture ont permis aux professionnels d’obtenir des réponses concrètes à leurs interrogations.

Enfin, François Guillot a partagé son retour d’expérience sur la retenue d’eau du GAEC de la Bourse, créée en 2022, avant une visite de l’ouvrage à Tronget pour découvrir concrètement sa mise en œuvre.