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Mercredi 14/10/2026
Natacha Polony candidate à l’Élysée, avec l’agriculture comme champ de bataille
« Ça vient, ne vous inquiétez pas. » Le 8 octobre, au Sommet de l’élevage, Natacha Polony esquivait encore la question de sa candidature, tout en dénonçant la « destruction systématique » de l’agriculture française. Six jours plus tard, elle s’est officiellement déclarée candidate à la présidentielle de 2027. PAC, concurrence des importations, revenu agricole, gestion de l’eau : l’essayiste veut faire de la production française un enjeu politique central.
Après avoir défendu ses convictions dans les médias, Natacha Polony entend désormais les porter dans la course à l’Élysée. Mercredi 14 octobre, l’ancienne directrice de la rédaction de Marianne a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle au micro de France Inter. « Nous sommes dans le chaos. J’estime que la situation m’oblige, donc oui, je suis candidate à l’élection présidentielle », a-t-elle déclaré. Aujourd’hui directrice de la revue L’Audace, la journaliste et essayiste entend rassembler les « orphelins de la politique » autour de son mouvement, « Nous sommes la France », lancé en septembre.
Rencontrée par Pleinchamp au Sommet de l’élevage, à Cournon-d’Auvergne, le 8 octobre, Natacha Polony refusait encore de faire de sa candidature le sujet central « On est ici avec des paysans qui se battent tous les jours pour nous nourrir, qui ont vécu une année absolument terrifiante. Pour l’instant, ce n’est pas le moment de savoir qui se présente, qui ne se présente pas. » Sa priorité, expliquait-elle, était de construire « un projet pour 10 ans, pour 20 ans, qui leur permette de vivre dignement de leur travail.»
« Si dans 15 ans, dans 20 ans, il y a une crise alimentaire mondiale, nous allons à la catastrophe »
Pour Natacha Polony, la souveraineté alimentaire ne concerne pas seulement les agriculteurs. Elle engage la capacité du pays à faire face aux crises. « La question de la destruction systématique de notre agriculture est un sujet absolument essentiel. Si dans 15 ans, dans 20 ans, il y a une crise alimentaire mondiale et que nous ne sommes plus autonomes, nous allons à la catastrophe. » Elle déplore la perte de capacités de production de la France et défend le retour à une agriculture fondée sur la diversité, la qualité et des exploitations à dimension familiale. « C’est indigne de la part d’un pays qui a fait toute son histoire produire une agriculture qui, par sa diversité, sa qualité, était la meilleure du monde. Et ça, on peut le retrouver. Il suffit d’agir sur les bons éléments, pour rendre tout simplement aux paysans du revenu », estime-t-elle. Son objectif affiché : replacer la rémunération des producteurs au cœur des choix politiques. « Nous avons trop perdu de notre outil de production », insiste-t-elle.
La renationalisation de la PAC, une « ligne rouge »
La prochaine Politique agricole commune constitue l’un de ses principaux points de friction avec Bruxelles. Natacha Polony s’oppose à une renationalisation de la politique agricole, qu’elle juge susceptible d’accentuer les disparités entre États membres et d’affaiblir les agriculteurs français. « Nos paysans seront en concurrence avec d’autres projets, avec des gestions territoriales, et qui donc va encore les affaiblir, c’est inacceptable. C’est une ligne rouge. Nous ne devons pas accepter ça », affirme-t-elle. Elle appelle la France à défendre plus fermement ses intérêts à Bruxelles et « nous pouvons le faire d'autant plus facilement car nous sommes contributeurs nets. Nous avons des élites politiques et économiques qui ne défendent pas les intérêts des citoyens français, en particulier sur la scène européenne. Le projet de l’Europe en 1957, l’idée du Pacte de Rome, c’était la préférence communautaire, c’est-à-dire s’échanger nos excédents pour enrichir tout le monde, mais dans un espace protégé. Il n’a jamais été question à ce moment-là qu’on lui ouvre à tous les vents », souffle-t-elle. « Là, on met nos paysans en concurrence avec le Maroc, la Turquie. Le SMIC turc est à 475 euros par mois. Comment voulez-vous que nous soyons un jour compétitifs ? »
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Produire français : « Il va falloir entrer dans un rapport de force »
La priorité à la production française dans la commande publique constitue l’une de ses propositions phares. « Ça ne doit pas être négociable. Il va falloir entrer dans un rapport de force », pour donner davantage de débouchés aux productions nationales, dans un contexte où les agriculteurs dénoncent les distorsions de concurrence. Elle entend défendre cette orientation jusqu’à ce que la France ait retrouvé une capacité de production et une situation économique qu’elle juge satisfaisantes. Selon elle, la France ne peut durablement préserver son modèle agricole si ses producteurs doivent supporter des coûts et des exigences supérieurs à ceux de leurs concurrents.
Normes environnementales : « La question est de les imposer à tout le monde »
La candidate ne remet pas en cause le principe des exigences environnementales. Elle dénonce leur application différenciée selon l’origine des produits. « Nous ne pouvons pas demander à nos propres paysans d’être exemplaires sur le plan environnemental pendant qu’on fait rentrer sur notre sol et dans nos supermarchés et qu’on fait manger à nos enfants des produits qui ne respectent rien. C’est d’une hypocrisie totale. » Elle précise : « La question n’est pas de revenir sur les normes environnementales. La question est de les imposer à tous et à tout le monde. ». « Nous avons en Europe des pays qui sont en train de mettre en place une agriculture industrielle qui n’a rigoureusement rien à voir avec la qualité de nos propres productions », déclare-t-elle. Pour y parvenir, Natacha Polony défend des clauses miroirs, une traçabilité obligatoire dans les plats préparés afin que les consommateurs puissent connaître l’origine des produits, ainsi que des contrôles aux frontières renforcés si nécessaire. Elle souhaite que la France travaille avec les pays européens qui partagent une vision de l'agriculture « paysanne, raisonnée, qui respecte la forme familiale de nos exploitations » notamment sur la qualité et la protection des écosystèmes.
Egalim : les centrales d’achat dans le viseur
La rémunération agricole constitue un autre axe central de son discours. Natacha Polony juge les lois Egalim insuffisantes pour garantir un revenu correct aux producteurs. « Il en a fallu une, deux, trois. Les paysans ne sont toujours pas payés correctement. ». Il faut mettre en place « un grand plan de soutien aux revenus des agriculteurs », accompagné d’une véritable loi Egalim en engageant « un rapport de force avec notamment les grandes centrales d’achat, travailler pour leur interdire de créer des grandes centrales européennes qui contournent les lois françaises ». Ses propositions restent à préciser, notamment sur les instruments juridiques et économiques qui permettraient de renforcer le pouvoir de négociation des producteurs face aux acheteurs.
Sécheresse : répondre à l’urgence et préparer la résilience
Au Sommet de l’élevage, Natacha Polony a également insisté sur les conséquences des aléas climatiques pour des exploitations déjà fragilisées où il faut réagir immédiatement en aidant « à fournir du fourrage pour ceux qui n’en ont plus. » A long terme, « c’est la question de la résilience climatique. » qui s'impose. Elle défend une planification de la gestion de l’eau par la puissance publique, afin d’organiser le partage de la ressource et d’éviter les conflits d’usage. Parmi les autres pistes qu’elle avance figurent la lutte contre le gaspillage, la récupération des eaux grises, ainsi que le stockage et l’irrigation raisonnée là où ils sont nécessaires. Enfin, elle souhaite relancer le soutien à l’agroécologie, avec un objectif : préserver le revenu agricole dans un modèle qui ne soit pas « uniquement productiviste ».
Reste à traduire les propositions en mesures concrètes
Défense d’une PAC commune, concurrence des importations, revenu agricole, commande publique et adaptation climatique : les priorités défendues par Natacha Polony au Sommet de l’élevage dessinent les contours de son approche de l’agriculture. Mais plusieurs questions restent ouvertes. Comment appliquer la préférence française dans la commande publique dans le respect du droit européen ? Quels mécanismes mettre en place pour renforcer les clauses miroirs ? Comment financer le soutien aux revenus et les infrastructures de gestion de l’eau ? La candidate n’a pas encore détaillé l’ensemble de son programme agricole. Elle doit également recueillir les 500 parrainages nécessaires pour pouvoir concourir à l’élection présidentielle. Son intervention au Sommet de l’élevage donne néanmoins un premier aperçu de la place qu’elle entend accorder à l’agriculture dans la campagne : celle d’un secteur stratégique, indissociable de la souveraineté économique et alimentaire de la France.